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Il prend un égoportrait avec Trudeau malgré des soupçons de terrorisme

Un jeune homme membre d'un groupe soupçonné d'actes terroristes a pu prendre un égoportrait avec le premier ministre Justin Trudeau, sans être inquiété par les gardes de sécurité.

Un texte de Gaétan Pouliot d'Enquête

Deux mois après avoir remporté les élections, le premier ministre canadien accordait une entrevue à Radio-Canada à la Place des Arts, au centre-ville de Montréal.

En plus de répondre aux questions du journaliste Patrice Roy, il discute avec le public et prend un bain de foule. C'est à ce moment qu'un jeune homme prend un égoportrait avec Justin Trudeau, qu'il publiera ensuite sur son compte Facebook.

Égoportrait avec le premier ministre Justin Trudeau

Une enquête de Radio-Canada a démontré que cet homme est lié à un groupe de Québécois qui intéressent la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour une histoire d'enlèvement en Syrie.

Aucune accusation n'a été portée contre lui. C'est pour cela que nous avons masqué son visage sur la photo et que nous ne l'identifions pas.

Nous savons cependant que sa résidence avait été perquisitionnée par les policiers dans une affaire de terrorisme quelques mois plus tôt.

En 2012, le groupe de Québécois s'entraînait par ailleurs dans un centre de tir de la région de Montréal. Au moins quatre de ces hommes sont soupçonnés d'actes terroristes en lien avec l'enlèvement et l'extorsion de fonds subie par deux Américains pris en otage par le Front al-Nosra, branche syrienne de l'organisation terroriste Al-Qaïda.

Torture, interrogatoire et accent québécois

Les deux otages en question sont Theo Padnos et Matthew Schrier. Durant leur captivité, en 2012 et 2013, ils ont été interrogés et torturés.

Matthew Schrier, qui a été retenu en otage durant sept mois, a raconté à CBC l'un de ces interrogatoires durant lequel trois hommes armés et masqués tentaient d'obtenir des informations confidentielles.

« Ils m'ont donné un morceau de papier et ils m'ont demandé tous mes mots de passe, tous mes codes, mon numéro de sécurité sociale et le nom des gens que je connaissais, tout pour qu'ils soient en mesure de me voler. Je leur ai tout donné », a-t-il dit.

Deux des trois hommes masqués étaient des Canadiens, croient les otages américains.

M. Padnos, retenu pour sa part en captivité durant deux ans, a aussi confié avoir reconnu l'accent québécois de l'un d'eux.

« Je ne savais pas d'où ils venaient. Theo le savait, nous a expliqué Matthew Schrier [...] Il a grandi au Vermont près de la frontière [canadienne]. »

Deux semaines après cet interrogatoire, des objets achetés avec les cartes de crédit de M. Schrier ont été envoyés à une adresse de la ville de Westmount, sur l'île de Montréal, lors de deux envois distincts.

À cette adresse se trouve un appartement où vivait l'homme que l'on voit sur l'égoportrait avec Justin Trudeau. Lors de l'envoi des colis, le lieu était toujours habité par son ancien colocataire et ami. Ce dernier a refusé de répondre à nos questions.

Selon des proches de ces jeunes, cette histoire est derrière eux. « Je pense que ces jeunes ont probablement été manipulés et sont probablement plus des victimes », dit l'un d'eux. L'homme sur la photo « a refait sa vie », ajoute-t-il.

La GRC refuse depuis plusieurs mois de commenter l'affaire. « La GRC ne fait aucun commentaire sur ces mesures de sécurité afin de maintenir la sécurité du premier ministre et de sa famille », a indiqué par courriel la porte-parole Annie Delisle.

Avec la collaboration de Sonia Desmarais et de Chantal Lavigne

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