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Immigration : l'Île-du-Prince-Édouard a-t-elle fait preuve de laxisme ?

Une députée d'opposition à l'Île-du-Prince-Édouard réclame une enquête de la vérificatrice générale sur le programme d'immigration économique de la province. Des centaines d'immigrants auraient obtenu le statut de résident permanent au Canada avec l'appui de la province, après avoir fourni une fausse adresse aux autorités.

Un texte de François Pierre Dufault

La députée du Parti vert, Hannah Bell, dit vouloir faire toute la lumière sur cette affaire.

Les propriétaires d'un motel de Charlottetown sont accusés d'avoir aidé sept immigrants investisseurs à fournir de fausses adresses aux autorités canadiennes, au moment de faire leur demande de résidence permanente.

Mais selon l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), ce sont 566 immigrants, entre 2008 et 2015, qui ont fourni les deux mêmes adresses : celle du motel Sherwood, et celle de la résidence familiale de ses propriétaires, Yi Zhong et Ping Zhong.

Hannah Bell remet en question la gestion du Programme des candidats des provinces (PCP), un programme d'immigration qui permet à des investisseurs étrangers d'obtenir la résidence permanente au Canada à condition qu'ils versent 200 000 $ en garantie à la province et qu'ils s'engagent à exploiter une entreprise dans un délai d'un an.

L'élue de Charlottetown dit qu'il s'agit d'un programme important pour l'économie insulaire.

Dans les faits, l'Île-du-Prince-Édouard a le pire taux de rétention de ses immigrants investisseurs au pays. Ce taux était de 14 % entre 2010 et 2015. De plus, les deux tiers des immigrants investisseurs qui se sont installés dans la province en 2016 et en 2017 ne se sont jamais lancés en affaires.

Seulement en 2016, la province a ainsi engrangé l'équivalent de 18 millions de dollars en dépôts de garantie.

Hannah Bell se demande si le gouvernement fait vraiment tout ce qu'il peut pour retenir ces immigrants investisseurs venus de Chine pour la plupart, sachant que la province encaisse tout de même des millions de dollars si ces immigrants décident de plier bagage.

La députée du Parti vert s'inquiète pour l'avenir du PCP à l'Île-du-Prince-Édouard, qui a déjà été suspendu une première fois par Ottawa en 2008 à la suite d'allégations de conflits d'intérêts, notamment. « Si nous ne réussissons pas à sortir de cette impasse, nous risquons de perdre le contrôle de notre programme », prévient-elle.

En demandant à la vérificatrice générale Jane MacAdam d'enquêter, le gouvernement « montrerait qu'il prend la situation au sérieux », selon Hannah Bell.

Le chef progressiste-conservateur James Aylward n'est cependant pas convaincu qu'une enquête de la vérificatrice générale soit nécessaire. « La solution est simple, dit-il. Il faut que le gouvernement respecte les règles du jeu ».

Vendredi, le ton a monté à l'Assemblée législative.

Le député progressiste-conservateur Steven Myers a accusé le gouvernement libéral d'avoir fait preuve de laxisme dans l'administration de son programme d'immigration. « Cette affaire est une honte au niveau national. C'est une honte pour les Insulaires », a-t-il scandé.

Un tel laxisme ouvre toute grande la porte à des cas de fraude, selon l'élu.

Le ministre responsable de l'Immigration, Chris Palmer, s'en est tenu à dire que les personnes impliquées dans l'affaire des fausses adresses auraient prétendument fourni de faux renseignements au gouvernement fédéral, mais pas à la province. « Nous continuons à collaborer avec le gouvernement fédéral », a-t-il répété plusieurs fois, sous les huées de l'opposition.

Yi Zhong, 58 ans, fait face à cinq chefs d'accusation d'aide ou d'incitation à faire des présentations erronées sur un fait important. Sa soeur, Ping Zhong, 60 ans, fait face à trois chefs d'accusation.

À la lumière de ces accusations, l'avocat spécialisé en immigration Richard Kurland croit que l'Île-du-Prince-Édouard doit resserrer ses contrôles afin de mieux retenir ses immigrants investisseurs.

Par exemple, dit l'avocat vancouvérois, la province insulaire pourrait s'inspirer de la Colombie-Britannique qui exige de ses immigrants investisseurs qu'ils exploitent une entreprise pendant un certain temps avant d'appuyer leur demande de résidence permanente.

Il est possible, selon Richard Kurland, que l'Île-du-Prince-Édouard tarde à modifier le PCP parce que le programme lui permet d'engranger des millions de dollars, peu importe si les immigrants demeurent ou non dans la province. « C'est certain qu'il y a un gain net », dit-il.

L'affaire des fausses adresses pourrait avoir de graves conséquences, selon le chef progressiste-conservateur James Aylward. Des centaines d'immigrants pourraient voir leur statut de résident permanent révoqué, conclut-il.

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