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Fahmy fera entendre sa voix durant la campagne

Gracié par le président égyptien et libéré il y a quelques jours à peine, le journaliste canadien Mohamed Fahmy entend lancer un débat sur la protection des citoyens canadiens à l'étranger.

Critique de la façon dont le gouvernement conservateur a géré son dossier, il veut que le Canada tire des leçons de la saga judiciaire qui s'est étirée sur près deux ans, a-t-il confié au site Canadaland, fondé par un ancien animateur de CBC, Jesse Brown. Et, prévient-il dans cette entrevue diffusée lundi, il devrait rentrer au pays avant le jour du scrutin.

Poursuivi par un tribunal égyptien pour avoir « diffusé de fausses informations » visant à soutenir les Frères musulmans, M. Fahmy et deux de ses collègues du réseau Al-Jazira ont été condamnés à trois ans de prison, au terme d'un deuxième procès, tenu en août dernier. Lui et l'Égyptien Baher Mohamed avaient été été libérés provisoirement, en février dernier, après avoir passé 400 jours derrière les barreaux.

« Quand un Canadien est en prison et se trouve au milieu d'une cause aussi compliquée pour des accusations de terrrorisme, les hauts fonctionnaires du gouvernement canadien devrait intervenir dès le premier jour », soutient M. Fahmy, qui a déménagé au Canada en 1990 et y a vécu une douzaine d'années.

« J'ai l'intention, à mon retour au Canada - et j'arriverai avant l'élection - de prendre la parole à des rassemblements, sans toutefois prendre partie pour aucune formation, pour souligner de façon constructive ce que le gouvernement canadien aurait pu faire de meilleure façon pour me protéger lorsque j'étais en prison », a-t-il déclaré dans une entrevue accordée au site sociofinancé Canadaland.

Le journaliste, qui est toujours en Égypte, puisque son nom figure toujours sur laliste des passagers interdits de vol, se dit « enthousiaste » à l'idée de rencontrer le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, et le chef libéral, Justin Trudeau.

« Ils m'ont soutenu et ont téléphoné à ma famille, ils ont communiqué avec eux par courriel. Ils m'ont aidé, ils ont posé des questions sur mon passeport au premier ministre au Parlement », souligne-t-il.

Plusieurs flèches à l'endroit du gouvernement Harper

S'il dit de pas vouloir prendre parti, ses récriminations envers le gouvernement conservateur sont nombreuses.

Il évoque notamment la « colère » qu'il a ressentie devant l'« erreur diplomatique » du ministre des Affaires étrangères de l'époque, John Baird, qui a indiqué publiquement que le Canada n'avait pas l'intention de lui faire subir un procès à son retour au pays.  « Cela a tué dans l'oeuf la tentative des Égyptiens de se débarrasser de moi tout en préservant les apparences », dénonce-t-il.

L'Australie, qui a pu rapatrier son collègue Peter Greste dès février dernier en vertu d'un décret du président Abdel Fattah Al-Sissi, n'avait pas davantage l'intention d'intenter un procès contrer le reporter, mais s'est gardée de le claironner, dit-il.

Mohamed Fahmy déplore aussi que l'ex-ministre ait affirmé que sa libération était « imminente », en février dernier. « Vous ne pouvez pas donner de si grand espoir à un prisonnier quand vous n'avez rien de concret dans les mains », dit-il.

Il affirme en outre que Stephen Harper a refusé de lui parler et que John Baird a pour sa part refusé de rencontrer son avocate, Amal Clooney.

Aucun camp ne peut s'attribuer sa libération, estime Mohamed Fahmy

Lors de l'annonce du pardon présidentiel accordé à Mohamed Fahmy, tous les partis politiques se sont réjouis de l'issue du dossier.

Dans un communiqué laconique, la ministre d'État aux Affaires étrangères et consulaires, Lynne Yelich, a ajouté que « le Canada a toujours insisté au plus haut niveau pour obtenir sa libération et son retour au Canada ». En marge d'un événement de campagne, le ministre des Affaires étrangères sortant, Rob Nicholson, a affirmé que ce dossier avait été « une priorité du gouvernement ».

Même s'il s'est dit reconnaissant de l'aide de l'ambassadeur canadien en Égypte et de tous ceux l'ayant soutenu, « y compris le Parti conservateur et le gouvernement », Mohamed Fahmy met des bémols. « Affirmer que le gouvernement a réussi à obtenir mon pardon est une exagération », lance-t-il.

Il estime cependant qu'aucun camp ne peut s'octroyer le crédit de sa libération, soulignant qu'elle résulte de l'« effort collectif » des organisations non gouvernementales, des journalistes, de sa famille et surtout de sa femme. Marwa, et de sa célèbre avocate.

Il ajoute en outre qu'il reste encore « beaucoup de choses à révéler ».

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