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Fusion des municipalités au Manitoba : le français perd du terrain à Saint-Claude

En janvier 2015, la Loi sur la fusion des municipalités est entrée en vigueur au Manitoba. Certaines communautés francophones ont été fusionnées à d'autres municipalités. C'est le cas de Saint-Lazare, Notre-Dame-de-Lourdes et Saint-Claude. Deux ans plus tard, quel bilan fait l'Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM) de ces fusions et qu'en pensent certains résidents ?

Un texte d'Abdoulaye Cissoko

En 2015, Saint-Lazare, Ellice et Archie fusionnaient pour donner naissance à la municipalité rurale d'Ellice-Archie.

Dans la région de la Montagne, Somerset et Notre-Dame-de-Lourdes se rattachaient à la municipalité rurale de Lorne.

Saint-Claude était incorporée à la municipalité rurale de Grey, dont le chef-lieu est à Elm Creek.

Deux ans plus tard, le président de l'Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM), Louis Tétrault, dit que les fusions se sont en général bien déroulées.Selon lui, pour la plupart des communautés fusionnées, les choses avancent même bien. Il affirme que pour les municipalités de Lorne et d'Ellice-Archie, les relations avec l'AMBM sont au beau fixe. Ce n'est toutefois pas le cas avec celle de Grey.

Une question de volonté

« Le Conseil municipal de Grey ne voit pas l'avantage d'être membre de notre association, explique Louis Tétrault. Il pense que ça va coûter cher à la Municipalité. »Selon lui, la cotisation annuelle de Grey à l'AMBM serait d'environ de 150 $. Il estime les retombées possibles à plus de 8000 $ pour la Municipalité. D'après le directeur général de l'AMBM, la vraie raison des réticences de la Municipalité rurale de Grey est ailleurs.

Louis Tétrault dit que les responsables de Grey pensent que l'association les forcerait à faire de l'affichage bilingue et traduire tous leurs documents en français et qu'elle exigerait que les postes dans la municipalité soient désignés bilingues, « ce qui n'est pas le cas » selon lui.

Trois mois après la fusion, le conseil municipal de Grey a adopté à l'unanimité l'annulation de l'arrêté municipal qui garantissait des services en français à Saint-Claude. À l'époque, l'AMBM avait manifesté son inquiétude et rencontré les responsables de la municipalité. « La raison qu'ils ont avancée est que cet arrêté n'était pas à jour, se souvient Louis Tétrault. Sauf qu'ils n'ont jamais mis en place un autre arrêté », ajoute-t-il.

Il dit que l'AMBM a proposé d'apporter son aide pour l'élaboration d'un nouvel arrêté pour des services en français qui seraient adaptés à la municipalité. Louis Tétrault constate un manque de volonté du conseil municipal. Toutefois, il ne baisse pas les bras. L'offre de l'AMBM, dt-il, est toujours sur la table.

Des résidents mécontents

Lucille Bazin est originaire de Saint-Claude. Selon elle, la fusion du village avec Grey est « bien triste ». Elle dit regretter le temps où elle pouvait bénéficier de services en français et voir les communiqués municipaux rédigés dans les deux langues officielles du Canada.

Même son de cloche auprès de Gisèle Oliviero Jobin, une autre résidante. Pour elle, Saint-Claude est le principal perdant dans cette fusion. « On a perdu le service en français. Le bilan n'est certainement pas positif pour nous ».

Le point de vue de la Municipalité

Le préfet de Grey, Raymond Franzmann, nie le manque de services en français. Il suffit, affirme-t-il, d'en faire la demande. Il ajoute qu'il y a du personnel bilingue au sein de l'administration municipale et insiste sur le fait qu'il n'a reçu aucune plainte de la part de résidents à ce sujet.

Mais pour Lucille Bazin, c'est parce qu'il semble y avoir un sentiment de résignation de la part des résidents du village. « Même nos responsables de Saint-Claude nous regardent et semblent nous dire qu'est-ce que tu veux qu'on fasse? »

Pour ce qui est de la réticence de la municipalité à adhérer à l'AMBM, Raymond Franzmann soutient qu'il n'en voit pas la nécessité car il n'y a pas en ce moment un arrêté municipal sur les services en français.

Le préfet se dit toutefois prêt à renouer le dialogue avec l'AMBM.

En attendant, Gisèle Olivieiro Jobin tient à lancer cet appel aux responsables municipaux de Grey: « Ne nous oubliez pas. Je sais que les choses changent, mais il me semble qu'il pourrait quand même y avoir plus d'effort d'avoir des services en français ».

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