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Et si les jeunes pouvaient voter à partir de 16 ans?

En 2014, une personne sur deux a voté lors des élections provinciales en Ontario. Si les jeunes pouvaient voter à partir de l'âge de 16 ans, est-ce que leurs voix seraient entendues?

Un texte d'Isabelle Corriveau

Si l'idée de réduire l'âge du droit de voter à 16 ans est une question qui intéresse plusieurs gouvernements à travers le monde, les pays qui le permettent sont encore rares.

Le vote à 16 ans est une question qui polarise. Plusieurs estiment que les jeunes de cet âge ne sont pas suffisamment matures, ne veulent pas voter ou ne se sentent pas assez informés pour le faire. D’autres sont convaincus qu’ils ont déjà beaucoup à apporter.

Engagement citoyen

Christopher North est élève en 12e année à l’École secondaire catholique de Pain Court. Il fait partie du conseil des élèves de son école depuis quatre ans, est le vice-président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne, et est premier ministre du sénat de son conseil scolaire. C’est un fervent partisan de l’abaissement du droit de vote à 16 ans. Âgé de 18 ans, il estime que laisser les jeunes voter dès cet âge leur permettrait de se faire entendre des politiciens.

Camelia Skaf va dans le même sens. À 17 ans, elle est également impliquée au conseil des élèves de son école et au sénat des élèves. L’élève de 12e année à l’École secondaire catholique E.J. Lajeunesse rappelle que plusieurs décisions politiques provinciales concernent les jeunes. C’est notamment le cas de l’éducation, des infrastructures et du salaire minimum.

« Les frais de scolarité sont importants pour moi. [...] Une société éduquée est une société efficace », explique-t-elle.

Maturité et influence

La maturité des jeunes et l’influence qu’ils peuvent subir en milieu scolaire et familial ne devraient pas être un facteur décisif dans la décision d’accorder ou non le droit de vote aux jeunes selon Christopher North.

« Il y a beaucoup d’adultes qui, par ces mêmes critères, pourraient être considérés comme pas assez matures ou informés pour voter », note-t-il.

L’analyste politique et spécialiste de la question, Eva Zeglovits, est entièrement d’accord avec cette affirmation. Dans son pays, l’Autriche, les jeunes ont le droit de vote à partir de 16 ans depuis 2007.

Elle admet que ses recherches démontrent que les jeunes de cet âge sont plus influencés par leur environnement, mais elle pense que cette influence n’est pas nécessairement négative.

« En Autriche, c’était un de nos questionnements, mais personne ne se pose la question pour les gens de 70 ans. Il n’y a pas de test de connaissances politiques à passer », souligne-t-elle.

Christopher North pense que les publicités des différents partis sur les réseaux sociaux et à la télévision ont autant d’impact sur les gens que les conversations qu’ont les élèves en salle de classe.

Améliorer le taux de participation

En Autriche, le taux de participation aux élections fédérales se situe actuellement entre 70 et 80 %, selon Mme Zeglovits.

Si les adultes de 18 à 25 ans votent en moins grand nombre que les personnes qui ont entre 55 et 65 ans, la chercheuse a constaté que les 16 et 17 ans votent non seulement en plus grand nombre que les jeunes adultes, mais ce groupe d’âge a aussi un taux de participation plus élevé que les autres électeurs qui votent pour la première fois.

Il faut noter que depuis que la loi électorale a été modifiée en Autriche, le curriculum scolaire a été mis à jour pour que les élèves reçoivent des cours d’éducation civique dès la 8e année.

Davantage de place pour les enjeux francophones

Christopher North et Camelia Skaf pensent tous deux que si les élèves de 16 et 17 ans pouvaient voter, cela aura un effet sur les enjeux qui les touchent, notamment les dossiers franco-ontariens.

Pour Christopher North, même si les jeunes francophones représentent une minorité, ils pourraient quand même avoir un impact important sur les enjeux francophones.

« Ça créerait des citoyens engagés à long terme [...] et ferait en sorte que les politiciens n’ont plus le droit d’ignorer les jeunes et leurs besoins », affirme-t-il.

Les jeunes peu ciblés par les politiciens

Eva Zeglovits déplore par contre que les jeunes ne représentent qu’une petite proportion de la population qui vote et que depuis 2007, leur participation aux élections n’a pas eu un énorme impact sur les actions des politiciens. Une situation qui, selon elle, est comparable à ce qui s’est fait ailleurs.

Lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse en 2014, elle affirme que « les jeunes de 16 ans pouvaient voter et étaient pour la plupart en faveur de l’indépendance, mais c’est quand même le nom qui l’a emporté. Il y avait un écart générationnel, comme pour le référendum de Brexit ».

Au Canada, plusieurs provinces ont déjà envisagé d’abaisser le droit de vote, mais aucune ne s’est lancée jusqu’à maintenant dans la réforme du système électoral dans ce domaine.

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