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Justin Trudeau et les dirigeants de la planète appelés à sauver les abeilles

D'une seule voix, 233 scientifiques des quatre coins du monde ont demandé aux décideurs politiques de prendre des mesures contre les pesticides « tueurs d'abeilles ». Cet appel est survenu alors qu'Ottawa a proposé d'éliminer progressivement certains types de néonicotinoïdes utilisés au pays.

Un texte de Thomas Gerbet

L'appel des scientifiques, qui proviennent de 34 pays et de tous les continents, a été publié jeudi dans la prestigieuse revue Science.

« Ces produits chimiques causent des préjudices aux insectes bénéfiques et contribuent à l’importante perte de biodiversité qui sévit actuellement dans le monde », écrivent les signataires de cette lettre, qui se disent inquiets de constater le déclin des abeilles.

Les auteurs demandent aux décideurs politiques de « conclure des accords nationaux et internationaux afin de restreindre considérablement leur utilisation et d'empêcher l'homologation d'autres produits agrochimiques nocifs semblables dans le futur ».

« Ne pas réagir rapidement à ce problème risque non seulement de perpétuer le déclin de l'abondance et de la diversité de nombreux insectes bénéfiques, mais également de mettre en péril les services qu'ils offrent ainsi qu'une fraction substantielle de l'héritage des générations futures sur le plan de la biodiversité », écrivent les scientifiques.

« Les preuves s'accumulent, elles vont toutes dans la même direction », dit la professeure en santé environnementale à l'Université de Montréal Maryse Bouchard, qui fait partie de la dizaine de signataires canadiens.

Même le gouvernement du Canada reconnaît leur impact néfaste sur les abeilles. En plus des pollinisateurs, ces produits neurotoxiques menacent les vers de terre, les oiseaux et les poissons. Une étude québécoise démontrait même leur effet sur la santé humaine.

On retrouve une quantité importante de résidus de ces insecticides dans le sol, les fleurs sauvages et les cours d'eau. Une étude publiée dans la revue Science, en 2017, démontrait la présence de ces pesticides dans 75 % des échantillons de miel collectés dans le monde (86 % en Amérique du Nord).

Au Canada, l'utilisation de ces produits n'est pas encore restreinte. On en retrouve dans presque toutes les cultures de maïs, de canola et une grande partie du soya.

Une lettre destinée à Justin Trudeau

Par ailleurs, 15 groupes environnementaux canadiens ont écrit au premier ministre Justin Trudeau, jeudi, pour lui demander de mettre un terme, dès maintenant, à l'utilisation des néonicotinoïdes.

« Tout en offrant un soutien adéquat aux agriculteurs afin de les accompagner dans l’abandon des néonicotinoïdes, le gouvernement du Canada est en mesure (et se doit) d’adopter le même échéancier que l’Union européenne pour mettre fin à leur utilisation », écrivent les signataires de la lettre canadienne, parmi lesquels Équiterre, la Fondation David Suzuki, Greenpeace, l'Association canadienne des médecins pour l'environnement et Prevent cancer now.

Les auteurs dénoncent le « laxisme réglementaire dont le Canada a fait preuve jusqu’à maintenant ». En mars, Santé Canada avait admis autoriser les pesticides en se basant sur les études des fabricants.

Le gouvernement fédéral lance une consultation publique

Santé Canada a annoncé, jeudi, qu'il proposait d'éliminer progressivement « certaines utilisations » d'un des trois plus importants néonicotinoïdes utilisés dans le pays.

L'insecticide en question, l'imidaclopride, serait interdit pour certains usages, des méthodes d'utilisation pourrait être modifiées et de nouvelles étiquettes imposées.

Une consultation publique de 90 jours va se tenir et une décision sera prise en décembre 2018.

Selon Équiterre, la décision du gouvernement fédéral est insuffisante et « inappropriée ».

Au Québec, à partir du 8 septembre 2018, le gouvernement provincial imposera de nouvelles règles aux agriculteurs qui veulent utiliser des néonicotinoïdes. Pour avoir le droit d'appliquer le produit qui enrobe les semences, ils devront obtenir une prescription d'un agronome.

Des études ont démontré que, la plupart du temps, ces produits sont utilisés inutilement dans les champs pour prévenir un problème qui n'existe pas.

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