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Incursion à l'école d'été des femmes autochtones leaders

L'Université du Québec à Montréal (UQAM) est l'hôte, jusqu'au 11 août, d'une école d'été sur la gouvernance qui réunit huit femmes autochtones des quatre coins de la province assurant des fonctions de leader au sein de leur communauté. Avec cette formation créditée, on espère donner aux participantes des outils supplémentaires pour leur permettre de réaliser leur travail au quotidien.

Un texte de Vanessa Destiné

Le programme intensif, qui a débuté le 31 juillet, a été élaboré de concert avec l’organisation Femmes autochtones du Québec. Les participantes proviennent de tous les milieux afin que chacune puisse partager un peu de son expérience avec les autres, explique Jeanne Strasbourg, adjointe à la coordination de l’école d’été.

« Plusieurs [participantes] sont des élues dans leur conseil de bande, il y a aussi une étudiante qui commence son baccalauréat, on a également des femmes impliquées qui travaillent de diverses façons dans leur communauté. Ce sont des profils variés qui vivent des problèmes communs, donc cet espace-là leur permet vraiment d’échanger sur ces réalités », ajoute Mme Strasbourg.

Parmi les problèmes similaires rencontrés par les participantes, on dénote la difficulté à s’affirmer et à porter des dossiers en politique, un milieu souvent dominé par les hommes. Plusieurs femmes ont exprimé le souhait de venir suivre les formations pour les aider à bâtir leur confiance, relate Mme Strasbourg, qui a contribué au développement du matériel pédagogique.

Dans le cadre de l'école d'été, on aborde notamment les effets de la colonisation, les conséquences de la Loi sur les Indiens du point de vue féminin ainsi que la discrimination dans le milieu politique.

Jeanne Strasbourg croit d'ailleurs que la force du programme réside dans la palette de sujets qui sont proposés, car ils permettent de dresser un portrait des enjeux auxquels sont confrontées les femmes autochtones en plus de leur offrir des pistes de réflexion quant aux rôles qu'elles peuvent endosser au sein de leur communauté. « Les thèmes sont variés, mais [ils] portent surtout sur le leadership au féminin », précise-t-elle.

En plus des cours magistraux et des ateliers, les participantes ont également l'occasion de discuter avec des figures connues du monde politique autochtone comme Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Michèle Audette, actuellement commissaire à l'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ainsi que Melissa Mollen-Dupuis, cofondatrice de l'aile québécoise du mouvement Idle no More.

Une place à prendre

Au moment de notre passage à l’UQAM, les participantes s’apprêtaient à prendre part à une conférence sur le féminisme autochtone donnée par Annie O’Bomsawin, professeure de philosophie au cégep de Saint-Jérôme, qui s’intéresse aux enjeux touchant les femmes ainsi qu'aux projets d’autodétermination dans le cadre sa maîtrise.

Nous avons sondé des participantes pour savoir ce qu'elles pensaient de leurs formations jusqu'à présent, y compris celle du jour. Voici leurs réponses.

Donna Larivière

Algonquienne de l'Abitibi-Témiscamingue, Donna Larivière siège au conseil d'administration de Femmes autochtones du Québec et à celui de la maison communautaire Misnak. Elle a déjà été collaboratrice à l'émission Voix autochtones diffusée sur les ondes de CKIA à Québec.

« C'est la première fois que je viens à l'Université. C'était un de mes rêves. Ces formations m'intéressaient beaucoup. Vu que je suis sur des conseils d'administration, elles me permettent de renforcer des connaissances que j'avais acquises comme autodidacte.  J'ai aimé une formation qu'on a reçue sur les médias, comme j'ai fait de la radio. On a parlé de la crise d'Oka et du rôle des médias. Est-ce que c'est bon pour nous? Est-ce qu'on doit travailler avec eux? »

« Puis la formation sur le féminisme... c'est difficile à définir pour les Autochtones. Je ne sais pas encore si je suis féministe ou pas, mais je sais qu'on lutte beaucoup pour nos femmes et nos filles. C'est souvent les femmes qui sont le plus opprimées par la Loi sur les Indiens et je crois que les femmes doivent prendre plus de place comme chef au sein de leurs communautés, mais aussi en milieu urbain. »

Sonia Chachai

Atikamekw d'Obedjiwan, dans le nord de la Mauricie, Sonia Chachai travaille comme conseillère dans sa communauté. Elle est la seule femme élue à Obedjiwan, mais explique qu'on essaie d'atteindre la parité dans l'ensemble des communautés atikamekw de la province.

« J'avais des connaissances sur les femmes autochtones du Québec. Mais ce que je viens chercher, c'est des façons d'aider les femmes de ma communauté, puis les autres de la Nation atikamekw et de développer leur leadership. Je connais des femmes d'affaires autochtones et je veux qu'elles prennent leur place au niveau du développement économique. »

« J'en ai beaucoup appris sur l'histoire autochtone, la façon dont les femmes ont dû se battre pour leur statut à la suite de l'adoption de la Loi sur les Indiens [...] il reste encore beaucoup de choses à démystifier, il faut travailler fort encore du point de vue politique pour tout ce qui concerne l'identité autochtone. »

Nathalie Bussière

Wendate de Wendake près de Québec, Nathalie Bussière vit en milieu urbain. Elle travaille pour Femmes autochtones du Québec et s'intéresse aux projets touchant à l'identité.

« Je voulais savoir ce qu'on peut faire pour que les femmes reprennent leur pouvoir économique et politique. [Cette formation] met le doigt sur notre identité. J'ai bien aimé la formation sur le féminisme autochtone, ça laisse place à la discussion et c'est une façon différente de voir les choses. On peut voir au niveau culturel la colonisation et puis [de l'autre côté] le patriarcat. Finalement on est doublement discriminée en tant que femme autochtone. »

« Il faut beaucoup de sensibilisation, c'est une situation complexe, avec plusieurs cultures au sein des Premières Nations. On ne peut pas simplifier les choses, on a un passé et les femmes autochtones ont été discriminées à travers l'histoire [...] Les hommes de nos communautés font aussi partie de la solution, même s'ils ont leur propre cheminement à faire par rapport à l'histoire . »

Viviane Chilton

Atikamekw de Wemotaci, en Mauricie, Viviane Chilton agit à titre de conseillère élue dans sa communauté et représente l'ensemble des femmes de la nation atikamekw chez Femmes autochtones du Québec.

« Au sein de ma nation, le grand défi c'est de briser l'isolement des femmes. Je suis venue chercher des outils ici pour les aider à se réapproprier leur rôle dans la société. Les femmes qui s'embarquent en politique, c'est pas pour tasser les hommes. C'est dans le but d'harmoniser le travail d'équipe, avoir plus d'équilibre et décider ensemble de ce qu'on peut faire pour développer l'avenir de nos communautés. »

« Avec ce que j'ai appris tantôt, le féminisme... j'osais pas le dire, mais j'ai toujours trouvé ça important que les femmes disent ce qu'elles ont à dire, ce qu'elles pensent. Je pense que [le féminisme] est à considérer. L'histoire, et ce qu'on voit dans ces cours, nous montre que les femmes autochtones n'ont jamais abandonné et qu'elles sont là encore et qu'elles restent debout. »

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