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L'immigration africaine francophone ralentit le recul du français au Manitoba

Comme plusieurs régions du pays où les francophones sont minoritaires, le Manitoba compte sur l'immigration africaine pour atténuer l'effet de la baisse du nombre de francophones de souche.

Un texte de Michel Saba TwitterCourriel

Pas facile d'affronter le froid manitobain. Après deux ans, Suzanne Ngamele Siaga, une étudiante camerounaise, s'est adaptée aux températures extrêmes. Elle croit même avoir trouvé un antidote aux maux de l'hiver : de l'eau chaude et un peu de citron. « Comme c'est l'hiver, ça me permet de rester en forme dans la journée, puis d'éviter d'attraper le rhume, la toux et tout ce qui va avec le froid », explique-t-elle.

L'une de ses craintes en arrivant au Manitoba : la météo. Et c'est compréhensible. À Winnipeg, le mercure affiche en moyenne -16 degrés Celsius en janvier.

« Mes frères, souvent ils se moquaient de moi, parce que dans mon pays, quand il faisait 20 degrés, je mettais les pulls et des couvertures, raconte-t-elle. Ils me disaient : "Ah, Suzanne, tu pars étudier au Canada. Qui dit Canada, dit froid. Tu vas faire comment?" Je leur disais : "ne me dérangez pas."

Recruter à l'étranger

Le cas de Suzanne n'est pas unique en son genre. Plus du tiers de la population étudiante de l'École technique et professionnelle de l'Université de Saint-Boniface provient de l'étranger.

« On va leur dire que s'ils viennent ici, c'est la possibilité de parler en français dans un milieu minoritaire, indique Stéphane Hawey, le coordonnateur du bureau de recrutement à Université de Saint-Boniface.

C'est notamment ce qui a convaincu Suzanne.

De plus en plus d'Africains

Et la plupart de ces étudiants étrangers proviennent de l'Afrique. Les programmes les plus populaires sont de niveau collégial. Ils durent deux ans, sont plus courts et abordables qu'un baccalauréat.

Certains programmes attirent les Africains plus que d'autres, comme l'administration des affaires, un programme dans lequel enseigne Jouwairia Lahboub-Daayf.

« Il y a beaucoup d'étudiants étrangers, de familles africaines qui sont venues s'établir à Winnipeg », constate Mme Lahboub-Daayf.

Elle croit que l'arrivée d'Africains permet de ralentir le déclin du français dans la province. C'est que le nombre de Manitobains dont la première langue officielle parlée est le français est en recul constant depuis des décennies.

L'effet de cette baisse est amoindri par l'arrivée marquée d'Africains francophones au cours des dernières années.

Rester ou partir

Mais une fois leur diplôme canadien en poche, ces étudiants retournent-ils dans leur pays d'origine? Le conseiller en développement économique Mohamed Doumbia, lui-même originaire du Mali et diplômé du même programme de l'Université de Saint-Boniface que Suzanne, constate que non. La clé : décrocher un emploi dans son domaine.

Ces jeunes diplômés bénéficient toutefois d'une situation économique favorable : le taux de chômage au Manitoba est l'un des plus faibles au pays. Sans compter qu'ils disposent d'un atout dans leur manche : leur bilinguisme.

« L'immigration francophone, disons des Africains, c'est un peu cette diversité qui va apporter à l'entreprise, mais aussi le fait d'offrir le service en français qui va permettre aussi à l'entreprise d'augmenter son chiffre d'affaires », ajoute Mohamed Doumbia.

Suzanne, elle, espère vivre et travailler au Manitoba après ses études. « Je me suis dit que ce serait mieux de rester ici parce que c'est déjà un milieu avec lequel je suis familière, justifie-t-elle. J'ai déjà un networking. »

Sa journée à l'université terminée, elle prend l'autobus pour aller travailler dans une garderie à temps partiel en espérant que ce soit une étape vers son accomplissement professionnel.

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