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L'Alberta menace de priver la Colombie-Britannique de pétrole

« Toutes les options sont sur la table. » La première ministre albertaine, Rachel Notley, hausse nettement le ton vis-à-vis de la Colombie-Britannique et menace désormais de couper les livraisons de pétrole en cas d'action « extrême et illégale » contre le projet de pipeline Trans Mountain.

Un texte de Laurent Pirot

La menace a été lancée dans le discours du Trône, en ouverture de la session législative du printemps en Alberta. Le projet Trans Mountain vise à agrandir le pipeline existant entre l'Alberta et la région de Vancouver et à en tripler la capacité.

Le gouvernement fait référence à la décision de Peter Lougheed, en 1980, de réduire la production de pétrole albertaine à destination de l'est du pays, en plein conflit avec le gouvernement fédéral.

« Nous n’hésiterons pas à invoquer une législation similaire si ça devient nécessaire en raison d’action extrême et illégale de la part du gouvernement de la Colombie-Britannique pour faire échouer le pipeline », a lu la lieutenante-gouverneure.

Un ton plus dur

La première ministre a précisé que son gouvernement soumettra un projet de loi lui donnant les moyens d'agir avec flexibilité en cas de besoin. Le pétrole, mais aussi le gaz naturel pourraient être concernés, et la province n'exclut pas des mesures qui pourraient pénaliser non seulement la Colombie-Britannique, mais aussi le reste du pays.

Rachel Notley assure que l'objectif est de convaincre les dirigeants de la Colombie-Britannique de ne pas s'en prendre au projet Trans Mountain tout en créant le moins de conséquences négatives pour les habitants. « Nous ne voulons pas créer de crise, nous serons mesurés et prudents », a-t-elle promis.

Cette déclaration contraste avec le ton plus conciliant adopté par la première ministre albertaine ces dernières semaines. Elle a d’ailleurs suspendu l’embargo sur le vin décrété à l'endroit de la Colombie-Britannique, qu'elle accusait de bloquer le projet Trans Mountain. Victoria avait entre-temps soumis le dossier à la justice.

Ce durcissement rapproche la position des néo-démocrates de celle de l’opposition officielle, les conservateurs albertains.

En visite en Colombie-Britannique lundi, leur chef, Jason Kenney, a évoqué une interruption des livraisons de pétrole albertain et l’imposition de droits sur le gaz naturel de la Colombie-Britannique qui transite par l’Alberta.

Le chef conservateur souhaitait une position plus ferme du gouvernement Notley depuis plusieurs mois. « Le gouvernement a accepté ma position qu'il faut faire jusqu'au bout » a-t-il affirmé jeudi.

En Colombie-Britannique, le ministre de l'Environnement George Heyman ne s'attend pas à ce que cette menace soit mise à exécution. « Je ne vois aucune raison de croire que l'Alberta va prendre des mesures injustes », a-t-il indiqué.

Il ajoute que son gouvernement ne fait que défendre les intérêts de la province.

Diversification de l'économie

Le discours du Trône a aussi beaucoup porté sur la diversification de l’économie que le gouvernement promeut comme sa « priorité majeure », afin de limiter la dépendance du budget provincial aux variations des prix du pétrole.

Le premier projet de loi de la session, déposé juste après le discours du Trône, devrait favoriser les investissements privés dans le raffinage et la pétrochimie en Alberta.

Le deuxième projet de loi prévoit des crédits d’impôt pour soutenir l’éducation et la formation. Le gel des frais universitaires sera également prolongé cette année.

Un troisième projet de loi à saveur économique portera sur le développement des énergies renouvelables et visera à réduire les variations du prix de l’électricité pour les consommateurs.

Le gouvernement néo-démocrate assure dans ce texte que la province est sur la voie d’un retour à l’équilibre budgétaire, malgré un déficit de plus de 9 milliards de dollars pour cette année.

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