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Garderies : le NPD ontarien risque de faire « la même erreur » que le Québec

La promesse du NPD en Ontario de réduire les frais de garde à 12 $ par jour en moyenne et de créer 202 000 nouvelles places en garderie en quatre ans, si le parti prend le pouvoir jeudi, n'est pas réaliste, affirment nombre de spécialistes.

Un texte de Michel Bolduc; infographie de Vincent Wallon

« Je crains une répétition de ce qui est arrivé au Québec », affirme le professeur Gordon Cleveland de l’Université de Toronto.

Au Québec, à l’exception des CPE, la qualité des services de garde est « médiocre » dans bien des cas, à cause de l’explosion de la demande qui a suivi la création du programme de garderies à 5 $ dans les années 1990, soutient le professeur Cleveland.

Ruée vers l'or

Selon le professeur Cleveland, un programme de garderies à 12 $ en Ontario créerait un tel engouement que le gouvernement ne pourrait pas créer suffisamment de nouvelles places rapidement.

Il souligne qu’il faut non seulement trouver des espaces disponibles, mais aussi recruter des éducatrices qualifiées.

Sa recommandation : se concentrer sur les enfants d'âges préscolaires, pour lesquels les garderies ont déjà beaucoup de places. Les libéraux ont repris sa suggestion dans leur plateforme, promettant la gratuité pour les enfants de 2,5 ans à la maternelle (4 ans).

La chef du NPD, Andrea Horwath, défend son plan, expliquant qu'elle hausserait à 25 $ l'heure le salaire des éducatrices, pour attirer et garder du personnel de qualité.

  • Jusqu'à 6650 $/enfant pour les familles moins nanties
  • Maximum de 26 % des frais de garde pour les familles gagnant 150 000 $ et plus
  • Coût : 389 millions $/an
  • Garderie gratuite pour les enfants de 2,5 à 4 ans
  • Création de 100 000 places en garderie sur 5 ans
  • Coût : 2,2 milliards de dollars sur 3 ans
  • Garderie gratuite pour les familles dont le revenu est inférieur à 40 000 $
  • Frais de garde moyens de 12 $/jour pour les autres parents
  • Création de 202 000 places en garderie sur 4 ans
  • Coût : 3,2 milliards $/an

Prestation « flexible »

Selon l’économiste Alexandre Laurin de l’Institut C.D. Howe, le NPD prendrait vraisemblablement le « double du temps » promis pour créer 202 000 places.

Il vante plutôt la « flexibilité » du plan des conservateurs, qui promettent aux parents une prestation, variant selon le revenu familial, qui s’appliquerait à la fois aux garderies et aux services de garde à domicile, y compris le soir et les week-ends.

Michel-Édouard Laflamme, qui est directeur d’un service de garde à Ottawa et qui fait partie du conseil d’administration de la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance, rétorque que le plan conservateur ne règle en rien les deux principaux problèmes qui existent actuellement en Ontario :

  • Une pénurie de places dans des garderies agréées
  • Les frais de garde les plus élevés au Canada

M. Laflamme de la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance donne une note de :

  • 4/10 au plan conservateur
  • 9/10 au plan libéral
  • 10/10 au plan du NPD

Il croit lui aussi qu'il ne faut pas faire « la même erreur que le Québec ». Il concède que l'engagement du NPD de créer 202 000 places est « ambitieux », mais sans être impossible, selon lui.

Pour lui, la promesse néo-démocrate de réduire les frais de garde quotidiens à 12 $ en moyenne est clé.

Plus de mères sur le marché du travail

L’économiste David Macdonald du Centre canadien de politiques alternatives, qui publie chaque année un palmarès des frais de garde au pays, croit lui aussi que la prestation promise par les conservateurs n’aiderait pas beaucoup les familles ontariennes.

Les libéraux et le NPD ont les meilleurs plans, selon lui.

Il souligne que la gratuité promise par les libéraux pour les enfants de 2,5 à 4 ans en ferait le programme le plus généreux au pays pour cette tranche d’âge.

M. Macdonald croit que la promesse du NPD de créer 202 000 places en quatre ans est « peut-être trop ambitieuse ».

Une chose est sûre selon lui, si les services de garde sont plus abordables, davantage de mères pourront retourner sur le marché du travail, ce qui accroîtra en retour les recettes fiscales du gouvernement.

L'exemple du Manitoba

Le Manitoba est la province où les frais de garde sont actuellement les plus bas au pays, après le Québec.

  • Le gouvernement manitobain offre une aide aux familles moins nanties, en plus de subventionner les garderies.
  • Les frais de garde sont plafonnés (20,80 $/jour pour les bambins en garderie, par exemple).

M. Macdonald du Centre canadien de politiques alternatives fait valoir que les provinces qui limitent les frais de garde, comme le Manitoba, le Québec et l'Île-du-Prince-Édouard, sont aussi celles où ces frais sont les moins élevés.

Pour sa part, M. Laurin de l'Institut C.D. Howe affirme que le « contrôle des prix fonctionne rarement, parce que ça affecte l'offre ».

M. Laflamme de la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance ne voit pas lui non plus d'un bon oeil l'imposition de prix plafond, expliquant que chaque garderie a des coûts d'exploitation différents, que ce soit en matière de bail ou de salaires à payer.

Avec des entrevues avec des parents réalisées par CBC

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