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Fournier nie les allégations de Francœur, mais réfléchit à son avenir

Visé par des allégations du chef syndical Yves Francoeur, le leader parlementaire du gouvernement Couillard, Jean-Marc Fournier, admet avoir songé à démissionner, même s'il clame son innocence.

Jean-Marc Fournier avoue s'être demandé s'il devait se retirer, mais, pour lui, cela serait un aveu de culpabilité. « Mon premier réflexe, c’est de ne pas me retirer », assure-t-il. « D’un autre côté, je suis leader et je dois protéger le gouvernement, il faut mesurer cela », poursuit-il, conscient que demain, il sera un poids pour le gouvernement de Philippe Couillard.

En avril dernier, le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, avait allégué sur les ondes du 98,5 FM que deux élus du Parti libéral du Québec, dont un toujours en fonction, avaient échappé, pour des raisons douteuses, à une enquête criminelle pour fraude et trafic d’influence, dans laquelle il était question de modifications législatives en échange de dons au parti. Il n'avait toutefois pas nommé les deux élus.

Or, selon une déclaration écrite de huit pages de M. Francoeur à la Sûreté du Québec (SQ), qui a été obtenue par TVA et Le Journal de Montréal, il s'agissait de Jean-Marc Fournier et de l'ex-ministre des Finances du gouvernement Charest, Raymond Bachand.

M. Francoeur soutient dans cette déclaration que plusieurs sources lui ont laissé entendre que l'enquête se serait notamment penchée, « fin 2011 ou début 2012 », sur une rencontre que les deux hommes ont eue avec un promoteur immobilier au 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal.

Il y aurait été question « de développement et/ou de dézonage de terrains en retour de contributions au Parti libéral du Québec ».

Selon une source de M. Francoeur, un haut gradé de la Sûreté du Québec serait cependant intervenu pour « arrêter l'enquête et la surveillance ».

La Sûreté du Québec (SQ) a ouvert une enquête sur les allégations de M. Francoeur en mai, à la demande du gouvernement du Québec. L'idée est de déterminer si une enquête a bel et bien eu lieu dans cette affaire, si des procureurs de la Couronne ont bloqué le dossier et, le cas échéant, pourquoi.

La SQ élargit son équipe

La SQ a d'ailleurs annoncé, lundi après-midi dans un communiqué, qu'elle allait élargir l’équipe responsable du dossier.

« À la lumière des informations publiées aujourd’hui, et dans un souci de maintien de confiance de la population, la décision fut prise d’élargir l’équipe responsable du dossier », peut-on y lire. Cette équipe sera placée sous la supervision du directeur adjoint de la SQ, Yves Morency, et cogérée par la directrice du BEI (Bureau des enquêtes indépendantes), Me Madeleine Giauque. L’équipe sera composée de policiers de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie royale du Canada, des services de police de Québec, de Longueuil et de Gatineau.

« Il n'y a jamais eu d'intervention », assure Fournier

En entrevue à Radio-Canada lundi matin, M. Fournier a confirmé avoir assisté à une activité de financement du PLQ au 1000 de la Commune, un immeuble à condos rendu célèbre par des reportages de l'équipe d'Enquête, puis par les travaux de la commission Charbonneau.

Celui qui est aussi ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne soutient toutefois qu'il y était accompagné du défunt ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, et non de Raymond Bachand.

M. Fournier dit se souvenir d'avoir discuté à ce moment avec une personne qui voulait développer un projet sur les îles de Boucherville, mais dont le plan se heurtait à des problèmes d'acceptabilité sociale.

Il assure toutefois qu'il n'a jamais été question à ce moment-là qu'il intervienne en faveur du promoteur en échange d'un don politique.

M. Fournier affirme avoir appris qu'il était directement visé par les allégations de M. Francoeur vendredi dernier, après qu'un journaliste de TVA l'eut appelé pour avoir ses commentaires. Il dit n'avoir jamais eu vent qu'il aurait pu faire l'objet d'une enquête à ce sujet et soutient n'avoir jamais été contacté par les policiers.

Se disant « fâché » par toute cette affaire, le ministre dit avoir maintenant « très hâte » que la SQ le contacte pour qu'il puisse lui donner sa version des faits.

« En ce moment, tout ce que cette opération là fait, c’est de déstabiliser le gouvernement, et je suis la première personne touchée par ça », a-t-il déploré.

Bachand réclame des excuses

Raymond Bachand, qui est actuellement négociateur en chef du gouvernement du Québec dans le cadre des discussions sur des modifications à apporter à l'Accord de libre-échange nord-américain, a également assuré à Radio-Canada qu'il n'avait participé à aucune rencontre avec M. Fournier et un promoteur, ni au 1000 de la Commune, ni ailleurs.

« Comment vous vous défendez contre quelque chose qui n’existe pas? » s'est désolé l'ex-ministre. « M. Francoeur a fait une fausse déclaration. Peut-être qu’il était mal informé », a-t-il encore dit. « La moindre des choses qu’il pourrait faire, c’est de s’excuser. »

Selon M. Bachand, le traitement médiatique que le Journal de Montréal a accordé à cette affaire « n'est pas loin du jaunisme ».

À prendre avec « un grain de sel », dit Couillard

« Il faut prendre ça avec un grain de sel », a commenté le premier ministre Philippe Couillard depuis New York, où il assiste à l'événement Climate Week. « Moi, j'ai confiance en M. Fournier, qui va continuer à présenter son côté de cette histoire-là. »

M. Couillard s'est refusé à attaquer la crédibilité du président de la Fraternité des policiers de Montréal, mais a souligné qu'il y avait « une erreur de fait majeure dans ce qui est publié ce matin quant à la présence de M. Bachand à un événement ».

Le premier ministre du Québec a rappelé que la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et l'Unité permanente anticorruption (UPAC) ont ouvert des enquêtes après les déclarations de M. Francoeur le printemps dernier. « À ce que je sache, il n'y a rien qui est sorti de là », a-t-il souligné.

« Les gens font leur travail et j'ai confiance en M. Fournier », a-t-il ajouté.

De son côté, le DPCP a indiqué, par voie de communiqué, que si l'enquête policière se pousuit, il « n’a reçu aucun dossier de la part des policiers ».

Couillard doit suspendre Fournier, selon Lisée

Réagissant à ces nouvelles informations, le chef péquiste Jean-François Lisée a déploré que « les affaires de la nation sont encore assombries par une allégation louche sur le Parti libéral du Québec ». Il s'est toutefois gardé de se prononcer sur la crédibilité des allégations de M. Francoeur, avant d'attaquer le DPCP.

« Comment ça se fait qu’on ne sait encore rien, que même MM. Fournier et Bachand n’ont pas été rencontrés? (...) Je m’étonne, comme chef de l’opposition, que notre justice soit si lente. Qu’ils nous le disent : "On a fait enquête, on ferme le dossier", "on fait enquête, on est en train de voir s’il y a des accusations". Qu’ils nous disent où ça en est! C’est trop important. »

« On sait avec certitude que le DPCP enquête depuis avril dernier sur des allégations qui impliquent M. Fournier; pourquoi est-ce que le ministre ne le suspend pas pour le temps de l’enquête? », a ensuite demandé le chef de l'opposition.

Depuis le début de son mandat, M. Couillard a suspendu les ministres Sam Hamad et Pierre Paradis de leurs fonctions, avant même que des enquêtes les visant, de nature administrative ou criminelle, soient en cours, a rappelé M. Lisée. Le premier ministre a aussi fait de même avec le député Gerry Sklavounos.

« Qu’est-ce qui fait que M. Fournier a droit à une immunité particulière et pas ses autres collègues? » a demandé le leader péquiste. Il ajoute en outre que M. Fournier « aurait dû proposer lui-même » de se retirer.

Fournier doit partir, réitère Amir Khadir

« Il n’y a aucune raison qui ferait que je ne croirais pas M. Francoeur, parce qu’il y a peu de doute chez ceux qui ont suivi le scandale de la corruption chez les libéraux que M. Jean-Marc Fournier est le suspect numéro deux de ce scandale-là. Il y a eu Jean Charest, mais M. Fournier était son bras droit, et ce qui est inquiétant, c’est que c’est le bras droit de M. Couillard aussi », a commenté le député de Québec solidaire Amir Khadir.

« N’oubliez pas que M. Fournier est nommé directement dans le rapport de la commission Charbonneau; il est incriminé par le témoignage de Paul Sauvé, qui a été retenu par la juge Charbonneau, en qui on peut avoir confiance », a-t-il ajouté. « Il a été nommé, nommément, comme la personne qui sollicite Sauvé avec d’autres pour recueillir de l’argent. Avec qui? Avec Jean-Louis Dufresne qui a démissionné récemment. »

La Coalition avenir Québec n'a pas encore commenté ces révélations. Son chef, François Legault, y a fait allusion indirectement dans un tweet où il plaide que « la nomination des patrons de l'UPAC et de la SQ ne doit plus relever du parti au pouvoir ».

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