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L'Assemblée des Premières Nations accuse Couillard de se traîner les pieds

« Le gouvernement Couillard refuse de faire face à ses responsabilités, la majorité des services policiers étant sous son autorité, a déclaré le chef de l’APNQL, Ghislain Picard. [Le gouvernement Couillard] a plutôt choisi de se cacher derrière l'enquête policière menée par le SPVM. »

Or, l'enquête menée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne déboucherait finalement sur aucune accusation contre les six policiers qui auraient agressé des femmes autochtones à Val-d'Or, selon ce qu'a appris Radio-Canada.

L’APNQL accuse le gouvernement du premier ministre Philippe Couillard de gagner du temps au détriment des femmes autochtones.

Il [le gouvernement] souhaite également attendre […] les résultats de l'enquête déclenchée par le gouvernement fédéral sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées, soit dans deux ou trois ans!

Ghislain Picard

« Des délais bien commodes pour le gouvernement Couillard, mais pas pour nos femmes des Premières Nations », a poursuivi M. Picard par voie de communiqué. « Faudra-t-il que l'APNQL mène elle-même l'enquête qui s'impose? C'est tous les jours, et depuis des années, que nos femmes vivent les situations qu'elles osent maintenant dénoncer. »

« Nos femmes ne doivent pas être réduites au silence, intimidées ou découragées par les résultats à date des démarches qu'elles ont eu le courage d'entreprendre. C'est le début, et non la fin, d'une marche pour obtenir justice, et nous l'obtiendrons », a ajouté M. Picard.

Le chef de l'APNQL convient qu’il faut mener des enquêtes policières pour faire la lumière sur les événements de Val-d’Or, mais il estime que le processus policier demeure insuffisant. Une approche partagée par le Parti québécois, qui réclame une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) pour éviter que « des policiers enquêtent sur d’autres policiers ».

Rétablir la confiance

Pour Viviane Michel, présidente de l’association Femmes autochtones du Québec, la mise en place d'une enquête indépendante est nécessaire et urgente pour « améliorer les relations de confiance » entre les peuples autochtones et les différents corps policiers.

« Une enquête indépendante peut permettre de relever les faits, toute la discrimination qui est omniprésente. Le défi plus tard, c’est de rebâtir une relation de confiance, surtout pour les femmes qui vont peut-être subir une défaite vendredi […] une enquête criminelle, c’est vraiment de trouver la victime, de trouver qui est coupable…les preuves également. Mais est-ce qu'on peut passer à autre chose, aller au-delà? Lorsque les femmes ont commencé à dénoncer, on a crié haut et fort que c’était seulement une pointe de l’iceberg », explique-t-elle.

On voit, on entend un peu partout qu’il n’y aura pas d’accusation […] ça nous fait vivre de la colère. Si c’est la réponse que l’on reçoit vendredi […] on dénonce et on sait que le système ne s’applique pas pour nous, que ça ne vaut vraiment pas la peine.

Viviane Michel, présidente de l’association Femmes autochtones du Québec.

Viviane Michel interpelle directement le gouvernement Couillard, appelant à une « une meilleure collaboration » : « J’attends des gouvernements une meilleure collaboration, une meilleure entente, des stratégies d’action…est-ce qu’on peut l’avoir cette enquête indépendante […] pour faire ressortir les faits, rétablir le système judiciaire, améliorer nos relations de confiance? Ce qui va peut-être ressortir vendredi, on ne le sait pas, mais ça peut engendrer encore plus de méfiance ».

Viviane Michel soutient que les failles possibles de l'enquête criminelle tiennent du fait des préjugés tenaces à l'égard des peuples autochtones. Pour elle, ces préjugés, qui subsistent dans la société pour des raisons culturelles et historiques, sont inévitablement omniprésents au sein des différents corps policiers pour les mêmes raisons.

« On a tellement une grande éducation à faire. Évidemment, on est confronté à une discrimination systémique et raciale. Ça, c’est bien trop évident. Comment maintenant peut-on améliorer nos relations de confiance envers la police, surtout venant des femmes? Il y a un grand exercice à faire, c’est vraiment de faire de l’éducation, de l’imposer peut-être au corps policier pour faire tomber les préjugés ».

Je crois ces femmes. On vous croit. C’est ce qu’on crie depuis le début. Peu importe la réponse que l’on va avoir, ces femmes-là ont ouvert une problématique majeure qui concerne les femmes autochtones en général et elles ont quand même engendré un début de changement.

Viviane Michel, présidente de l’association Femmes autochtones du Québec.

Le PQ réclame une enquête du BEI

La porte-parole du PQ en matière de condition féminine, Mireille Jean, déplore que le SPVM ait eu la responsabilité d’enquêter sur la Sûreté du Québec (SQ). « C’est comme si vous enquêtiez sur votre propre famille : la distanciation dont vous avez besoin pour porter un jugement et faire les gestes sont pas mal plus difficile », a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse à Québec.

Bien qu’elle affirme que les enquêtes policières demeurent insuffisantes pour lutter contre les violences faites aux femmes autochtones, elle précise qu’il est « important que ces enquêtes-là soient faites ».

Au moment où l’enquête policière du SPVM se termine sans accusation, les parlementaires québécois poursuivent leurs travaux en commission parlementaire sur les conditions de vie des femmes autochtones. Un an après le dévoilement des agressions présumées de Val-d’Or, les élus en sont toujours à élaborer un calendrier pour aller rencontrer les femmes dans leur communauté.

La députée Mireille Jean a également déploré que la Stratégie pour contrer les violences et l'exploitation sexuelles (2016-2021) – lancé à la hâte dans la foulée du scandale des allégations d’agressions sexuelles impliquant le député Gerry Sklavounos - ait été annoncée sans son volet autochtone.

Un an après la diffusion d'un reportage de l'émission Enquête, dans laquelle des femmes autochtones dénonçaient de présumées violences et agressions sexuelles commises contre elles par des policiers, Radio-Canada a appris que le DPCP annoncera vendredi qu'il ne portera finalement aucune accusation dans cette affaire.

Le DPCP estimerait manquer de preuves pour porter des accusations de sévices sexuels, d'intimidation et d'abus de pouvoir contre les six patrouilleurs de la Sûreté du Québec suspendus dans la foulée du reportage. Le DPCP a analysé 37 dossiers qui lui avaient été remis par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

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