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Justin Trudeau attristé par la mort de l'« ami » Castro

Le premier ministre Justin Trudeau a accueilli la mort de l'ex-dirigeant cubain Fidel Castro – un « ami de longue date du Canada » et de sa propre famille – avec une « profonde tristesse ». Toutefois, les louanges de Justin Trudeau ont créé un certain malaise et plusieurs personnes se sont indignées de sa réaction, jugée trop complaisante.

Justin Trudeau a profité de son discours à l'ouverture du 16e Sommet de la Francophonie pour rappeler l'amitié qui liait Fidel Castro à son père, Pierre Elliott Trudeau.

Celui-ci a été le premier dirigeant d’un pays de l’OTAN à défier Washington et à se rendre à Cuba pendant la guerre froide. C'était en 1976. Pierre Trudeau a visité le leader cubain, en compagnie de sa femme, Margaret, et de son fils, Michel, alors âgé de quatre mois.

« Je sais que mon père était très fier de le considérer comme un ami, et j’ai eu l’occasion de rencontrer Fidel lorsque mon père est décédé », a-t-il dit.

Fidel Castro a effectué son deuxième voyage au Canada pour assister aux funérailles de Pierre Elliott Trudeau en octobre 2000. Le gouvernement cubain a alors décrété trois jours de deuil officiel à l'occasion de son décès.

Tout en offrant ses condoléances à la famille de Fidel Castro et au peuple cubain, Justin Trudeau a souligné le leadership « plus grand que nature » du révolutionnaire.

Bien qu’il ait été une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour "el Comandante".

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Fidel Castro a consacré près de 50 ans au service du peuple cubain, a-t-il rappelé. « Aujourd’hui, nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d’un leader remarquable […] M. Castro a réalisé d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et des soins de santé sur son île natale », a souligné Justin Trudeau.

Il a cependant reconnu qu’il « s’agissait d’une figure controversée », dont l’héritage était contesté dans le monde. Mais rares sont ceux qui peuvent nier « son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain », a-t-il ajouté.

Une occasion manquée

Lors de son récent séjour à Cuba, le premier ministre Justin Trudeau envisageait de rencontrer Fidel Castro, mais la santé de celui-ci ne l'a pas permis. Il avait pu rencontrer l’actuel président cubain, Raul Castro.

Le Bureau du premier ministre n'a pas encore décidé si ce dernier retournerait sur l'île pour les funérailles de l’ex-dirigeant cubain, le 4 décembre.

En entrevue aux Coulisses du pouvoir, l’ex-premier ministre, Jean Chrétien, a parlé des idéologies de Fidel Castro. « C’était un homme de grande conviction; il ne pliait pas facilement. Son idéologie communiste, je suis contre. Ça [le communisme] ne fonctionne nulle part. Mais il y croyait. »

Les relations étaient d'ailleurs parfois tendues entre les deux hommes. Jean Chrétien s'est souvenu d'une boutade qu'il avait lancée au chef d'État cubain qui avait étudié chez les Jésuites. « C'était un grand bourgeois, qui est devenu communiste. Je lui ai dit : ''Chez nous, comme chez vous probablement, ce sont les fils de bourgeois qui vont chez les Jésuites [...] Vous êtes un produit de la bourgeoisie et moi, monsieur le président, je suis le produit du prolétariat.'' »

Jean Chrétien avait réclamé en 2001 l'amélioration de la situation des droits de la personne à Cuba, mais Fidel Castro l'avait rabroué, l'accusant d'être au service de la politique étrangère américaine.

Le premier ministre critiqué pour ses louanges

La déclaration du premier ministre Trudeau a cependant choqué au moins un politicien canadien. Dans une tirade sur Twitter, le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada Maxime Bernier a dénoncé l'expression de « profonde tristesse » utilisée par Justin Trudeau et raillé le lien entretenu par le premier ministre avec « un dictateur méprisable qui a tué et emprisonné des milliers d'innocents et exilé plus d'un million de personnes ». « C'est révoltant », a-t-il conclu.

La députée conservatrice Kellie Leitch, elle aussi candidate à la direction du Parti conservateur, a dénoncé des louanges formulées « comme si le premier ministre lisait un livre de contes de fées ». Elle a condamné Justin Trudeau pour avoir « choisi d'honorer l'homme qui a privé son peuple de ses droits fondamentaux pendant des décennies. »

La réaction de Justin Trudeau a même suscité des commentaires à l'extérieur du pays. Le sénateur républicain de la Floride, Marco Rubio, s'est même demandé s'il s'agissait d'une « parodie. » « S'il s'agit de la vraie déclaration du premier ministre du Canada, cela est honteux et embarrassant », a-t-il fait savoir sur son compte Twitter.

Des réactions au Québec

Le premier ministre Philippe Couillard a transmis ses condoléances au peuple cubain par le biais de réseaux sociaux, décrivant Fidel Castro comme un « géant de l'histoire qui a marqué le 20e siècle. »

La ministre des Relations internationales Christine St-Pierre dit avoir offert ses condoléances à l'ambassadeur cubain au nom du Québec.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a quant à lui salué les progrès obtenus par Cuba en matière d'éducation et de soins de santé, sous la gouverne de Fidel Castro.

Son homologue péquiste Jean-François Lisée s'est montré plus nuancé. « Le régime politique qu'il a façonné à Cuba a certes été plus attentif aux besoins de la population (…), mais la promesse de liberté a cédé le pas à une nouvelle forme d'autoritarisme et à une sévère répression de la liberté d'expression. »

Sur Twitter, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a concédé que l'ancien dirigeant cubain n'était « pas sans défauts ou sans erreurs commises au nom de la dignité des Cubains, [mais] il a cru jusqu'au bout à l'idéal de l'égalité humain. »

De son côté, le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, a rappelé que « le Québec a toujours eu un lien particulier avec Cuba, une étrange parenté axée sur l’entêtement à faire les choses à sa façon et sur la volonté de défendre et promouvoir sa culture unique ». « Le peuple cubain et le peuple québécois éprouvent l’un pour l’autre une amitié profonde qui ne s’est jamais démentie au fil du temps et le décès du père de la Révolution cubaine est l’occasion pour nous de rappeler cette amitié », a ajouté le député de Rivière-du-Nord par voie de communiqué.

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