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Évoquant une industrie « en crise », Bitume Québec interpelle le ministre Lessard

L'association Bitume Québec presse le nouveau ministre des Transports du Québec, Laurent Lessard, d'intervenir dans le conflit de travail qui oppose le gouvernement au syndicat représentant ses ingénieurs. Selon elle, des dizaines d'entreprises pourraient fermer leurs portes en raison des retards que cette situation engendre.

Un texte de François Messier

Dans une conférence de presse donnée vendredi à Montréal, le président de ce regroupement d'entreprises de pavage et de production de bitume a évoqué une « crise majeure », engendrant des « pertes incalculables » pour l'industrie et susceptible d'entraîner des « risques majeurs » quant à la qualité des travaux à venir.

« C'est au minimum 30 % de notre industrie qui est à l'heure actuelle sur le point d'éclater, de se briser, ou bêtement de cesser ses activités », a lancé Joe Masi, après avoir soutenu qu'une « portion significative » d'un volume d'affaires de 250 millions de dollars est en jeu.

« Bitume Québec ne dramatise pas, l'heure est tout simplement dramatique », a-t-il assuré.

Selon M. Masi, le problème actuel est en bonne partie attribuable aux moyens de pression qu'exercent les quelque 1400 membres de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), dont plus de 800 travaillent pour le ministère des Transports du Québec (MTQ).

Depuis plusieurs semaines, ces syndiqués, qui sont sans contrat de travail depuis le 31 mars 2015, ne font plus d'heures supplémentaires, sauf en cas d'urgence. Ils ont un mandat de grève générale illimitée en poche, mais ne l'ont pas utilisé jusqu'ici.

Ces chantiers accumulant du retard, de nombreuses entreprises qui ont décroché des contrats avec Transports Québec tardent à obtenir le feu vert nécessaire au démarrage d'autres chantiers.

Selon M. Masi, la « planification défaillante et malsaine » faite par des fonctionnaires du MTQ « qui ne sont pas imputables » est aussi en cause.

À défaut de pouvoir entreprendre les chantiers prévus, les membres de Bitume Québec doivent donc assumer « des coûts d'exploitation et de main-d'oeuvre faramineux », puisque les employeurs sont contraints de garder des employés sur leur liste de paie, dans l'espoir que le conflit se règle.

« Cette crise pourrait être fatale si aucun geste concret n'est posé avant le 6 octobre pour le lancement des travaux, soutient M. Masi. Car après le 9 novembre, à la limite, les chantiers mis en branle qui ne seront pas suffisamment avancés devront être abandonnés et fermés, avec tout ce que cela implique comme pure perte à tous les niveaux. »

M. Masi a dit ne pas savoir si les processus internes qu'il montre du doigt au MTQ peuvent être des conséquences des travaux de la commission Charbonneau, où l'industrie du pavage et de la production de bitume a été malmenée.

À ce sujet, M. Masi a admis que l'industrie avait fort à faire pour retrouver la confiance du public après une période « d'incertitude et d'instabilité » engendrée par les travaux de la commission. Mais selon lui, « l'intérêt de l'industrie coïncide parfaitement avec l'intérêt public ».

Lessard reste évasif, les ingénieurs s'expliquent

En entrevue à Midi info, le ministre Lessard n'a pas directement répondu à l'appel de Bitume Québec. « J'entends bien ce qu'ils disent, on est sensible à la business au Québec, les emplois... Mais, comme je le dis depuis le début, y a quand même une crise de confiance aussi [...]. J'ai des ingénieurs qui sont en négociation », a-t-il laissé tomber.

M. Lessard souligne que son travail consiste à s'assurer « que les contrats sont respectés, que les citoyens en ont pour l'argent, et qu'on ne fasse pas n'importe quoi ». Il admet tout de même que les processus du MTQ ne sont pas simples, sans dire pour autant s'il entend les simplifier.

« C'est sûr qu'au fil des années, et j'ai rencontré le sous-ministre là-dessus, tout le monde a mis une couche d'administration là-dessus au lieu de mettre une couche d'asphalte, a-t-il dit. Alors, je lui demande : "Quelles sont les mesures de contrôle qui sont en place?" Si t'as 14 signatures pour arriver à la dernière, est-ce que les 14 sont nécessaires dans le respect des règles de l'art ou on fait du red tape inutilement? » a-t-il lancé sans révéler son opinion.

De son côté, l'APIGQ reconnaît que les moyens de pression en cours peuvent avoir une incidence sur le démarrage de chantiers.

Un porte-parole précise cependant que ce ne sont pas ses membres qui autorisent ces démarrages, et que les retards peuvent aussi s'expliquer par des contrôles plus serrés qu'avant dans l'octroi et l'exécution de contrats.

Selon le syndicat, le MTQ a déjà lancé une directive qui aurait pour effet de reporter des chantiers à l'an prochain si une grève des ingénieurs devait être déclenchée.

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