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Gatineau et son maire boycottent Roch Cholette

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a indiqué, vendredi, dans une lettre à la direction de la station 104,7 FM et à la direction du réseau Cogeco, qu'il n'accorderait plus d'entrevue à l'animateur Roch Cholette.

Dans sa lettre, M. Pedneaud-Jobin soutient que cette décision est également partagée « par une large majorité des membres du conseil municipal de Gatineau qui feront de même ».

Le maire ajoute qu'il ne peut plus cautionner l'animateur vedette de la station privée « au style corrosif » et controversé, car depuis quelques années, « ses entrevues, ses chroniques et ses commentaires ont glissé vers l'arrogance, l'agressivité, le mensonge, le mépris ».

Maxime Pedneaud-Jobin déplore que son émission, qui aurait pu être « une référence en actualité locale », soit devenue « un spectacle nuisible pour Gatineau ».

Dans sa lettre, le maire soutient que les fonctionnaires de Gatineau vont également s'abstenir de donner des entrevues à l'émission de Roch Cholette. Il indique également que la Ville n'achètera plus de publicité dans cette émission.

Le boycottage touche cette émission seulement et pas le reste de la programmation du 104,7 FM.

Cogeco prend la situation au sérieux

M. Pedneaud-Jobin a également invité le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet, à « réfléchir aux moyens à [sa] disposition pour améliorer la qualité du contenu de [ses] stations », puisqu'il dit que ses discussions avec la direction de la station privée n'ont rien donné, « au contraire, la situation a empiré ».

En après-midi, le président et chef de la direction de Cogeco Média, Richard Lachance, a fait savoir qu'il avait écrit au maire de Gatineau dans la journée en lui disant « qu'il prend acte de la lettre et qu'il continuera d'évaluer les griefs ».

M. Lachance a précisé que ce sera le mandat du directeur général du 104,7 FM, Bob Rioux, « de rétablir les ponts avec le maire ». Il s'est dit ouvert à intervenir au besoin.

Le PDG de Cogeco Média a fait le point sur les défis auxquels son réseau fait face.

« On fait de la radio parlée et d'opinions. Lorsqu'on fait de la radio d'opinions, c'est sûr que des fois, ça peut prendre une tangente. L'opinion peut être reçue d'une certaine façon. Le commentaire est-il reçu et dit de la bonne façon? Ça fait partie de notre quotidien », a-t-il expliqué.

M. Lachance a déclaré que, pour l'instant, il n'y aurait pas de mesures spéciales prises contre M. Cholette et que « ça fait partie de la régie interne ».

Les politiciens divisés

La décision du maire Maxime Pedneaud-Jobin ne semble pas faire l'unanimité.

Le conseiller du district de Deschênes, Mike Duggan, appuie la lettre du maire tout en qualifiant le geste de « courageux ».

« Si on n’est pas en sympathie avec les médias, ça pourrait nous causer bien des problèmes », a-t-il dit.

Il dit qu'il pourrait tout de même aller à l'émission de Roch Cholette, dépendamment du sujet.

Le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, a pour sa part indiqué sur Twitter qu'il n'approuvait pas ce geste.

Le conseiller municipal du district de Masson-Angers, Marc Carrière, a également décidé de ne pas suivre l'exemple de ses collègues.

« J’ai déjà dit à Roch Cholette que je ne partageais pas toujours sa manière de penser et de s’exprimer. Il devrait modérer ses propos envers certains de mes collègues qui ont été blessés. Il anime, ne l’oublions pas, il est sanguin. Mais ça n’excuse pas tout! Je continuerai quand même à donner des entrevues pour informer mes concitoyens », a écrit sur M. Carrière sur son compte Facebook.

La Fédération professionnelle des journalistes réagit

Le président de la section de l'Outaouais de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Mathieu Lacombe, se dit rassuré que les journalistes du 104,7 ne soient pas affectés par le boycottage.

« Dans ce cas-ci, ce n'est pas un journaliste, et ça, il faut le souligner. Il n'est pas soumis à un code de déontologie. On ne peut pas prendre la défense de son travail et c'est certain qu'on ne peut pas applaudir cette décision-là, parce que nous, on défend le droit du public à l'information », a-t-il dit.

Avec les informations de Gilles Taillon

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