Il y a 25 ans s'éteignait une pionnière en politique canadienne : Jeanne Sauvé. Première francophone nommée ministre au fédéral, première présidente de la Chambre des communes, première gouverneure générale du Canada, Jeanne Sauvé a un parcours parsemé de précédents. Retour en archives sur quelques moments marquants de sa carrière.

Avant de se lancer en politique, Jeanne Sauvé est déjà une figure bien connue du public. Dès l’inauguration de la télévision de Radio-Canada en 1952, Jeanne Sauvé y travaille comme animatrice et commentatrice.

De 1956 à 1963, elle anime l’émission Opinions, un forum pour adolescents qui explore plusieurs sujets touchant de près la jeunesse : sexualité, autorité parentale, conformisme, etc.

Jeanne Sauvé participe aussi à des émissions d’affaires publiques telles que Les idées en marche ou Viewpoint sur les réseaux français et anglais de télévision. Elle collabore également à CTV et aux réseaux américains NBC et CBS.

En juin 1964, le député conservateur Louis-Joseph Pigeon dénonce vertement le fait que Jeanne Sauvé travaille comme journaliste à la société d’État alors que son mari est ministre dans le gouvernement libéral. L’affaire est reprise dans les journaux et la crédibilité de l’animatrice est mise en doute.

Jeanne Sauvé réplique qu’elle a cessé de faire des commentaires de nature politique depuis l’élection de son mari. Néanmoins, sa carrière journalistique en souffrira.

Après la défaite de son mari Maurice Sauvé en 1968, Jeanne Sauvé décide de faire le saut en politique. Lors des élections de 1972, Jeanne Sauvé se présente sous la bannière libérale dans la circonscription d’Ahuntsic.

Jeanne Sauvé, candidate libérale à Montréal

À l’émission Femme d’aujourd’hui du 11 décembre 1972, la journaliste Andréanne Lafond suit les femmes candidates aux prochaines élections fédérales. Jeanne Sauvé en fait partie.

Aux abords de la station de métro Sauvé, la journaliste interpelle quelques électeurs sur les qualités de la candidate libérale. Leurs réponses démontrent beaucoup d’ouverture face à l’arrivée de femmes en politique. Je pense que je la considère sur le même pied qu’un homme, affirme un des hommes interrogés. Elle n’est pas mal instruite d’un niveau universitaire pour pouvoir faire concurrence à l’homme, ajoute un autre.

De son bureau de campagne, Jeanne Sauvé explique ensuite les motifs de son engagement politique, qu’elle voit comme un prolongement logique de sa carrière de journaliste et d’éditorialiste. Au sujet de la représentation des femmes en politique, sa réponse est plus surprenante : Je ne refuse pas ce rôle loin de là, bien que je ne présente pas comme une candidate à la Chambre des communes pour défendre les femmes. Quand on est député d’un comté, on représente toute la population et pas seulement les femmes.

Le 30 octobre 1972, Jeanne Sauvé remporte une victoire éclatante avec une majorité de 15 000 voix. Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau lui offre aussitôt le portefeuille de la Science et de la Technologie. Jeanne Sauvé est alors la première francophone à devenir ministre au cabinet fédéral. Réélue en 1974, elle est nommée ministre de l’Environnement puis, en 1975, ministre des Communications, poste qu’elle occupe jusqu’en 1979.

Ardente fédéraliste, Jeanne Sauvé défend activement l’unité canadienne. Au cours de la campagne référendaire, elle s’investit dans le camp du Non. À la suite du référendum de 1980, elle est nommée présidente de la Chambre des communes. Elle devient ainsi la première femme de l’histoire canadienne à accéder à ce poste. C’est aussi la première fois que cette fonction n’est pas octroyée à un avocat.

Son Excellence la gouverneure générale

Le 14 mai 1984, Jeanne Sauvé est assermentée au poste de gouverneur général lors d’une cérémonie fastueuse. Pour la première fois en 116 ans, une femme accède au titre de représentante de la couronne et de commandant en chef des forces armées.

J’estime que j’ai troqué le pouvoir pour l’influence, affirme-t-elle dans cette entrevue accordée à l’émission  Le Point. Au journaliste Simon Durivage, elle fait l’éventail des différentes fonctions qui se rattachent à ce rôle. Le journaliste se montre particulièrement surpris du rôle de conseiller que le gouverneur général exerce auprès du premier ministre. Ce dernier lui rend visite une fois par semaine afin de discuter des affaires de l’État.

À l’émission Le Point du 22 janvier 1990, les animateurs Simon Durivage et Madeleine Poulin sonnent l’heure des bilans.

La journaliste Isabelle Albert rencontre Jeanne Sauvé alors que cette dernière s’apprête à quitter la résidence de Rideau Hall. Dans cet extrait, la première dame du Canada trace le bilan de sa carrière politique. Jeanne Sauvé avoue son amour du pouvoir, un prérequis essentiel pour entrer en politique, selon elle, avec l’ambition.

Il faut avoir l’ambition de s’accomplir… C’est très excitant d’aller au bout de soi-même, et en politique j’ai été amenée à aller au bout de moi-même, confie-t-elle à la journaliste.

Plus d'articles