Le chef de l'opposition albertaine a déposé jeudi un projet de loi privé pour soumettre à référendum tous changements à la taxe carbone. Les chances qu'il soit adopté sont cependant presque inexistantes, étant donné la majorité des néo-démocrates à l'Assemblée législative.

Un texte d'Emma Hautecoeur et Laurent Pirot

Jason Kenney veut empêcher d'éventuelles hausses de la taxe carbone, en les soumettant au test de l’opinion publique.

Il a d’ailleurs promis sans équivoque que le Parti conservateur uni abolirait cette taxe le plus tôt possible advenant une victoire en 2019. Le projet de loi prévoit donc également d'utiliser le référendum comme rempart à la réintroduction d'une taxation sur les émissions de gaz à effet de serre par des gouvernements futurs.

Ricardo Acuna, de l'Institut Parkland, n'y voit qu'une pure stratégie électorale. « C'est vraiment un coup de théâtre politique, dit-il, un effort de tirer profit de ce populisme anti-impôt qui existe ici en Alberta. »

La taxe carbone et le Plan de lutte contre les changements climatiques étant des politiques clés du gouvernement Notley, Jason Kenney n’obtiendra sûrement pas l’appui du gouvernement, nécessaire à l’adoption de son projet de loi.

Il est d’ailleurs basé sur une fausse promesse, selon Ricardo Acuna, étant donné que le gouvernement fédéral a promis d'imposer aux provinces réticentes sa propre tarification sur les émissions de gaz à effet de serre, soit un prix de 10 $ la tonne en 2018, augmentant de 10 $ chaque année pour atteindre 50 $ en 2022. La Saskatchewan a d'ailleurs reçu cette semaine un ulimatum d'Ottawa à ce sujet.

La plus récente hausse de la taxe albertaine remonte au 1er janvier, et situe le prix du carbone sur le litre d'essence à 6,73 cents.

Pas de hausse à l’horizon

Le gouvernement albertain n’a pas encore annoncé comment il comptait faire passer la taxe provinciale de son niveau actuel de 30 $ aux 50 $ demandés par le gouvernement fédéral.

La première ministre Rachel Notley a fait savoir qu’elle entend conditionner toute nouvelle hausse de la taxe sur le carbone en Alberta à l’agrandissement du pipeline Trans Mountain, qui tarde à se concrétiser. « Nous ne bougerons pas sur les propositions du gouvernement fédéral avant d’avoir vu que la construction est vraiment commencée », a-t-elle promis mercredi.

Le ministre des Transports, Brian Mason, a ajouté qu’à ses yeux, un référendum devrait aussi porter sur les projets d’infrastructures financés par les recettes de la taxe carbone, dont la ligne verte du train léger à Calgary.

Le leader parlementaire du Parti albertain, Rick Fraser, a fait savoir qu’il n’était pas favorable à la tenue d’un référendum. Les Albertains qui veulent exprimer leur opinion sur la taxe carbone « auront la chance de s’exprimer dans un peu plus d’un an » lors des prochaines élections provinciales, a-t-il relevé. « C’est une meilleure façon d’utiliser l’argent public. »

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