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Fusils d'assaut : le gouvernement Couillard évite de prendre position

L'opposition presse le gouvernement du Québec de faire connaître sa position au sujet de l'armement des policiers patrouilleurs dans la province. Radio-Canada révélait mardi que de plus en plus de corps policiers québécois équipent leurs agents avec des fusils d'assaut, en cas d'attentat ou de tuerie. Pourtant, aucun débat public n'a eu lieu sur cette question.

Un texte de Thomas Gerbet

Questionné à plusieurs reprises par les journalistes, mardi, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a pris bien soin de ne pas donner son opinion ni la position du gouvernement sur le fond du dossier.

« Ce sont les directeurs de police qui décident des équipements dont ils ont besoin », a indiqué le ministre, sans précisier s'il était en faveur ou non de l'armement des patrouilleurs.

En quoi est-ce nécessaire si les unités tactiques sont déjà munies de fusils d'assaut? « C'est aux corps policiers de vous expliquer cela », a répondu Martin Coiteux.

« Je pense qu'il est tout à fait raisonnable de permettre aux corps policiers de déterminer les équipements dont ils ont besoin », a-t-il poursuivi.

Sur la question des fonds publics dépensés pour armer ces patrouilles, le ministre a répété que les corps policiers avaient des ressources à leur disposition. « Ils doivent s'équiper selon les menaces qui existent, ils font leurs choix », a-t-il souligné.

Selon l'ancien ministre de la Sécurité publique, et critique du Parti québécois en la matière, Stéphane Bergeron, le gouvernement devrait fixer des lignes directrices.

« Il est vrai que la décision de se doter de telles armes relève de chacun des corps de police. Cela dit, cette problématique soulève un certain nombre de questions qui devraient faire l’objet d’une orientation édictée par le ministère de la Sécurité publique, car cette tendance vise à répondre à la menace, réelle ou appréhendée, d’une possible attaque terroriste. »

Selon Stéphane Bergeron, « il convient de se demander si ces armes d’assaut peuvent effectivement permettre de mieux réagir à une telle attaque ou si elles ne constituent pas, au contraire, un facteur d’aggravation du risque pour la sécurité publique. »

Québec solidaire demande un débat public

Le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois qualifie de « très inquiétants » les achats de fusils d'assaut faits par les corps policiers pour leurs patrouilleurs. « De telles transformations nécessitent un débat public », soutient-il.

Invitée à réagir, la Coalition avenir Québec (CAQ) n'a pas fait connaître sa position.

Au gouvernement d'intervenir

En entrevue à Radio-Canada, l'ancien directeur général adjoint de la SQ, Marcel Savard, estime que les corps de police et les municipalités ne devraient pas pouvoir prendre de telles décisions seuls.

« Au Québec, on a une situation qui est particulière et il faut se positionner de façon globale, croit-il. L'autorisation sur la fonction même, le comment et le pourquoi des armes longues, c'est au ministère de le faire. »

En 2010, le sous-comité consultatif permanent en emploi de la force (SCCPEF), chapeauté par le ministère de la Sécurité publique, avait procédé à une analyse devant conduire à des recommandations sur l’utilisation des armes longues par les policiers.

En 2011, le SCCPEF en était venu à des conclusions allant dans le sens de leur utilisation. On pouvait lire: « muni d’une arme de support (fusil d'assaut), le policier-patrouilleur, premier intervenant, peut plus efficacement contenir ou neutraliser une menace. »

Le sous-comité conseillait toutefois de procéder à une analyse locale afin de valider la pertinence du déploiement de l’arme de support sur chaque territoire.

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