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Jacques Daoust estimait avoir été piégé dans le dossier de la vente de Rona

Dans un document rédigé avant sa mort, l'ex-ministre libéral Jacques Daoust affirme avoir été piégé et sacrifié par son propre gouvernement dans le dossier de la vente de la chaîne de quincailleries Rona à des intérêts américains.

Dans ce « testament politique » dont le Journal de Montréal a obtenu copie, Jacques Daoust, qui était ministre de l’Économie dans le gouvernement Couillard à l’époque, maintient qu’il n’a jamais été d’accord avec la vente des actions que détenait Investissement Québec (IQ) dans Rona, ce qui avait permis à la chaîne américaine Lowe's, en février 2016, de l'acheter pour la somme de 3,2 milliards de dollars.

Cette participation de 10 % dans Rona, acquise en 2012 par IQ à la demande du ministre des Finances de l’époque, Raymond Bachand, devait servir à empêcher une prise de contrôle du fleuron québécois par des offres hostiles.

IQ a finalement vendu la totalité du bloc d'actions qu'il détenait, entre décembre 2014 et février 2015.

Jacques Daoust a toujours maintenu qu'il n'avait pas été mis au courant de cette vente, une affirmation cependant contredite en juin 2016 par la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, qui, s'appuyant sur des procès-verbaux du C. A. d'IQ, a conclu qu'il avait donné son accord en décembre 2014. M.Daoust ne partageait cependant pas la version des faits de la vérificatrice.

Les médias avaient aussi mis la main, à l'époque, sur un échange de courriels survenu le 26 novembre 2014 entre Jean-Jacques Carrier, vice-président principal d'Investissement Québec, et Pierre Ouellet, alors chef de cabinet du ministre Daoust.

M. Carrier demande au chef de cabinet de confirmer par courriel que le ministère de l'Économie est d'accord avec la vente des actions de Rona par IQ. Deux heures plus tard, Pierre Ouellet lui répond par la simple mention « O.K. ».

Or, dans le document qu’il a laissé, l'ex-député libéral de Verdun, mort à l'âge de 69 ans à la suite d’un accident vasculaire cérébral, soutient que c’est son personnel politique, dont son chef de cabinet de l’époque, Pierre Ouellet, qui aurait autorisé cette transaction dans son dos.

Dans ce texte rédigé quelques mois avant sa mort, M. Daoust relate que son gouvernement lui aurait ensuite demandé d’endosser publiquement la responsabilité de cette décision et que c’est parce qu’il a refusé de mentir qu’il a été muté au ministère des Transports par le premier ministre Philippe Couillard, en janvier 2016.

Jacques Daoust ajoute qu’après cet épisode, il n'était plus dans les bonnes grâces du cabinet du premier ministre Couillard et que sa présence dérangeait au bureau du premier ministre.

Départ chaotique

Après quelques mois aux Transports où il a hérité de l’épineux dossier Uber, Jacques Daoust est rattrapé par la controverse entourant la vente de Rona, l’opposition l’accusant d’avoir menti à la population. Il a finalement démissionné dans la disgrâce, en août 2016.

Pour Jacques Daoust, il semble clair qu'il serait resté ministre de l’Économie s'il avait accepté de prendre la responsabilité de la vente controversée de Rona, à laquelle il était pourtant opposé.

Le document rédigé sous la forme d’un procès-verbal, que le Journal de Montréal affirme avoir fait authentifier, a été remis par Jacques Daoust à ses conseillers politiques quelques mois avant sa mort.

Selon l’ex-ministre, la colère et l’angoisse que cette affaire avait provoquées chez lui seraient directement liées à sa crise cardiaque un an avant son décès, alors qu’il était toujours en politique.

En entrevue mercredi matin à l'émission Gravel le matin, le fils de Jacques Daoust, Étienne, a déclaré qu'il n'avait jamais vu le document obtenu par le Journal de Montréal et qu'il n'en connaissait pas non plus l'existence.

Plus tard sur ICI RDI, Étienne Daoust a ajouté que dans sa lettre de démission, son père « a continué à clamer son innocence » et qu'il avait « préféré démissionner en clamant son innocence plutôt que de rester en mentant ».

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