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Intimidation visant les femmes : des députées de la N.-É. brisent le silence

Plusieurs femmes députées à l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse dénoncent les commentaires haineux dont elles sont victimes. Elles joignent leurs voix à celles d'autres députées au pays qui ont brisé le silence dans les dernières semaines pour tenter de mettre fin à l'intimidation qu'elles subissent.

Les commentaires négatifs ont commencé il y a trois ans pour la ministre des Services communautaires et responsable de la condition féminine, Joanne Bernard. Elle se présentait alors pour la première fois dans la circonscription de Dartmouth North. L'intimidation ne s'est pas arrêtée depuis, dit-elle.

La députée libérale se souvient avoir été victime de remarques homophobes agressives pendant ses deux premières années en poste. Elles se sont estompées depuis, mais les commentaires sur son apparence physique demeurent trop courants. Joanne Bernard confie même avoir reçu des menaces de mort.

La première députée ouvertement homosexuelle à l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse se rappelle avoir reçu un appel téléphonique d'un homme qui l'a menacée de la tirer avec une arme.

Une série de dénonciations

La semaine dernière, la ministre des Finances et responsable de la condition féminine de Terre-Neuve-et-Labrador, Cathy Bennett, dénonçait la cybertintimidation dont elle est victime.

Le lendemain, sa collègue députée et ancienne chef du NPD, Lorraine Michael, indiquait que les commentaires négatifs envers les femmes députées ne se déroulent pas seulement en ligne, mais aussi à l'Assemblée législative.

Ces sorties publiques ont été en partie initiées en Alberta le mois dernier par la députée du Parti progressiste-conservateur, Sandra Jansen, qui a abandonné la course à la chefferie de son parti en raison d'allégations d'intimidation et de harcèlement.

Moqueries à propos du physique

Joanne Bernard n'est pas surprise d'apprendre que plusieurs de ses collègues subissent elles aussi de l'intimidation.

« J'ai travaillé avec des personnes violentes pendant près de 20 ans et je n'ai jamais subi autant d'abus que dans la fonction publique », assure-t-elle.

Les femmes représentent toujours une minorité en politique et selon Joanne Bernard les hommes n'ont pas à conjuguer avec de telles remarques à propos de leur apparence physique.

« Nous avons tous des collègues avec un surplus de poids, mais jamais ils n'ont subi autant de moqueries à ce propos que les femmes politiciennes. Si je gagne ou je perds quelques kilos, j'en entends parler sur les médias sociaux », se désole-t-elle.

Les attaques ne se limitent pas à du harcèlement en ligne. La députée du Parti progressiste-conservateur de Pictou West, Karla MacFarlane, dit également être la cible de commentaires dans les lieux publics.

« Ça vient toujours de la part d'hommes. Je rentre chez Tim Hortons, par exemple, et quelqu'un me dit que j'ai gagné ou perdu du poids. Le corps de la femme est toujours l'objet de jugements », dénonce-t-elle.

Les « pires deux semaines de sa vie »

De son côté, la députée du NPD pour Truro-Bible Hill-MillBrook-Salmon River, Lenore Zann, espère que parler du problème permettra de l'éradiquer.

Elle décrit l'expérience de cyberintimidation dont elle a été victime il y a deux ans comme les « pires deux semaines de sa vie. »

« Je recevais des milliers et des milliers de tweets, tellement qu'à un moment, mon téléphone s'est arrêté de fonctionner. Il est en quelque sorte mort parce qu'il était saturé de ces tweets haineux », a-t-elle dit.

Une loi pour l'an prochain?

Lenore Zann est déçue que la loi contre la cyberintimidation ait été invalidée par la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse.

La province prévoit déposer un projet de loi à cet égard l'an prochain, selon la ministre Joanne Bernard. Comme ses collègues Lenore Zann et Karla McFarlane, elle espère que ça fera une différence et que les attitudes changeront.

Dans une enquête de Statistique Canada réalisée en 2014 et publiée lundi, on apprend que près de 20 % des internautes de 15 à 29 ans ont déjà été victimes de cyberintimidation ou de cybercriminalité.

Avec les informations d'Elizabeth McMillan

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