Le premier ministre Justin Trudeau est en route pour la Chine afin d'y effectuer sa première visite officielle. Sa mission coïncide avec la tenue du G20 la fin de semaine prochaine à Hangzhou dans le sud du pays et visera entre autres à améliorer les relations diplomatiques avec le géant asiatique. Une mission symbolique pour le premier ministre, puisque c'est son père, Pierre Elliott Trudeau, qui a été l'un des premiers dirigeants à établir des liens avec le gouvernement communiste au début des années 70.

Un texte d'Yvan Côté correspondant en Chine

Dans le hall d'entrée de la salle des nouvelles de Xinhua, deux septuagénaires nous accueillent avec un sourire. Le poids des années est bien réel pour Xu Zhicheng et Gu Wen Fu qui marchent d'un pas lent, mais les souvenirs pour eux sont plus que tangibles.

Ces deux hommes étaient le caméraman et le journaliste qui ont suivi pas à pas Pierre Elliott Trudeau lorsqu'il a effectué sa visite historique en 1973. Ils se remémorent avec intérêt leurs coups de coeur et surprises lors de cette mission diplomatique.

« Sa visite nous a tous impressionnés, dit l'ancien journaliste Gu Wen Fu. À ce moment-là, la Chine n'avait pratiquement aucune fenêtre sur le monde. Trudeau est arrivé alors que le gouvernement communiste tentait d'améliorer ses relations avec l'Ouest. Toutes les personnes de plus de 55 ans se souviennent de lui encore aujourd'hui. »

L'accueil a d'ailleurs été grandiose lorsque Trudeau père est arrivé à Pékin. Une fanfare s'est mise à jouer sur le tarmac et des milliers de jeunes filles ont dansé et chanté en choeur.

Le premier ministre est accompagné pour l'occasion de sa femme Margaret qui est enceinte d'Alexandre. Justin, qui a un an et demi à l'époque, est resté au Canada.

Dès son arrivée, le couple fascine les Chinois, mais c'est surtout Margaret qui éblouit les foules.

« Les gens étaient surpris de voir quelqu'un d'aussi naturel et qui ignorait les coutumes de notre pays, explique le caméraman Xu Zhicheng. Elle était si dynamique et curieuse. Lorsque j'ai appris que Justin avait été élu, j'ai tout de suite pensé à elle. »

Pierre Elliott Trudeau passe à l'histoire à l'occasion de cette visite en reconnaissant le gouvernement communiste sur la scène internationale.

« Le principal problème était que le gouvernement communiste tenait à ce que les pays étrangers reconnaissent Taïwan comme faisant partie intégrale de la Chine », explique l'ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques. « Mitchell Sharp, ajoute-t-il, le ministre des Affaires étrangères, a alors trouvé une déclaration conciliante : "Le Canada prend note de la position de la Chine." Un énoncé qui permettait de satisfaire Pékin sans reconnaître quoi que ce soit. »

Le premier ministre a ouvert avant les États-Unis une ambassade à Pékin en 1970. À l'époque, seuls des pays occidentaux comme l'Angleterre, les pays scandinaves, la France et la Suisse sont présents dans la capitale chinoise.

L'initiative canadienne sera ensuite imitée par plusieurs autres pays, ce qui permet à la Chine d'entrer aux Nations unies en 1971.

Une relation florissante naît alors entre les deux pays. La question des droits de la personne et les événements de la place Tiananmen compliqueront toutefois la situation, mais cela n'empêchera pas Jean Chrétien d'organiser la plus importante mission économique de l'histoire en 2001. Quelque 600 personnes d'affaires et huit premiers ministres des provinces se rendent en Chine.

Deux ans plus tard, la Chine devient le deuxième partenaire économique en importance du Canada.

L'arrivée au pouvoir de Stephen Harper changera la donne. Sa position ferme sur les droits de la personne et son refus d'assister aux Jeux olympiques de Pékin en 2008 refroidissent les relations entre les deux pays.

Plusieurs analystes croient d'ailleurs que les échanges entre le Canada et la Chine en souffrent aujourd'hui et qu'ils sont loin d'avoir atteint leur plein potentiel.

« On a perdu du terrain, entre autres du côté économique, déplore l'ambassadeur Guy Saint-Jacques. En Chine, insiste-t-il, il faut avoir une présence gouvernementale et il faut avoir de la visibilité. »

Guy Saint-Jacques rappelle d'ailleurs que la chancelière allemande Angela Merkel a visité la Chine à sept reprises au cours des dernières années et que le premier ministre australien visite le pays annuellement.

« Nous espérons tous que les échanges avec le Canada augmentent, renchérit Gu Wen Fu. Nous avons une population gigantesque et nous avons besoin de ressources. Je suis certain que Justin sera différent de son père, mais j'espère qu'il pourra effectuer un rapprochement. »

Dans le but de donner un nouveau souffle aux relations sino-canadiennes et de profiter de la manne offerte par l'émergence de la classe moyenne, Justin Trudeau devrait annoncer pendant sa visite qu'il se rendra chaque année en Chine.

Il essayera aussi de capitaliser sur l'héritage du nom Trudeau.

Le président Xi a indiqué que Pierre Elliott Trudeau avait eu une « vision politique extraordinaire » et que la Chine s'en souviendra toujours.

C'est pourquoi, comme l'avaient fait ses parents, Justin voyagera avec sa femme Sophie et leur fille Ella-Grace.

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