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Hydro-Manitoba : un nouveau conseil nommé vendredi

Le premier ministre Brian Pallister remplacera vendredi les membres démissionnaires du conseil d'administration d'Hydro-Manitoba. Une situation sans précédent décortiquée par trois analystes.

Un texte de Barbara Gorrand

Brian Pallister a annoncé jeudi qu’un nouveau conseil d’administration sera en place d’ici vendredi midi. Le président démissionnaire d’Hydro-Manitoba, Sanford Riley, maintient avoir tenté sans succès de rencontrer le premier ministre depuis octobre 2016, pour évoquer les problèmes urgents de la société d’État, dont les finances et les relations avec les peuples autochtones.

La lettre de démission des membres du conseil évoque un manque de confiance du premier ministre à leur endroit et déplore que ce dernier n’ait pas eu l’intention d’assumer ses responsabilités envers Hydro-Manitoba.

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Qu’est ce qui ressort de cette démission en bloc?« C’est sans précédent au Canada. Et ça donne une mauvaise image au premier ministre. Qu’il n’ait pas été disponible pendant plus d’un an pour rencontrer le conseil d’administration (C.A.) de l’une des sociétés de la Couronne les plus importantes du Manitoba, quand il a été accusé de prendre trop de congés au Costa Rica, c’est un très mauvais message politique. »

Quel impact cette crise aura-t-elle sur le gouvernement provincial?« Cette affaire a été très mal gérée, politiquement. Les membres du C.A. ont tous été choisis par le premier ministre, la plupart sont des gens d’affaires très respectés. Ils étaient tous des amis du Parti conservateur, en particulier Sanford Riley, qui fait figure de royauté au sein du parti, dont il est l’un des principaux donateurs. C’est à lui que le premier ministre avait confié la tâche de mettre de l’ordre dans les finances d’Hydro-Manitoba, même si Brian Pallister dit aujourd’hui qu’il pensait le nommer à un autre poste. Ce désaveu lui revient en pleine figure. »

Qu’est-ce que cette affaire révèle en matière de relations entre les sociétés de la Couronne et la province?« L’un des problèmes pour M. Pallister, c’est que [dans le passé], il répétait toujours que les gouvernements devraient être moins interventionnistes dans la gouvernance des sociétés de la Couronne. Il a accusé le NPD de jouer à un jeu politique avec les sociétés de la Couronne.Et là, il a interféré dans un dossier mené par le C.A. De ce que je comprends, il voulait imposer sa décision au C.A., sans assumer la responsabilité du retrait de l’accord avec la Fédération métisse du Manitoba, en dédommagement de la construction de lignes de transmission. Et si cela n’avait pas été porté sur la place publique nous n’aurions jamais su ce qui se passait en coulisse. »

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La situation actuelle est-elle une surprise?« Puisqu’on connaît la situation financière d’Hydro-Manitoba depuis quelque temps, ce n’est peut-être pas une si grande surprise. Surtout si le premier ministre ne voulait pas discuter davantage avec le C.A.. Ce que cela dit, c’est que les communications sont tendues et c’est compréhensible. La décision d’aller de l’avant avec les projets de Keeyask et Bipole 3 - et les coûts rattachés à cette décision - cela met de la pression sur les responsables. »

Comment expliquer la situation dans laquelle se trouve Hydro-Manitoba?« Hydro-Manitoba a conçu son plan d’affaires pour l’expansion des barrages dans le Nord il y a 10 ans, à une époque où la demande américaine en électricité et l’économie y étaient favorables. Mais au moment d’aller de l’avant, ces conditions avaient changé. Cependant, Hydro-Manitoba et le gouvernement ont continué avec les projets. »

Le gouvernement devrait-il injecter de l’argent dans Hydro-Manitoba pour combler le déficit?« Il va falloir que cela arrive et que les contribuables du Manitoba soient davantage responsables pour les déboires d’Hydro-Manitoba. À un moment donné, la province aura à injecter de l’argent, ou bien d’autres choses vont arriver. On craint toujours la vente d’Hydro-Manitoba, mais qui voudrait l’acheter maintenant? »

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Qu’implique la démission du C.A.?« Cela va créer une période d’instabilité. La mission et les enjeux seront complexes pour le nouveau C.A. qui sera nommé, et qui aura peu de temps pour être à la hauteur du dossier. Il n’est pas facile d’accepter ces postes-là mais le gouvernement va être capable de trouver des personnes prêtes à prendre la relève. Cette situation peut remettre en cause la confiance des clients dans l’institution, et surtout celle des entreprises, qui n’aiment pas l’instabilité. »

Quelles solutions peuvent-être envisagées?« Selon moi, que la province injecte de l’argent dans Hydro-Manitoba n’est pas une bonne méthode parce que le gouvernement n’a pas ces fonds-là et devra emprunter. Quand j’étais membre de la Régie, on avait recommandé au gouvernement de modifier ses tarifs pour réduire le fardeau fiscal d’Hydro-Manitoba. Le gouvernement n’a pas encore choisi cette option, mais c’en est une. Autre possibilité : que les revenus de la taxe carbone servent à réduire le fardeau fiscal des clients. »

Est-ce une pratique courante, que les sociétés d’État aient des ententes avec les communautés autochtones?« Absolument. Par exemple, Hydro-Manitoba a des ententes avec les Premières Nations du Nord sur les territoires desquelles des barrages ont été construits. Des sommes importantes ont été versées. Compte tenu des décisions prises par la Cour suprême du Canada envers la communauté métisse, il est important d’adopter des mécanismes qui peuvent amener à de meilleures relations avec la FMM. Je pense que c’est tout à fait cohérent avec la notion de base de négocier pour arriver à un terrain d’entente. Cela mérite d’être considéré et non rejeté. »

Avec des informations de Camille Gris-Roy

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