Après avoir été à la fois critiqué et adulé sur la place publique, l'ancien président-directeur général de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey, met fin au mutisme qu'il faisait durer depuis plusieurs mois.

Il a décidé de briser le silence après les révélations de Radio-Canada selon lesquelles son contrat d’ancien directeur général de l’Office municipal d’habitation (OMH) était introuvable, comme ce fut le cas pour son contrat de PDG de Promotion Saguenay.

Lundi, il a accepté dévoiler son contrat avec l’OMH et de répondre aux questions de Priscilla Plamondon Lalancette.

Pourquoi vous avez renouvelé votre contrat à Promotion Saguenay alors que vous nous aviez dit que vous quitteriez en même temps que Jean Tremblay?

« Quand Jean a décidé de quitter, il y a deux ans, ça m’a marqué. Je me suis dit que peut-être que moi aussi mon temps est fait. Mais moi, je connais une seule chose dans ma vie : travailler, travailler, travailler. Je me suis laissé accaparer. »

Pourquoi ne pas avoir laissé la place plus tôt à Priscilla Nemey?

« C’est une erreur que j’ai faite. Ce que j’ai fait au mois de novembre, on aurait pu le faire il y a deux ans. C’est difficile de laisser sa place. Tu penses que t’es bon.

Si j’avais fait ça à l’époque, il n’y aurait pas eu la vacherie qu’on lui a faite dernièrement. Je trouve ça incroyable ce qu’on a fait à Madame Nemey, une personne aussi compétente, sans tache.

Au niveau professionnel c’est une femme de carrière exceptionnelle et pour une fois que dans la région une femme occupait un poste de haut niveau dans l’administration publique : BANG! Un vote au conseil municipal pour la suspendre. Je remercie les membres du conseil d’administration qui ont refusé la suspension. »

Vous avez reçu une indemnité de départ de 425 000 $. Comprenez-vous la population de sursauter un peu en voyant un chiffre comme ça?

« Oui, je comprends la population. J’ai deux commentaires. Moi, j’appelle ça un congédiement déguisé, ça se paye ça. On ne met pas quelqu’un dehors comme ça parce qu’on ne lui aime pas la face parce qu’il n’est pas membre de notre parti politique.

Deuxièmement, c’est 200 000 $ clair [après impôts]. Moi, je ne l’aurais pas pris. Ce n’était pas mon souhait, mon souhait était de continuer à travailler.

Mais, là on te téléphone, on t’appelle et on te dit de partir. Moi, je serais le ti-coune du village? Non! Depuis 1978 que je suis poursuivi par du monde qui veulent ma peau. On avait un contrat et j’ai demandé de le respecter. N’importe qui l’aurait fait au Québec. »

Votre contrat avait une durée de dix ans, renouvelable. Pourquoi?

« C’était à ma demande en passant. Moi, quand j’entends dire : "Il avait 67 ans et il signe un contrat de 10 ans", j’appelle ça de l’âgisme. Je trouve ça terrible, moi je suis en santé, il n’y a pas de question d’âge. »

À votre avis, avez-vous mérité le salissage à votre endroit au cours des derniers mois?

« Je ne m’attends pas, de l’administration municipale, qu’on m’accorde le crédit pour tout, mais c’est exagéré.

Pour le contrat de travail, c’est le comité exécutif [de Promotion Saguenay] qui décide des conditions de travail, ce n’est pas le conseil d’administration. C’est comme ça dans beaucoup d’entreprises. Quand j’entends : "on n’était pas au courant". Voyons! Les états financiers, les rapports annuels, tout était là-dedans.

Et quand on dit que les dons et subventions c’est Ghislain Harvey qui menait tout. Mon Dieu, je ne savais pas que j’avais autant de pouvoir que ça! Je savais que j’en avais un peu, mais quand même.

Les normes étaient : en bas de 10 000 $ moi je pouvais décider direct. De 10 000 $ à 100 000 $ c’était le comité exécutif. Pensez-vous qu’ils disaient tout le temps oui? Ils questionnaient. En haut de 100 000 $, ça allait au conseil d’administration. »

Est-ce que c’était vous qui preniez les décisions à Saguenay ou c’était Jean Tremblay?

« Non, non. Jean Tremblay c’était le maire et vous le connaissez, c’est un homme de leadership. En passant, numéro un au niveau de l’honnêteté, Jean Tremblay. Envoyez-en des vérificateurs. Tant que vous voulez. La malversation à Promotion Saguenay, il n’y en avait pas, il n’y en a jamais eu. »

Parlez-nous de votre contrat avec l’Office municipal d’habitation?

« Je l’ai trouvé hier [lundi] et je suis prêt à vous le donner. J’ai tu bien fait de signer des contrats solides comme ça, aujourd’hui, je me suis fait couper le cou. Vous allez voir que c’est la seule place dans l’univers où j’ai eu une prime de séparation de 24 mois, je devais gagner environ 100 000 $. » (NDLR : Selon le contrat que Ghislain Harvey nous a remis, il a bénéficié d’une indemnité de fin d’emploi d’environ 200 000 $ en 2013.)

Pourquoi aviez-vous accepté une telle indemnité alors que vous étiez en congé sans solde depuis plusieurs années?

« Parce qu’elle était dans le contrat. On était conscient lorsqu’on a signé ça, on l’applique, merci beaucoup bonjour. Y a-t-il quelqu’un au Québec qui refuserait une prime de séparation? Moi je n’ai pas réussi à en trouver. »

En considérant tout ce qu’il s’est passé durant les derniers mois, comment vous sentez-vous?

« Quand tu perds ta job, c’est dur pour l’égo, ce n’est pas facile, t’avais une belle job, tu travaillais très bien, t’avais aucune note à ton dossier négative, t’as amené des belles choses pour la Ville. Et tout d’un coup, Bang! Lundi matin, t’es dehors. Je ne souhaite pas ça à personne. J’ai trouvé ça difficile, t’es quoi dans la vie, je me suis senti mis de côté. »

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