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Fin des frais accessoires : des cliniques menacent de fermer

Le règlement interdisant aux médecins de facturer des frais supplémentaires à leurs patients doit entrer en vigueur en janvier, mais des gestionnaires de cliniques affirment que ces frais sont essentiels à leur survie.

L’abolition des frais accessoires qui sont liés à des soins assurés par le régime d'assurance maladie du Québec, annoncée en septembre par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sème l’inquiétude chez les médecins spécialistes.

Le gastroentérologue Anand Sahai, actionnaire et directeur de la clinique 1037 à Montréal, affirme que si aucune solution n’est trouvée pour couvrir ces dépenses, il ne verra d’autre solution que de mettre la clé sous la porte.

« Pour l’endoscopie, ce que l’on facture en général, c’est autour de 500 $. Croyez-le ou non, 500 $, ce n’est probablement pas encore assez pour couvrir le coût de ces équipements-là. Par exemple, les endoscopes que l’on utilise coûtent à peu près 40 000 $ pièce. On en a huit, c’est donc près de 400 000 $ juste d’endoscopes qu’il faut renouveler tous les cinq à sept ans ».

L’acte qui est posé par le médecin est rémunéré par la Régie de l’assurance maladie du Québec, mais le montant supplémentaire demandé aux patients sert à payer l’équipement et les frais de fonctionnement, explique le médecin.

Il affirme que s’il ne peut plus facturer ces frais, il devra puiser dans son salaire pour couvrir les pertes et qu’il perdra de l’argent.

Le ministre de la Santé voit dans ces plaintes une technique de négociation. Il n’est pas question d’ajouter de l’argent dans la rémunération des spécialistes, selon lui.

« Un moment donné, il faut que les fédérations prennent leurs responsabilités. Elles vont publiquement dire qu’elles vont prendre en charge ces frais-là, ça veut dire que les médecins vont être payés. Les médecins se font dire par le gouvernement, par moi-même, qu’ils vont se faire payer, ils se font dire par leur fédération qu’ils vont être payés. C’est quoi ça là? C’est une niaiserie », martèle Gaétan Barrette.

Des négociations sont en cours en vue éventuellement de mieux répartir les enveloppes qui ont déjà été consenties.

M. Barrette ne voit aucune raison pour les cliniques privées de cesser leurs activités. Il rappelle que les deux fédérations médicales ont annoncé la semaine dernière qu’elles allaient prendre à leur charge la portion des frais accessoires qui sont courants, soit la grande majorité. Cet argent viendra de l’enveloppe des médecins, précise le ministre de la Santé.

« Du côté de la FMOQ [Fédération des médecins omnipraticiens du Québec], il n’y a pas de frais lourds, mais du côté de la FMSQ [Fédération des médecins spécialistes du Québec], on a déjà pris des mesures pour compenser, en ce sens que, en chirurgie, on ouvre des salles d’opération et la capacité des salles d’opération est bien plus grande que dans le privé ».

De son côté, le Dr Anand Sahai se dit surpris qu’on ne lui donne pas beaucoup de détails sur ce qui va arriver.

Je suis déçu de voir que le ministère et le ministre semblent donner l’impression que tout est réglé quand, pour nous autres, ce n’est pas clair du tout.

Dr Anand Sahai

Il évoque une autre possibilité, lancée par M. Barrette lui-même, qui serait de se désabonner de la Régie de l’assurance maladie du Québec et de devenir des médecins non participants.

Il souligne toutefois que la procédure est compliquée. « Je vais pouvoir charger ce que je veux et vu que je vais travailler moins souvent, il faudra augmenter le prix pour couvrir les frais techniques et mes frais comme médecin ».

Cette solution aura pour conséquence, déplore-t-il, de créer un vrai système à deux vitesses, car seules les personnes les mieux nanties pourront se permettre de se faire soigner dans le privé.

Pour l’heure, quelques cliniques auraient déjà fermé, mais aucun chiffre n’est disponible actuellement. D’autres pourraient suivre, à moins que des ajustements ne surviennent d’ici l’entrée en vigueur du règlement.

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