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État islamique, réfugiés et sécurité : quelles sont les positions des partis en politique étrangère?

Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont débattu lundi soir de politique étrangère. L'occasion de faire le point sur leurs positions à propos d'enjeux aussi importants que la crise des réfugiés, la Loi antiterroriste et l'intervention militaire des pays occidentaux en Syrie et en Irak pour lutter contre l'État islamique.

Un texte de Jérôme Labbé

1. L'État islamique

La guerre civile en Irak et en Syrie a déstabilisé la région. Les puissances occidentales, dont le Canada, ont décidé d'intervenir militairement pour lutter contre le groupe armé État islamique. Officiellement, le Canada s'est contenté pour l'instant de former des soldats kurdes sur le terrain et de bombarder des sites vitaux pour l'EI.

Faudra-t-il un jour envoyer des militaires canadiens au front? Et surtout, ce combat contre l'EI ne contribue-t-il pas à renforcer le régime dictatorial de Bachar Al-Assad en Syrie?

Le NPD croit que le Canada doit cesser d'intervenir dans le cadre d'une coalition de facto et réclame un mandat clair des Nations unies pour légitimer l'intervention militaire canadienne. Lorsque le gouvernement Harper a demandé la permission aux Communes de frapper en Irak, en octobre 2014, puis en Syrie, en mars 2015, ses députés s'y sont opposés. Les néo-démocrates considèrent aussi que le Canada devrait se concentrer davantage sur l'aide humanitaire à apporter aux populations civiles.

Tout comme l'opposition officielle, la grande majorité des libéraux ont voté contre l'intervention aérienne des Forces canadiennes contre l'EI. Leur chef, Justin Trudeau, affirme que la contribution du Canada devait se limiter à la formation des forces irakiennes.

Les deux partis d'opposition ont aussi demandé au gouvernement conservateur des explications sur la nature réelle de l'opération lorsque le sergent Andrew Joseph Doiron a été tué par un tir ami alors qu'il se trouvait à 200 m de la ligne de front, en Irak. Le ministre de la Défense, Jason Kenney, a rétorqué que la contribution canadienne au sol se limitait à former les soldats irakiens.

Pour les conservateurs, « Justin Trudeau ne comprend pas la menace que les terroristes djihadistes constituent pour la région et pour le Canada ». Ils accusent les libéraux de vouloir, tout comme les néo-démocrates, cesser de bombarder les bases de l'EI au Moyen-Orient.

2. La crise des réfugiés

La guerre civile en Syrie a poussé des millions de Syriens à quitter leur pays pour se réfugier dans les pays voisins (Liban, Jordanie, Turquie). Plusieurs ont aussi fait le choix de se rendre en Europe, provoquant une véritable crise à Bruxelles. Les changements climatiques et plusieurs autres facteurs ont également entraîné une hausse des demandes d'asile en provenance d'Afrique et d'Asie.

Le Canada doit participer à l'effort international, certes, mais jusqu'où doit-il aller?

Le NPD veut accueillir 46 000 réfugiés syriens sur cinq ans. Le parti propose de recevoir 10 000 réfugiés syriens parrainés par le gouvernement cette année, puis 9000 par année au cours des quatre années suivantes. Ce nombre est basé sur la demande des Nations unies aux pays européens, aux États-Unis et au Canada d'accueillir 1 million de réfugiés syriens sur cinq ans, a expliqué la candidate Hélène Laverdière le 5 septembre dernier.

La cible du PLC est encore plus ambitieuse, du moins à court terme. Le parti souhaite accueillir 25 000 réfugiés d'ici la fin de l'année. Les libéraux s'engagent en outre à investir 100 millions de dollars en 2015-2016 dans le but d'accélérer le traitement des demandes.

Le 19 septembre, le ministre sortant de l'Immigration Chris Alexander a annoncé que tous les Syriens et les Irakiens qui ont fui leur pays seront dorénavant considérés comme des réfugiés, ce qui devrait permettre d'accélérer le processus. Selon lui, ce changement devrait permettre aux 10 000 Syriens attendus d'ici 2018 de pouvoir trouver refuge au Canada d'ici la fin de 2015, de même que 3000 Irakiens.

En début de campagne, le chef conservateur Stephen Harper a aussi promis, s'il est réélu, d'accueillir, d'ici la fin de 2018, 10 000 Syriens et Irakiens de plus que la cible de 10 000 évoquée ci-dessus.

3. La Loi antiterroriste

Dans la foulée de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu et de la fusillade au parlement d'Ottawa, le gouvernement a présenté aux Communes le projet de loi C-51 qui, quelques mois plus tard, a été adopté par les députés. La Loi antiterroriste qui en découle donne des pouvoirs supplémentaires aux forces de l'ordre, mais ses critiques font valoir qu'elle restreint aussi les libertés individuelles. Tous s'entendent sur la nécessité de trouver un équilibre entre les deux, mais où la ligne doit-elle être tracée?

Un gouvernement néo-démocrate abolirait la loi antiterroriste dès la première session législative et ne la remplacerait pas par une autre, a déclaré le chef Thomas Mulcair aux Coulisses du pouvoir. « Lors des audiences en commission parlementaire, le gouvernement n'a pas été capable de prouver une seule chose dans ce projet de loi qui était nécessaire parce que les lois existantes le couvraient déjà », a-t-il affirmé.

De leur côté, les libéraux ont voté avec les conservateurs pour adopter la Loi antiterroriste, contrairement aux néo-démocrates. Ils conserveraient celle-ci s'ils étaient élus, tout en y apportant certains amendements. Le PLC souhaite notamment renforcer le pouvoir du Commissaire à la vie privée et ajouter au texte de loi des mécanismes de supervision, par des élus, pour mieux protéger la vie privée des Canadiens.

Le chef conservateur, Stephen Harper, estime quant à lui être le seul à pouvoir protéger les Canadiens. Il souhaite même aller plus loin en criminalisant les voyages dans certaines zones du monde où des groupes terroristes recrutent et forment des partisans. Les conservateurs n'ont pas nommé d'endroits précis, mais soulignent que l'Australie a adopté une mesure législative similaire en interdisant les déplacements dans la province de Raqqa, en Syrie, et dans le district de Mossoul, en Irak.

Un débat qui a failli tomber à l'eau

Seuls le PCC, le NPD et le PLC ont été invités à participer au débat Munk. Les autres formations comme le Parti vert du Canada et le Bloc québécois, qui n'avaient pas le statut de parti officiel à la dissolution du Parlement, ont été exclus, et ce, malgré l'insistance de certains.

Il s'agira du quatrième débat de la campagne électorale fédérale, après ceux du Maclean's, du Globe and Mail et du consortium formé par Radio-Canada, Télé-Québec et La Presse. Le dernier débat des chefs aura lieu à TVA le 2 octobre.

Le débat Munk sera séparé en six parties, durant lesquelles deux des trois chefs s'affronteront durant sept minutes. Le troisième chef entrera dans l'arène pour cinq minutes supplémentaires.

La formule du débat obligera les chefs à débattre des fondements de leurs politiques - parfois dans de longs échanges à un contre un - et à dépasser les slogans partisans, qui seront épuisés après quatre ou cinq minutes si ce n'est plus tôt, croit le modérateur Rudyard Griffiths.

Les questions seront posées en anglais, mais les chefs pourront y répondre dans la langue de leur choix. C'est à cette condition que Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont finalement accepté de participer au débat. Ils souhaitaient participer à un nombre égal de débats en français et en anglais.

Le débat de ce soir sera diffusé sur le site des débats Munk, sur Facebook et sur la Chaîne d'affaires publiques par câble (CPAC).

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