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Harper promet un plan « responsable et abordable » pour accélérer l'accueil de réfugiés au Canada

Le chef conservateur Stephen Harper promet de dire sous peu ce qu'il fera concrètement pour accélérer le processus d'accueil de réfugiés au Canada, que plusieurs, dont ses adversaires politiques, considèrent comme étant trop complexe et trop long.

Un texte de Jérôme Labbé

« Nous irons de l'avant avec un plan dans un avenir très rapproché », a-t-il assuré jeudi, ajoutant qu'il souhaitait profiter de l'élan de générosité des Canadiens envers les réfugiés, qu'il a qualifié de « sincère » (genuine).

Selon M. Harper, le Canada est un « leader international » en ce qui a trait à l'accueil de réfugiés, et son parti fera le nécessaire pour qu'il le demeure. Néanmoins, il souhaite procéder de manière « responsable et abordable », sans compromettre la sécurité et la capacité d'accueil du pays.

« Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger notre sécurité nationale », a-t-il précisé en point de presse à New Annan, à l'Île-du-Prince-Édouard, reprenant l'un des principaux thèmes de campagne du Parti conservateur.

Pour le chef conservateur, le conflit en Syrie et en Irak représente une menace « très sérieuse » au chapitre de la sécurité, d'où l'importance de « donner la priorité aux bonnes personnes et aux réfugiés honnêtes ». M. Harper a déjà indiqué qu'il accorderait la priorité aux minorités religieuses et ethniques, des critères qualifiés de discriminatoires par l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration.

Il importe néanmoins d'accélérer le processus d'accueil de réfugiés au Canada - une promesse que M. Harper soutient avoir faite il y a un mois, avant que la photo du petit Alan, retrouvé mort sur une plage turque, ne commence à circuler. « [Les médias] n'avaient pas jugé que ça valait la peine d'être couvert », a-t-il ajouté, narquois.

La promesse d'accueillir 10 000 Syriens de plus d'ici quatre ans faite en début de campagne s'ajoutait à une annonce prévoyant d'en accueillir 10 000 autres, en janvier dernier. Au total, les conservateurs se sont donc engagés à accueillir 23 000 réfugiés en provenance de Syrie et d'Irak, dont 20 000 Syriens, d'ici la fin 2018.

Des prétextes, réplique Mulcair

Les inquiétudes sécuritaires de Stephen Harper concernant l'accueil de réfugiés au Canada ne sont que « des excuses pour ne rien faire », a jugé le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, jeudi avant-midi à Winnipeg.

Compte tenu de la bureaucratie actuelle pour parrainer un réfugié, l'objectif du NPD est-il raisonnable? « Nous, on est persuadés que si on nomme quelqu'un commissaire responsable de ce dossier immédiatement, on va y arriver », a-t-il assuré, faisant référence à l'engagement néo-démocrate de nommer un coordinateur aux réfugiés syriens, en regroupant les ressources de divers ministères.

Le NPD a déjà promis de faire en sorte que le Canada reçoive 46 000 réfugiés syriens d'ici 5 ans, comme le demande l'ONU. « Le Canada peut et doit écouter les Nations unies » dans ce dossier, a estimé M. Mulcair, ajoutant qu'il entendait faire de cette question l'une de ses priorités si le NPD accède au pouvoir le 19 octobre.

Entre-temps, le gouvernement fédéral devrait égaler les dons versés par les organismes de charité enregistrés au Canada pour pallier les coûts de la relocalisation des réfugiés syriens, réclame-t-il.

Le PLC encore plus ambitieux à court terme

Le Parti libéral du Canada, de son côté, souhaiterait voir le Canada accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici le 31 décembre.

« Nous avons un gouvernement qui croit que la seule solution à cette crise, c'est d'envoyer des militaires et l'armée » en Syrie, a déploré son chef, Justin Trudeau, en point de presse à Vancouver, ajoutant que le NPD, de son côté, « dit qu'il n'y a jamais un besoin d'avoir un engagement militaire dans une crise comme celle-ci ».

Dans un communiqué transmis jeudi matin, le candidat du PLC dans Notre-Dame-de-Grâce-Westmount, Marc Garneau, demande par ailleurs au ministre sortant de la Sécurité publique, Steven Blaney, d'annuler le renvoi des ressortissants syriens dont la demande d'asile a été refusée. Ces expulsions prévues - qui étaient au nombre de 800 en septembre 2014, selon un article du magazine torontois NOW - ont été reportées sans toutefois être résiliées, une approche que M. Garneau juge « immorale ».

Après vérification, 15 Syriens ont été renvoyés dans leur pays d'origine par l'Agence des services frontaliers du Canada depuis mars 2012.

Par ailleurs, les ministres de l'Immigration des provinces canadiennes se sont entendus jeudi pour demander à Ottawa de tenir une conférence fédérale-provinciale sur la crise des réfugiés, une fois la campagne électorale fédérale terminée.

Le homard, un produit « iconique » du Canada

M. Harper a été questionné à deux reprises sur la crise des migrants, jeudi matin, alors qu'il se trouvait à New Annan pour annoncer que son gouvernement investirait 20 millions de dollars sur trois ans pour soutenir l'industrie du homard, un produit « iconique » du Canada, selon ses dires.

Il a également dû répondre à des questions sur le sénateur Mike Duffy, que M. Harper lui-même a nommé pour représenter l'île à la Chambre haute, alors que la question de sa résidence principale est au coeur des accusations de fraude dont il fait l'objet. Le chef conservateur n'a pas voulu dire s'il regrettait d'avoir choisi M. Duffy et a répété qu'il l'avait nommé parce qu'il avait « une résidence » à l'Île-du-Prince-Édouard.

Cette déclaration contredit le témoignage de Benjamin Perrin au procès. Selon lui, le premier ministre Harper s'appuyait uniquement sur le fait que Mike Duffy possédait une part d'au moins 4000 $ sur une propriété dans cette province.

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