Trois promesses électorales réglées, trois réalisations de son gouvernement. Voilà le bilan que le premier ministre dresse de ses sept mois au pouvoir.

Emmanuelle Latraverse

  Un texte d'Emmanuelle Latraverse

Il a baissé les impôts de la classe moyenne et mis en oeuvre l'allocation canadienne pour enfants. Son ministre des Finances a arraché aux provinces une entente sur une éventuelle bonification du Régime de pension du Canada. Finalement, le gouvernement Trudeau finit la session parlementaire comme il l'a commencée : confronté à l'ampleur des chantiers qui l'attendent.

L'art du patinage

La conférence de presse de fin de session de Justin Trudeau n'aura pas généré de grandes manchettes. Les dizaines de journalistes rassemblés au Théâtre national de presse, armés de leurs questions longuement réfléchies et soupesées, ont eu droit à des réponses toutes faites.

- Que penser de la menace d'Air Canada de retirer son offre d'achat sur la C Series de Bombardier?
L'industrie aérospatiale est importante.

- Est-il justifié de suspendre la construction de maisons pour protéger les rainettes?
Son gouvernement va protéger l'environnement et l'écosystème tout en assurant la croissance économique et la prospérité.

- Son gouvernement va-t-il tenir promesse et lancer un appel d'offres en bonne et due forme pour remplacer les vieux CF-18?
Nous travaillons très fort pour obtenir les meilleurs avions de chasse pour nos forces canadiennes au meilleur prix.

- Que pense-t-il des conséquences d'un Brexit sur le Canada?
Tout au plus, laisse-t-il entendre, que ça pourrait mettre en danger l'avenir de l'accord de libre-échange avec l'Europe.

- Quelles leçons a-t-il tirées de l'exercice du pouvoir?
En français comme en anglais, la même réponse : Justin Trudeau répète qu'il est important de « livrer » les promesses électorales sur les enjeux clés qui touchent les Canadiens.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'après sept mois au pouvoir, Justin Trudeau a appris à patiner.

L'art du compromis

Justin Trudeau hésite donc à dire vraiment ce qu'il a appris et refuse de dire s'il a des regrets face aux derniers mois. Le pouvoir l'a rendu prudent.

Mais ça n'empêche pas d'identifier un tournant dans cette session parlementaire : le fameux coup de coude, l'Elbowgate. Loin de moi l'idée de trop revenir sur le sujet, les multiples sondages ont révélé à quel point cette crisette toute parlementaire a laissé les Canadiens indifférents. Ce qui ne veut pas dire que « le coup de coude » n'a pas laissé des traces.

Il a servi de leçon fort utile à Justin Trudeau et à ses troupes. La majorité, le pouvoir peuvent facilement mener à l'arrogance.

On se rappellera que pour dénouer la crisette, le gouvernement a retiré sa menace de priver l'opposition de presque tous ses pouvoirs parlementaires. Le gouvernement a finalement fait un compromis sur la mise en place d'un comité pour étudier la réforme électorale. Pour la première fois donc, le gouvernement a fait des compromis bien publics, sans pour autant avoir l'air de se mettre à genoux. Les libéraux ont commencé à mettre en oeuvre une approche politique plus consensuelle, comme ils l'avaient promis.

Justin Trudeau, lui, affirme avoir appris de ses erreurs.

L'art de la patience

En ce début de mandat, les libéraux auront réussi à mettre en oeuvre les éléments les plus faciles de leur programme électoral. L'heure des dossiers complexes et litigieux est arrivée.

La liste est longue : relations commerciales, accord avec les provinces sur les changements climatiques, dossier des pipelines, nouvelle entente sur le financement de la santé, renouveler la relation entre les Premières Nations et la Couronne et mise en oeuvre d'une enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues.

Le pari ici est simple : les Canadiens, espèrent les libéraux, ont compris que Rome ne s'est pas bâtie en un jour. S'il y a un message du gouvernement qui semble avoir passé, c'est qu'il veut prendre des décisions basées sur la science et les faits, afin justement de prendre les bonnes décisions. Et ça, ça prend du temps.

Si Justin Trudeau et ses ministres apprennent la patience, ils sont également conscients que celle des Canadiens dans une foule de dossiers clés a ses limites.
Ce sera le grand test de la prochaine année : décider. Faire la preuve que réfléchir ne veut pas dire hésiter sans fin.

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