Retour

Formule E : l'administration Coderre a contourné les règles, conclut l'inspecteur général

Le Bureau de l'inspecteur général (BIG) a déposé lundi un rapport accablant sur l'organisation du championnat de formule E, l'été dernier, à Montréal. Il reproche notamment à l'ancienne administration de Denis Coderre de ne pas avoir respecté le cadre législatif dans l'octroi du contrat de promotion et d'organisation de l'événement.

Un texte de Jérôme Labbé et Isabelle Montpetit

Dans son rapport, l'inspecteur général, Denis Gallant, révèle entre autres que l'organisme à but non lucratif « Montréal, c'est électrique » (MCE) a servi de courroie de transmission entre les gouvernements et le promoteur evenko, afin que l'événement puisse bénéficier de subventions et qu'il puisse être rentable. Une façade, en quelque sorte.

Des projections faisant état de déficits annuels de 11 à 20 millions de dollars pendant trois ans avaient d'abord convaincu evenko de ne pas agir comme promoteur de l'événement, souligne Me Gallant. Mais l'entrée en scène de MCE l'a convaincu de se lancer dans l'aventure à titre de prestataire de service, comprend-on entre les lignes du rapport.

Pour être admissible à des subventions, l'OBNL « devait être indépendant de la Ville, avoir une mission plus large que la tenue de courses de formule E et ne devait pas servir de simple courroie de transmission entre la Ville de Montréal et le promoteur ciblé ». Or, « l’enquête révèle que toutes les activités de MCE se sont articulées autour de la formule E et il appert que, n’eût été la course, MCE n’aurait vraisemblablement jamais été créé », écrit le BIG.

L'enquête de Me Gallant montre aussi que le cabinet de l'ex-maire Denis Coderre a ignoré les avis du Service des affaires juridiques de la Ville et qu'il a gardé un contrôle sur les décisions de MCE, y compris la sélection de son directeur général et des membres du conseil d'administration.

MCE a cessé ses activités le 5 février dernier, soit deux mois après l'annonce de la décision de la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, concernant l'annulation des deux autres courses de formule E, qui devaient se tenir dans la métropole en 2019 et en 2020.

L'OBNL a disparu avec un déficit de 13,55 millions de dollars. Formula E Operations (FEO), promoteur du championnat à l'échelle mondiale, a envoyé une mise en demeure pour réclamer des sommes qui lui sont dues.

La mairesse Valérie Plante a qualifié le rapport de « dévastateur » pour Denis Coderre, son cabinet et son comité exécutif.

« Ils ont carrément décidé de contourner les lois pour arriver à leurs fins, a-t-elle résumé. C'est grave. C'est très, très grave. »

Mme Plante reproche à son prédécesseur et à son équipe d'avoir dépensé inutilement l'argent des contribuables.

« La seule bonne nouvelle, c'est qu'ils ne peuvent plus prendre de décisions, a ajouté la mairesse. Ce n'est plus eux qui gèrent l'argent des Montréalais; ils sont de l'autre côté de la banquette. Mais je trouve ça inacceptable... Ils ont vraiment fermé les yeux. »

Cette déclaration a fait bondir Lionel Perez, chef par intérim du parti Ensemble Montréal, composé en grande partie d'anciens élus de l'Équipe Coderre.

« Je me sens interpellé personnellement par les affirmations de madame la mairesse, qui essaie de faire un amalgame, qui essaie d'entacher la réputation de moi-même ainsi que de mes collègues, parce qu'on faisait partie du comité exécutif », a-t-il déploré, soulignant que le rapport ne blâmait aucun autre élu que Denis Coderre.

« L'OBNL n'a pas été créé par le comité exécutif », a-t-il rappelé.

« Tout a été fait dans les règles de l'art », dit Coderre

L’ex-maire Denis Coderre dit être « en désaccord » avec l’interprétation du BIG selon laquelle MCE n’aurait été qu’une courroie de transmission pour obtenir des subventions.

Il affirme que la course de formule E s’inscrivait dans une vision plus large « pour faire la promotion de l’électrification des transports », ce qui aurait permis à Montréal de figurer dans le peloton des grandes villes du monde.

« On a tiré la "plogue" tellement vite. C’est sûr que c’est le seul événement qu’on a vu vraiment », a déploré M. Coderre, lundi après-midi.

Quant à la façon de procéder de son administration, il dit que « tout a été fait dans les règles de l’art ».

M. Coderre soutient que les contrats ont été adoptés à l’unanimité au conseil d’arrondissement de Ville-Marie, auquel siégeait Valérie Plante avant de devenir mairesse de Montréal.

De plus, selon lui, le fait de s’intéresser de près à l’organisation de l’événement n’était pas répréhensible.

« Je suis d’accord qu’il fallait avoir un mur [entre la Ville et MCE], dit-il, mais quand on investit 24 millions de dollars – l’argent des [contribuables] –, il faut aussi s’assurer que cet événement soit un succès. »

Finalement, en ce qui a trait au déficit de 13,55 millions de dollars déclaré par MCE, Denis Coderre soutient qu'il était prévu que les dépenses soient amorties sur une période de six ans.

Evenko minimise sa responsabilité

De son côté, l'entreprise evenko confirme qu’elle a cru dès le départ que le projet était risqué financièrement et qu'elle a refusé d’agir comme promoteur de l’événement.

Dans un communiqué transmis lundi, elle mentionne que son rôle était plutôt de fournir des services pour l’organisation de la course et souligne au passage qu'elle n'a toujours pas été complètement payée.

L'entreprise dit avoir accepté de participer à la formule E en raison de la vision à long terme que lui avait présentée la Ville sur l’électrification des transports. Elle comprend toutefois la décision de l’administration actuelle d'abandonner la tenue de l'événement.

Plus d'articles

Vidéo du jour


10 choses à savoir sur le « Cyber Monday »