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Fusion QS-ON : un mariage qui pourrait faire des orphelins

ANALYSE – La conclusion d'une entente de principe entre Québec solidaire (QS) et Option nationale (ON) était plutôt prévisible. À partir du moment où la direction des deux partis voyait leur rapprochement d'un œil favorable, il aurait été surprenant que les pourparlers n'aboutissent pas.

Une analyse de Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

Les membres de QS ne devraient pas hésiter très longtemps à entériner l'entente. Pour eux, le gain est évident. On conservera le nom « Québec solidaire » de même que l'essentiel du programme et de la structure du parti.

Des membres émettront sans doute des réserves sur le fait que l'assemblée constituante promise par QS doive absolument déboucher sur un projet de constitution d'un Québec indépendant, mais il semble s'agir là d'une concession minimale.

Option nationale ne compte peut-être que 2000 membres, mais ceux-ci sont parmi les plus motivés. Plusieurs d'entre eux sont jeunes, un atout indéniable en cette période où les gens se montrent de plus en plus hésitants à adhérer à un parti politique.

Surtout, leur adhésion à Québec solidaire pourrait permettre de dissiper les doutes que certains entretiennent toujours sur sa détermination indépendantiste.

Pour Option nationale, par contre, les gains sont plus diffus.

Bien sûr, on promet de faire d'ON un « collectif » au sein du parti unifié, mais cet engagement demeure abstrait pour plusieurs membres. « On n'a aucune idée de comment ça va fonctionner. Quel sera notre budget? Quels seront nos pouvoirs? Aura-t-on une voix prépondérante dans les instances? » s'interrogeait l'un deux, au lendemain de l'annonce de l'entente de principe.

Si le « collectif » bénéficie de deux sièges réservés au sein du comité de coordination national de Québec solidaire pour une période de deux ans, aucune garantie n'a été offerte pour la suite.

Et le Bloc québécois?

Des membres s'étonnent aussi que le parti fusionné ne s'engage pas dès maintenant à soutenir le Bloc québécois lors des prochaines élections fédérales.

« Martine Ouellet est tellement proche de nos idées. Si on n'est pas capable de dire dès maintenant qu'on va l'appuyer comme parti en 2019, il faut croire que les temps ont bien changé », s'inquiétait vendredi un officiel du parti, perplexe.

« Il y en a beaucoup pour le chef : Sol [Zanetti] va obtenir un poste d'« ambassadeur de la souveraineté » et une circonscription prenable pour lui-même, mais qu'est-ce qu'il y a là-dedans pour nous? » se demandait un autre.

Tout se jouera lors des congrès que tiendront les deux partis début décembre.

À Québec solidaire, des délégués choisis par les différentes circonscriptions se prononceront sur l'entente de principe lors de la première fin de semaine de décembre, mais l'issue du vote ne semble pas inquiéter. « On est assez confiants », résumait vendredi une source.

La partie pourrait cependant être plus difficile la fin de semaine suivante, alors que les membres d'Option nationale seront à leur tour invités à se prononcer sur le projet lors d'un congrès extraordinaire. En coulisse, on se prépare déjà; tout dépendra de la force relative des pro-fusion et des anti-fusion, et de leur capacité à se mobiliser en vue du congrès.

« Ceux qui pensent de la même façon devraient s'unir », dit Jean-Martin Aussant

En entrevue jeudi à l'émission Au coeur du monde à l'antenne de ICI Radio-Canada Matane, l'ancien chef d'ON Jean-Martin Aussant n'a pas semblé s'émouvoir outre mesure de la disparition éventuelle du parti qu'il a pourtant fondé. « Quelle que soit la cause, ceux qui pensent de la même façon devraient s'unir », a-t-il fait valoir.

Même si l'idée a été rejetée par Québec solidaire le printemps dernier, il juge souhaitable un rapprochement entre le nouveau parti fusionné et le Parti québécois : « Pour le bien de la cause, c'est clair », a-t-il dit. « Tous les partis peuvent modifier leur plateforme dans des congrès divers et j'espère qu'un jour tous les partis souverainistes seront assez similaires pour qu'ils s'unissent. »

Fidèle à son habitude, M. Aussant n'a pas fermé la porte à un éventuel retour en politique, mais il semble peu probable qu'il reprenne un jour les rênes d'Option nationale.

En conférence de presse jeudi, Sol Zanetti a affirmé qu'il avait l'intention de poursuivre son travail à la tête de sa formation politique, et ce, même si la fusion avec Québec solidaire ne se matérialise pas.

« Ce n'est pas un "renérendum" », a-t-il plaisanté. Des membres ne l'entendent toutefois pas ainsi et évoquent déjà des lendemains difficiles pour le chef d'Option nationale si le rapprochement, dont il s'est fait le promoteur, devait échouer.

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