Retour

Et si Stephen Harper était réélu à la tête d'un gouvernement minoritaire?

Il est encore un peu tôt pour les prédictions, mais comme il ne se passe pas une journée sans qu'on m'en parle, aussi bien regarder la situation tout de suite. Que se passerait-il si le premier ministre sortant Stephen Harper était réélu, mais à la tête d'un gouvernement minoritaire? Quels seraient alors les scénarios envisageables?

Un texte de Michel C. Auger

D'abord, il faut dire que la Constitution ne prévoit absolument rien de contraignant. Les règles sont celles de la tradition et des conventions parlementaires, dans lesquelles le gouverneur général (ou le lieutenant-gouverneur dans les provinces) joue un grand rôle.

Le gouvernement en place peut se maintenir aussi longtemps qu'il a la confiance de la Chambre. Tant qu'il n'est pas renversé dans un vote qui implique la confiance de la Chambre, comme sur le discours du Trône et le budget, le gouvernement reste en place. C'est ainsi que M. Harper a été deux fois à la tête de gouvernements minoritaires qui ont duré presque sept ans, entre 2005 et 2011.

Mais ce qu'il y a de particulier cette année - en fait, de complètement inédit -, c'est que tous les partis d'opposition ont déjà annoncé qu'ils ne pourraient en aucun cas maintenir le gouvernement Harper en place.

Regardons donc les précédents de gouvernements minoritaires qui pourraient s'appliquer à nous, le 20 octobre :

ONTARIO, 1985 : un renversement « appuyé »

Le précédent le plus souvent mentionné ces jours-ci est celui de l'élection en Ontario en 1985, où les conservateurs avaient formé un gouvernement minoritaire avec 52 sièges, contre 48 pour les libéraux et 25 pour le NPD.

Comme le veut la coutume, le premier ministre sortant, s'il est celui qui a le plus de sièges, peut tenter d'obtenir la confiance de la Chambre. Le premier ministre Frank Miller a tenté sa chance et a été défait à la première occasion, soit sur son discours du Trône.

Le lieutenant-gouverneur de l'Ontario a suivi les conventions et a demandé au chef de l'opposition, le libéral David Peterson, de former un gouvernement. Celui-ci avait, au préalable, obtenu l'appui formel du NPD de Bob Rae.

Mais il convient de remarquer que libéraux et conservateurs avaient un nombre comparable de sièges (52 à 48), et que les libéraux avaient reçu un peu plus de votes que les conservateurs au vote populaire.

Devant un Parti libéral qui avait déjà l'accord du troisième parti pour gouverner pendant deux ans, le lieutenant-gouverneur a donc demandé aux libéraux de former un gouvernement plutôt que de déclencher une nouvelle élection.

Deux choses sont à noter : les conservateurs n'avaient qu'une faible avance sur les libéraux. Mais ceux-ci avaient devancé les conservateurs de quelques milliers de voix dans le vote populaire, des facteurs qui sont pris en compte dans la décision du lieutenant-gouverneur.

CANADA, 1972 : un gouvernement qui se maintient

Les libéraux de Pierre Elliott Trudeau l'emportent de justesse. Ils doivent d'ailleurs attendre au lendemain de l'élection pour découvrir qu'ils ont deux sièges de plus que les conservateurs de Robert Stanfield, 109 contre 107.

Minoritaire, Trudeau se tourne vers le NPD qui, avec ses 25 sièges, lui donnerait une courte majorité à la Chambre. Il ne s'agit pas d'un gouvernement de coalition, en ce sens qu'il n'y a pas de ministres néo-démocrates, mais simplement une entente de ne pas faire tomber le gouvernement, moyennant la mise en application de certaines parties du programme du NPD comme la création de Pétro-Canada.

Le gouvernement tombera sur son budget en 1974 lorsque le NPD lui retirera son soutien.

GRANDE-BRETAGNE, 2010 : un gouvernement de coalition

L'élection du 6 mai 2010 en Grande-Bretagne ne donne à aucun parti la majorité. Mais les conservateurs de David Cameron ont une bonne avance sur les travaillistes de Gordon Brown (306 sièges contre 258). La balance du pouvoir appartient aux libéraux-démocrates, qui ont 57 sièges.

Ceux-ci exigeront cinq postes de ministres, y compris celui de vice-premier ministre pour leur leader Nick Clegg, ce que leur accordera M. Cameron. Le gouvernement de coalition sera au pouvoir jusqu'à la fin normale du mandat en 2015.

Un mot sur le sort des partis minoritaires qui appuient un gouvernement. Ils ont presque toujours des ennuis aux élections suivantes. En 2015, les libéraux-démocrates subissent une cuisante défaite : plus que huit sièges et M. Clegg est battu dans sa circonscription.

En 1974, au Canada, les néo-démocrates passent de 31 à 16 sièges et leur chef David Lewis est aussi battu dans sa circonscription. En 1987, en Ontario, les libéraux de David Peterson obtiendront une large majorité avec 95 sièges, alors que le NPD était réduit à 19 députés.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un homme sauve un faucon d'une attaque de serpent





Rabais de la semaine