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« L'aide sociale, c'est pas une partie de plaisir » - Françoise David

« Je plaide pour que l'on aide les gens à retourner en emploi, affirme Françoise David de Québec solidaire. « Ne croyez pas que je veuille que les gens restent à l'aide sociale. C'est la pauvreté assurée, l'aide sociale. C'est pas une partie de plaisir », affirme la députée de Gouin, opposée, tout comme le PQ, au projet de loi 70.

Ce projet entend amener les nouveaux demandeurs d'aide sociale, aptes à travailler, à participer à des programmes d'emploi, faute de quoi ils pourraient voir leurs prestations fondre de moitié.

Mais pour Mme David, le projet de loi 70 est « le comble de l'indécence et de l'inefficacité ».

Le chef du Parti québécois ne mâche pas ses mots non plus.

Les partis d'opposition critiquent aussi le fait qu'en vertu du projet de loi, les assistés sociaux seraient forcés d'accepter un emploi « convenable » loin de chez eux.

« Le ministre a même évoqué 300 km », s'alarme Françoise David qui ajoute avoir l'impression d'être « devant un projet de loi typique du parti conservateur [...] avec sa réforme de l'assurance-emploi ».

Les programmes incitatifs ne fonctionnent pas, dit le gouvernement

Grâce à ce projet de loi déposé par le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, le gouvernement souhaite épargner au moins 50 millions de dollars. Jusqu'à maintenant, les programmes incitatifs n'ont pas donné les résultats souhaités auprès de cette clientèle, a affirmé le ministre, qui estime que le moment est venu de passer aux mesures obligatoires et coercitives.

Rappelons que les assistés sociaux qui sont déjà dans le système ne sont pas visés par ce projet de loi.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, mercredi, le ministre Hamad a parlé de « l'ambition » qu'il faut avoir pour nos jeunes. Car parmi les nouveaux demandeurs, nombreux sont ceux qui sont âgés de moins de 29 ans. « Est-ce qu'on peut accepter de laisser tomber nos jeunes dans la pauvreté et la tristesse », a demandé Sam Hamad en réponse aux critiques de l'opposition.

Or, rétorque en substance Mme David, pour ne pas laisser tomber les jeunes il faut les accompagner de près en y mettant les moyens. Ce que ne fait pas, selon elle, le gouvermement Couillard avec le projet de loi 70. 

« Où est l'argent? s'insurge-t-elle. J'entends qu'il n'y aura pas tellement d'argent supplémentaire. On a déjà un certain nombre de programmes, il y a des listes d'attente et la prime donnée aux gens qui participent à des programmes, elle existe déjà. »

« La vraie nouveauté c'est que, si quelqu'un refuse d'entrer dans un programme, on pourrait couper jusqu'à la moitié de son chèque », affirme Mme David.

Y a-t-il des emplois?

Les gens sur le terrain se demandent si le projet de loi sera adopté tel quel. En Mauricie, le taux d'assistance sociale est de 9,9 %, soit le plus haut de toutes les régions du Québec, devant la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine 9,4 % et l'Île-de-Montréal, 9 %.

Sylvie Tardif, coordonnatrice générale du Centre d'organisation mauricien de services et d'éducation populaire, s'inquiète que peu d'emplois soient mis à la disposition des gens qui veulent se sortir de l'aide sociale.  

« Les emplois disponibles pour les gens avec peu de scolarité ne sont pas si disponibles que ça, déplore Mme Tardif.  Ce sont des emplois plus spécialisés qui sont offerts. [...] Alors oui, les gens ont une responsabilité individuelle. Mais nous, on a une responsabilité comme système, comme société; est-ce qu'on a suffisamment d'emplois pour tout ce monde-là? »

Françoise David fait écho aux propos de Sylvie Tardif en ces termes : « Le programme le plus efficace de retour à l'emploi est un programme où il y a de l'emploi. Et il faudrait qu'il y en ait dans toutes les régions et pour différentes catégories de personnes ».

Mais dans ce concert de critiques, des voix s'élèvent tout de même pour saluer le projet de loi 70.

Au Conseil du patronat du Québec, on accueille avec intérêt le projet de loi 70 qui va, selon l'organisme, permettre une meilleure adéquation entre la formation et l'emploi et favoriser l'intégration en emploi.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante y réagit favorablement, affirmant qu'il permettra d'aider à mieux arrimer les besoins des employeurs avec la main-d'œuvre disponible.

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