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L'envers de l'info : quand les médias sociaux « remplacent » les journalistes

CHRONIQUE - Twitter et Facebook ont révolutionné le travail des journalistes depuis 10 ans, mais la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario vient de mener l'utilisation des réseaux sociaux par les politiciens vers de nouveaux sommets. Souvent, des rumeurs et des déclarations de candidats transmises sur les médias sociaux ont monopolisé la couverture médiatique des enjeux. Une stratégie qui n'est pas sans inconvénient pour les reporters.

Une chronique d’Eve Caron

En allant chercher un café lundi matin vers 9h, ma collègue Line me demande « Alors, est-ce qu’il a quitté la course ou non? ».

Elle parlait bien sûr de Patrick Brown, et des rumeurs qui circulaient sur Twitter.

L’attachée de presse du principal intéressé avait pourtant écrit, toujours sur Twitter, que non, Patrick Brown n’allait pas quitter la course à sa propre succession à la tête du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Mais ce n’était pas assez pour apaiser les rumeurs qui ont continué de circuler tout au long de l’avant-midi.

Pour les journalistes qui suivent le dossier, cela veut dire qu’une bonne partie de la journée sera dédiée à une chose : rafraîchir notre fil Twitter. Plusieurs ont tenté de confirmer la nouvelle auprès de leurs sources.

Du déjà vu pour Claudine Brulé, correspondante à Queen’s Park pour Radio-Canada.

Les médias sociaux ont été omniprésents en politique provinciale ontarienne depuis la démission de Patrick Brown le 25 janvier. C’est d’ailleurs ce jour-là que le #ONpoli a été le plus utilisé sur Twitter depuis l’élection générale du 12 juin 2014. Depuis le 25 janvier, le #ONpoli a été utilisé en moyenne trois fois plus qu’à pareille date l’an dernier.

Une stratégie efficace?

Dans les jours qui ont précédé son entrée dans la course à sa propre succession, Patrick Brown a multiplié les déclarations sur Facebook pour répondre aux allégations d’inconduite sexuelle et financière qui circulaient dans certains médias.

Malgré les demandes de toute part, il n’a accordé que quelques entrevues à certains journalistes sélectionnés par son clan. C'est ce que des experts en communication comme le lobbyiste Stewart Kiff appellent « une politique de non-engagement avec les journalistes » : une stratégie qui a joué contre le principal intéressé, selon M. Kiff.

Et comme mes collègues à Queen’s Park, Claudine Brulé et Julie-Anne Lamoureux l’ont récemment démontré, tous les candidats dans la course à la direction du Parti progressiste-conservateur ont aussi misé plus que jamais sur les médias sociaux pour faire passer leurs messages.

Pour les journalistes, c’est une stratégie à double tranchant.

Un avant-goût de la campagne électorale provinciale?

Les entrevues, mêlées de presse et autres procédés plus traditionnels devraient cependant faire un retour lors de la campagne électorale provinciale en vue du vote du 7 juin prochain. D’une part, cette élection est prévue depuis des années, contrairement à la course à la direction des conservateurs qui n’était pas dans les cartes il y a un peu plus d’un mois.

Par ailleurs, le public ciblé est différent. Ce sont les membres du parti qui votent lors des courses à la direction. Ce sont habituellement des gens intéressés par la politique ontarienne. Lors d’une élection générale, ce sont tous les Ontariens éligibles qui sont appelés à voter.

Il y a fort à parier que les journalistes vont tout de même continuer à rafraîchir leur fil Twitter plusieurs fois par jour au cours de cette campagne.

Vous avez des questions liées à notre travail? Des idées de chroniques? Écrivez-moi à l’adresse suivante : eve.caron@radio-canada.ca

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