Retour

Hausse de taxes à Montréal : la grogne s'organise, Plante reste inflexible

Le mécontentement qui bouillonne à Montréal et dans les villes liées depuis le dépôt du premier budget Plante-Dorais commence à se structurer. La mairesse, toutefois, demeure intransigeante et répète qu'elle a fait « le choix responsable » en haussant les taxes et les quotes-parts des villes liées.

Or, ces augmentations ne passent pas dans une partie de l'opinion publique.

« Au cours de la dernière campagne pour la mairie de Montréal, Valérie Plante s’est engagée à ne pas hausser les taxes plus rapidement que l’inflation; malheureusement, elle a brisé cette promesse à l'occasion de son premier budget », peut-on lire dans le libellé d'une pétition lancée mardi par la Fédération canadienne des contribuables.

« Au lieu de couper dans le gras à la Ville de Montréal, Valérie Plante a choisi la facilité en taxant davantage les contribuables qui verront la facture grimper en moyenne de 3,3 %, soit une hausse d’environ 50 % supérieure à l’inflation. Nous, soussignés, demandons à la mairesse de Montréal de respecter ses engagements et de réécrire son budget afin d’éviter une hausse de taxes supérieure à l’inflation. »

Une manifestation est aussi organisée dimanche midi devant l'hôtel de ville de Pointe-Claire, dans l’ouest de l’île. Ses organisateurs proviennent des villes liées à Montréal et se plaignent que ces municipalités n'ont pas leur mot à dire dans le financement de l'agglomération.

« En tant que résidents des municipalités des villes défusionnées, nous n’avons pas le droit de vote pour la mairie de Montréal. Les maires des villes défusionnées ont tenté à plusieurs reprises de changer cette situation, mais en vain. Ils ont besoin de nous », peut-on lire dans l'événement Facebook, pour lequel 70 personnes se sont dites intéressées jusqu'à maintenant.

La hausse des quotes-parts des villes liées augmentera en moyenne de 5,3 % en 2018, mais certaines municipalités verront leur contribution augmenter encore davantage. À Mont-Royal, par exemple, la hausse sera de 9,8 %; à Montréal-Ouest, de 9 % – autant d'augmentations qui font pester les maires de banlieue et qui les pousseront à revoir à la dernière minute leur budget, dont une large part est déjà consacrée à financer les compétences d'agglomération.

La Ville de Montréal, elle, devra assumer une hausse de 6,8 %. Seule la municipalité de Sainte-Anne-de-Bellevue fournira une contribution inférieure en 2018, puisque ses quotes-parts diminueront de 7,4 %.

Réunis au sein de l'Association des municipalités de banlieue (AMB), les maires des villes liées ont officiellement demandé vendredi dernier à la mairesse Plante de revoir son budget, une requête réitérée mardi par le biais d'une lettre envoyée en copie conforme au ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Martin Coiteux (aussi responsable de la région de Montréal), et au ministre Geoffrey Kelley, dont la circonscription de Jacques-Cartier inclut plusieurs municipalités de l'ouest de l'île.

« À titre de partenaires à part entière de l'agglomération, nous vous prions de revoir à la baisse ce budget inflationniste, injustifié et contraire à vos engagements publics », peut-on y lire.

Lundi, alors que la mairesse Plante s'était dite ouverte à discuter des augmentations prévues de quotes-parts, le maire de Beaconsfield, George Bourelle, avait prévenu qu'il n'avait pas besoin de justifications supplémentaires.

« On peut très bien voir ce qu'il y a dans le budget! Ce n'est pas d'explications dont on a besoin, c'est d'un nouveau budget, revu à l'intérieur de l'inflation, tel que Mme Plante l'a promis aux citoyens », a-t-il indiqué.

Le maire Bourelle, qui est également vice-président de la commission sur les finances et l'administration de l'agglomération, estime que Montréal dispose d'une marge de manoeuvre financière qui lui permettrait de réduire la hausse des quotes-parts des villes liées.

« Je peux vous dire que moi, à la commission des finances, je vois beaucoup d'opportunités de révision de ce budget-là », certifie-t-il. « C'est clair que le budget peut-être revu à la baisse. »

Un avis que la principale intéressée ne partage pas. « Je n'ai pas de marge de manoeuvre », a-t-elle maintenu mardi, en marge d'une rencontre avec Bonhomme Carnaval devant l'hôtel de ville de Montréal.

« Les choix qu'on a faits, on ne les a pas faits de gaieté de coeur en disant "tiens, on va se payer un party". Ce n'est pas de cet ordre-là. C'est vraiment des choix responsables à faire, des sous-investissements qui ont été faits par le passé », a répété la mairesse.

Des commerçants inquiets

Mme Plante rappelle que son administration rencontrera plus tard cette semaine des associations de commerçants qui, avec une augmentation de taxes de 3 %, ne sont pas beaucoup plus heureux du dernier budget.

C'est le cas d'Alain Bourgeois, copropriétaire de trois commerces montréalais, dont les bars Le Pourvoyeur, au marché Jean-Talon, et le Miss Villeray. Il a vu son compte de taxes passer de 18 961 $ à 46 000 $ entre 2010 et 2017, et il est inquiet de la hausse annoncée dans le budget 2018.

« J'entends la nouvelle d'un hausse pharamineuse des taxes. Je suis assommé. Je me demande combien de temps ça va continuer. [...] On a annoncé une grosse hausse », dit-il.

De son côté, la directrice générale de la Société de développement commercial Petite-Italie Marché Jean-Talon, Christina D’Arienzo, affirme que plusieurs commerçants lui ont fait part de leurs préoccupations sur les taxes.

En comite exécutif mercredi dernier, l’administration a annoncé que le service des Finances avait été mandaté pour revoir entièrement la taxation du non-résidentiel afin d’avoir un systeme plus « équitable » pour les commerçants et entreprises.

Avec la collaboration de Julie Marceau

Plus d'articles