Si vous voulez voir un militant néo-démocrate collé au plafond, parlez-lui de la performance de Justin Trudeau depuis le début de la campagne : « On le savait, c'est un professeur de théâtre! »

Un texte de Michel C. Auger

La réalité est, bien entendu, que les néo-démocrates ont complètement sous-estimé le « professeur de théâtre » dans leur préparation de campagne, et qu'aujourd'hui la frustration du NPD à l'endroit du chef libéral est palpable, comme quand Thomas Mulcair l'a apostrophé au débat français pour lui dire qu'il devait se fier sur d'autres pour écrire ses « lignes » lors des débats.

Le sous-texte de tout cela est que M. Trudeau n'est compétent que pour bien répéter les textes qu'il a appris, mais qui ont été écrits par d'autres. Qu'il n'est qu'un porte-parole compétent, mais que ça ne fait pas de lui un dirigeant ni un premier ministre potentiel.

Tout cela fait un peu penser à l'attitude qu'ont eue les démocrates américains pendant des années à l'endroit de Ronald Reagan, un ancien acteur de films de série B qui est devenu président des États-Unis.

Celui avec qui on aimerait prendre une bière

Aux États-Unis aussi, on avait sous-estimé cet « acteur » qui ne faisait, disait-on, que bien livrer les discours écrits par d'autres. Sauf que ledit acteur a été élu, puis réélu avec une des plus grandes majorités de l'histoire américaine et qu'encore aujourd'hui, on considère largement sa présidence comme un succès. « Une présidence de transformation », disait Barack Obama.

Il ne s'agit évidemment pas de comparer l'idéologie de Ronald Reagan avec celle de Justin Trudeau - ce qui provoquerait sans doute des hurlements à droite comme à gauche -, mais simplement de constater que le fait d'être un bon communicateur est d'une importance capitale en politique.

Et de constater aussi que M. Trudeau a, quoi qu'on en dise, fait ses devoirs. Après un débat difficile en français, la semaine dernière, le chef libéral a réussi à rebondir et à dominer le débat sur les affaires étrangères, à Toronto, mardi soir dernier. Comme Reagan, voici un candidat qui est capable d'apprendre de ses erreurs.

Trudeau, comme Reagan, a aussi réussi, en partie tout au moins, à établir une zone de confort avec ses concitoyens. Ce qu'on appelle souvent « le candidat avec lequel on aimerait aller prendre une bière ». Un facteur qui n'est pas insignifiant dans le choix des électeurs, comme bien des études l'ont montré.

Rendez-vous manqué avec le Québec

L'ennui pour M. Trudeau, c'est qu'il a assez bien réussi à établir ce contact au Canada anglais, et particulièrement en Ontario, mais qu'il n'a pas été capable de le faire au Québec.

Sa performance au récent débat des chefs en français a été vue par la plupart des observateurs comme laborieuse et parsemée de nombreuses « cassettes » apprises d'avance et servies un peu à toutes les sauces. Comme lorsqu'il a réussi à parler de son plan pour la classe moyenne, alors que la question portait sur l'aide médicale à mourir.

Une bonne performance, quelques jours plus tard, n'effacera pas tout à fait cette occasion manquée auprès de l'électorat francophone.

Si, au soir du 19 octobre, M. Trudeau est à court de quelques sièges, il ne devra s'en prendre qu'à lui-même. Depuis qu'il est devenu chef du Parti libéral, M. Trudeau s'est fait rare au Québec, où il ne recevait pas le même traitement de rock star qu'ailleurs au Canada, particulièrement en Ontario.

Normalement, cela serait un signal de s'investir dans un terreau moins fertile. Mais le chef libéral a largement préféré ignorer le fait qu'il était un député du Québec, et que le Québec serait nécessairement un élément essentiel d'une coalition gagnante.

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