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L'analyse des tendances politiques grâce aux réseaux sociaux se fait aussi au Québec

Fini le porte-à-porte et la collecte de renseignements à l'ancienne. Chez Aventa, une petite entreprise au sein de laquelle travaille de jeunes entrepreneurs sur le campus de l'Université McGill, à Montréal, les réseaux sociaux sont des mines d'informations sur les électeurs permettant d'affiner les messages des partis avant et pendant les campagnes électorales.

Selon le président d'Aventa, Edward Newell, le fonctionnement de l'entreprise est simple, du moins en apparence.

La compagnie récolte tout ce qui se dit, se partage et se commente sur les pages personnelles des internautes. On estime en effet qu'il y a suffisamment d'informations disponibles sur le web pour qu'il ne soit plus nécessaire d'interroger directement les électeurs.

D'autant plus que toutes ces informations sont accessibles gratuitement et qu'elles sont sciemment publiées par les utilisateurs des réseaux sociaux.

Une fois les informations recueillies, Aventa s'appuie sur l'intelligence artificielle et les algorithmes pour produire un profil politique.

On obtient ainsi rapidement un aperçu des tendances électorales dans différentes villes du Québec.

Lancée depuis à peine six mois, l'entreprise offre déjà ses services à des politiciens; ceux-ci pourront par la suite utiliser les analyses produites par Aventa pour mieux cibler les électeurs et les influencer.

La popularité de ce type d'analyse est confirmée par Maxime Carignan-Martel, responsable du développement des affaires chez Aventa : « On a deux clients, actuellement, qu'on va représenter aux prochaines élections du 1er octobre. »

Zone grise

Ce type d'extraction de données et d'analyse est-il légal? Éloïse Gratton, avocate spécialisée en droit lié à la vie privée, affirme qu'il existe des protections contre les abus. Mais tout cela est très théorique, dit-elle.

« C'est clair que les renseignements deviennent publiquement disponibles, mais ce sont toujours des renseignements personnels. Donc, si je suis un tiers et que je décide de recueillir ces renseignements pour en faire une nouvelle utilisation, techniquement, en vertu de nos lois, je suis supposée demander le consentement », explique-t-elle.

Est-ce à dire que les Canadiens sont mieux protégés que leurs voisins du Sud, où vient d'éclater le scandale reliant le géant des réseaux sociaux Facebook à la firme britannique Cambridge Analytica? Pas tout à fait.

« Les partis politiques au Canada tombent entre eux chaises. Ils ne sont pas soumis aux lois du secteur public en matière de protection de renseignements personnels, ils ne tombent pas non plus sous les lois qui s'adressent aux entreprises du secteur privé », reconnaît ainsi Me Gratton.

Pourtant, tant le commissaire fédéral à la vie privée que le directeur général des élections du Québec ont déjà recommandé des changements aux lois, mais sans succès.

Chez Aventa, on estime que l'analyse de données personnelles partagées sur Internet représente l'avenir lorsqu'il est question de mieux comprendre les attentes des électeurs.

Quant à savoir ce que feront les politiciens de ces informations, c'est une question pour un autre jour.

Quelle(s) solution(s)?

« Trouvons-nous cela correct, comme société, que des mégaentreprises comme Facebook accumulent autant d'informations sur nous? », s'interroge de son côté Jean-Philippe Décarie-Mathieu, cofondateur et directeur général de Crypto.Québec.

En entrevue au Téléjournal Grand Montréal, M. Décarie-Mathieu a soutenu que la revente d'informations personnelles forme la base du modèle d'affaires de Facebook et des autres réseaux sociaux.

« S'ils ne revendaient pas vos données, ils vous factureraient [pour utiliser leur service] », a-t-il martelé.

À moins de vouloir s'engager dans une démarche de contrôle strict de ce qui est publié en ligne sur Facebook, Twitter et consorts, la solution, estime cet expert, est fort simple : « Il faut effacer son compte. »

Avec les informations de Frédéric Arnould

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