Retour

L'élection de Trump ouvre une « période d'incertitude », croient Couillard, Lisée et Legault

Pour une rare fois, le premier ministre Philippe Couillard et les chefs des partis d'opposition Jean-François Lisée et François Legault sont du même avis : l'élection de Donald Trump comme président des États-Unis ouvre une « période d'incertitude » susceptible d'avoir un impact sur l'économie du Québec, notamment dans le dossier du bois d'oeuvre.

Un texte de François Messier

« Il est certain que l'élection, compte tenu de la campagne, ouvre [...] une période d'incertitude et d'instabilité potentielles, sur le plan économique entre autres, et sur d'autres plans aussi », a convenu M. Couillard, après avoir félicité M. Trump pour sa victoire.

Selon le premier ministre du Québec, M. Trump a réussi à canaliser un « vote de crainte et de protestation devant ce monde qui change si rapidement », en raison notamment de la mondialisation et des nouvelles technologies.

« Il faut dire à la population qu'on entend ça, qu'il y a beaucoup plus de bénéfices  - comme je le dis souvent - à l'ouverture des marchés qu'à la fermeture des marchés », a poursuivi le chef libéral, réitérant sa foi envers le principe du libre-échange.

Bien qu'il critique le « style de discours » que le candidat républicain a tenu pendant la campagne, M. Couillard insiste pour souligner le discours « de nature beaucoup plus rassembleuse et raisonnable » que M. Trump a prononcé à titre de président désigné. « Je crois que c'est de bon augure », a-t-il dit.

Le premier ministre Couillard affirme que son gouvernement sera préoccupé « de façon prioritaire » par le dossier du bois d'oeuvre, qui peut avoir des conséquences certaines sur les travailleurs et les entrepreneurs du Québec, particulièrement dans les régions.

M. Couillard n'a pas semblé particulièrement inquiet pour l'avenir de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), que M. Trump a sévèrement critiqué au cours de la campagne, étant donné que les économies canadienne et américaine sont « fortement intégrées ».

« Je pense que l'ALENA, clairement, est au bénéfice également des États-Unis et une analyse même rapide va permettre de confirmer ça », a-t-il déclaré. « D'ailleurs, je n'ai pas entendu beaucoup de paroles négatives de M. Trump sur le Canada durant la campagne. Il parlait d'autres pays essentiellement. »

« Je pense que beaucoup d'États américains vont rappeler à l'administration l'importance primordiale pour eux du marché canadien et de l'ouverture de ce marché-là », a-t-il ajouté. 

M. Couillard s'interroge sur ce qu'il adviendra de la lutte contre le réchauffement planétaire, les États-Unis étant un « partenaire majeur » de l'accord de Paris sur le climat. Notant que la Chine veut se doter d'un marché du carbone, il souligne qu'il sera « difficile pour un grand pays comme les États-Unis de faire abstraction de cette réalité ».

En attendant que M. Trump soit assermenté, en janvier, la ministre québécoise des Relations internationales, Christine Saint-Pierre, s'assurera de parler aux huit représentations diplomatiques du Québec aux États-Unis.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

M. Couillard dit ne pas regretter d'avoir déclaré hier que les Québécois préféraient une victoire de Mme Clinton. « J'ai exprimé le point de vue d'une grande partie de la population québécoise certainement », a-t-il dit.

« Je pense qu'il faut exprimer ce qu'on ressent, a poursuivi le premier ministre. J'ai été très préoccupé par le ton de la campagne. Il serait tout à fait illusoire de penser que le ton n'a pas été quelque chose de particulièrement significatif dans cette campagne. Je pense que les Québécois n'aiment pas ce genre de politique non plus. »

Le premier ministre n'aura pas à attendre trop longtemps avant d'exprimer ses points de vue à la diplomatie américaine : il rencontrera mercredi la nouvelle consule générale des États-Unis au Québec, Allison Areias-Vogel.

Lisée « sonné »

« C'est troublant, mais on va faire avec », a commenté le chef péquiste Jean-François Lisée, qui n'a pas caché être « un peu sonné » par la victoire de M. Trump.
« En bons démocrates, on félicite le nouveau président », a-t-il néanmoins affirmé. « La démocratie américaine a parlé, il faut la respecter ».

Le chef de l'opposition officielle dit croire que la lutte contre le réchauffement planétaire sera la « principale victime » de la future administration Trump. Le retrait possible des États-Unis de l'accord de Paris, si difficile à conclure, constituerait un « recul majeur d'une ou deux décennies », a-t-il dit.

M. Lisée ne croit cependant pas que M. Trump pourra compromettre l'ALENA. « Il n'y a aucun intérêt économique qui ferait en sorte de vouloir perturber la libre circulation de nos services de part et d'autre », a-t-il observé.

En ce qui concerne le bois d'œuvre, « la position américaine était déjà extrêmement inflexible, a souligné M. Lisée, alors ce sera difficile d'être pire. On pense toujours que ça ne peut pas être pire. On verra. »

Le chef de l'opposition ne croit pas non plus que la vente d'hydro-électricité à des États américains soit compromise, puisque les États qui achètent l'énergie du Québec se sont eux-mêmes engagés à augmenter leurs achats d'énergie verte, indépendamment de la volonté de Washington.

M. Lisée croit par ailleurs que M. Trump l'a emporté parce qu'il a réussi à canaliser la colère d'une partie de la population américaine, qui s'explique en bonne partie par les inégalités sociales dans la société américaine. Il déplore cependant que les solutions proposées par M. Trump constituent un « remède pire que le mal. »

Selon lui, Bernie Sanders aurait pu l'emporter contre M. Trump, car il aurait pu mieux répondre à la colère des hommes blancs que Mme Clinton.

À l'instar de M. Couillard, M. Lisée ne regrette pas d'avoir affiché son appui à Hillary Clinton mardi. « Sur 195 nations, je pense qu'on était 160 à l'avoir dit. Alors on est en bonne compagnie... », a-t-il laissé tomber.

Legault plaide « l'urgence d'écouter la population »

Le chef de la Coalition avenir Québec estime également que l'élection de M. Trump engendrera une « période d'incertitude économique » dont le Québec pourrait faire les frais. Des changements à l'ALENA constitueraient notamment un « risque très important » pour le Québec.

Le retour de barrières tarifaires, que ce soit pour le bois d'œuvre ou d'autres produits commercialisés au Québec, serait, selon François Legault, « très dommageable pour des milliers de travailleurs et d'entreprises québécoises ».

M. Legault a dit être « content » que le premier ministre du Québec s'aperçoive du risque que cela représente, mais soutient qu'il est « un peu pathétique de voir qu'il n'avait rien à proposer pour répondre à cette période d'incertitude ».

« On a un président américain qui est maintenant clairement protectionniste, qui nous dit qu'il aimerait rapatrier des emplois payants aux États-Unis. Donc, notre rattrapage pour créer des emplois payants au Québec va être encore plus difficile », a-t-il souligné.

Le chef de la CAQ croit par ailleurs que l'élection de M. Trump démontre qu'il a raison sur deux points : la nécessité de baisser les impôts et de mieux encadrer l'immigration au Québec.

« Les gens - je le sens dans les familles québécoises - se sentent pris à la gorge, n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Ils ont des inquiétudes par rapport à l'immigration. On ne peut faire comme M. Couillard, puis mettre ça en dessous du tapis. »

Le candidat républicain n'est cependant pas un modèle à suivre, selon M. Legault. « M. Trump a eu plusieurs dérapages. Donc, ce n'est sûrement pas un modèle, mais si on veut éviter ce genre de dérapage, il y a une urgence d'écouter la population. »

Des années « difficiles » à venir, selon Françoise David

La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, ne mâche pas ses mots pour témoigner de la « très grande inquiétude » qui l'habite face au mandat de quatre ans que le peuple américain a confié à M. Trump. 

« On se demande à quoi la planète peut s'attendre d'un tel politicien à la tête de la plus grande puissance mondiale. Ses propos racistes, sexistes et violents donnent froid dans le dos », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Selon Mme David, le résultat de l'élection « en dit long sur le désespoir qui hante une grande partie » de la population américaine et traduit sa « révolte » contre les élites politiques et économiques du pays. Nombreux sont ceux qui croient que le « système est biaisé et que les bénéfices économiques ne profitent pas au plus grand nombre ».

« Les boucs émissaires sont alors nombreux : c'est l'immigration mexicaine, musulmane, la communauté noire ou les pauvres en général qui accaparent les aides gouvernementales », poursuit-elle, en évoquant « un ressentiment bien réel [...] manipulé par la droite raciste pour stigmatiser toutes les communautés minoritaires ».

Mme David dit croire que l'élection de M. Trump constituera une « sonnette d'alarme » pour les mouvements progressistes américains « qui vont certainement, une fois passé le premier choc, se remobiliser pour changer la politique de leur pays. »

Plus d'articles

Vidéo du jour


L'art d'être le parfait invité