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Huit nouvelles enquêtes liées à des inconduites sexuelles au sein de l’armée canadienne

Depuis la création d'un centre d'intervention sur les inconduites sexuelles par les Forces canadiennes en septembre dernier, huit plaintes liées à des agressions sexuelles ont mené à des enquêtes par la police militaire.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

En avril 2015, l'ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps présentait un rapport accablant sur la culture dans l'armée, qu'elle décrivait comme étant « hostile aux femmes ». Elle recommandait de créer un centre indépendant qui permettrait de traiter les plaintes liées au harcèlement ou aux agressions sexuelles.

Les Forces canadiennes ont accepté cette recommandation et ont mis sur pied un tel centre, qui est entré en fonction en septembre dernier. Entre la mi-septembre et la fin janvier, ce sont un peu plus de 247 personnes qui sont entrées en communication avec le centre. De ce nombre, 189 sont membres des Forces canadiennes.

Parmi les membres des Forces, la plupart ont communiqué avec le centre pour obtenir des informations. Mais le premier rapport des Forces armées sur l'élimination des comportements sexuels inappropriés dévoile également que 64 membres des Forces ont contacté le centre pour des agressions sexuelles, et 44 autres membres pour des affaires en lien avec du harcèlement sexuel.

Huit plaintes liées à des agressions sexuelles ont mené à des enquêtes disciplinaires. En janvier seulement, deux nouveaux cas ont mené à des enquêtes.

Le Centre d'intervention sur l'inconduite sexuelle reçoit pour l'instant les appels et les courriels. Mais sa directrice principale Nathalie Neault confirme que plusieurs idées sont sur la table pour développer le centre, notamment pour permettre des rencontres en personne. 

Des enquêtes menées par la police militaire?

L'avocat spécialisé sur les questions militaires Michel Drapeau déplore que les enquêtes sur les cas d'agressions sexuelles dans l'armée soient toujours menées par la police militaire. 

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, aimerait aussi un changement. « Quand on parle d'agressions sexuelles, ça transcende les régies internes des Forces armées. On parle d'actes criminels qui sont inacceptables dans notre société et si les Forces canadiennes ne sont pas en mesure de sévir de façon adéquate et d'assurer un milieu de travail sain pour les femmes dans les Forces armées, il va falloir que la société civile s'en occupe », a-t-il lancé. 

Encore du travail à faire

Les Forces canadiennes affirment que des efforts continuent d'être mis en place pour améliorer l'univers de travail, tant pour les hommes que pour les femmes. « Nous sommes encore loin d'avoir atteint notre objectif. Nous devons canaliser et maintenir nos efforts afin d'accomplir le changement culturel nécessaire pour favoriser un milieu sain à tous les militaires », a déclaré le chef d'état-major de la Défense, le général Jonathan Vance.

« Il faut que la machine se mette en branle à grande vitesse. Mais ce n'est pas seulement une question de répression et d'enquêtes, c'est une question de changement de culture, et pour ça il faut avoir un plus grand nombre de femmes au sein des Forces armées », a déclaré la députée néo-démocrate Hélène Laverdière.

De son côté le député conservateur Pierre Paul-Hus croit que la détermination affichée par le général Vance est encourageante. « C'est un système qui est vraiment avec la hiérarchie et les gens suivent. Lorsque le général donne une directive, ça descend la chaîne de commandement et les gens doivent suivre. Si la chaîne de commandement est à 100 % derrière le chef d'état-major, le reste va suivre », explique l'élu, lui-même un ancien militaire. 

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, est aussi optimiste à cause de la volonté démontrée par le général Vance. « Je le connais depuis longtemps. Il ne prend rien à la légère », a expliqué le ministre.

L'armée note par exemple que Statistique Canada va mener une enquête sur les inconduites sexuelles dans l'armée. Un questionnaire sera envoyé aux 56 000 membres des Forces et à 27 000 réservistes. Le sondage sera lancé en avril et les résultats seront connus à l'automne.

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