« C'est une victoire pour notre société de droits, pour la société québécoise et les Québécois en général », a déclaré d'entrée de jeu Guy Chevrette, négociateur pour l'industrie du taxi, lors d'une conférence de presse à la suite du dépôt du projet de loi 100 de Jacques Daoust modifiant l'encadrement de l'industrie.

Le projet de loi du ministre des Transports forcera les chauffeurs d'Uber à acheter ou à louer des permis de taxi pour effectuer des courses rémunérées pour des clients.

Les chauffeurs d'Uber seront ainsi assujettis au même régime juridique que celui des chauffeurs de taxi, ce qui est « rafraîchissant », dit M. Chevrette.

Rappelons que la société américaine a menacé de quitter le Québec si le gouvernement adoptait une loi imposant des permis à ses chauffeurs.

Uber Canada a fait savoir que l'entreprise étudiait « de bonne foi le projet de loi du ministre Daoust et ses implications pour près d'un demi-million d'utilisateurs et les milliers de partenaires-chauffeurs qui comptent sur la plateforme technologique Uber pour boucler leurs fins de mois ».

Uber Canada entend réagir plus amplement dans les jours à venir.

« Chapeau à M. Daoust » - Guy Chevrette

De dire Guy Chevrette : « On voulait absolument avoir une loi avec des dents qui suspende les permis de conduire des complices d'UberX. On voulait des amendes plus fortes également pour les représentants d'UberX et on retrouve ça dans la loi ».

M. Chevrette tire aussi satisfaction du fait que les 22 000 emplois que représente l'industrie soient protégés par le projet de loi.

Guy Chevrette a décrit les deux dernières années comme ayant été « très difficiles » : « Jamais on a vu une compagnie étrangère aussi désinvolte, aussi arrogante, se ficher de tous les ministres, se ficher de l'Assemblée nationale et semer la discorde au sein de la population ».

Une question d'équité fiscale et sociale, dit le maire Coderre

Le maire de Montréal, Denis Coderre, accueille favorablement le projet de loi qui établit des standards dans le respect de l'équité fiscale et de l'équité sociale, selon lui. En conférence de presse à partir du congrès de l'Union des municipalités (UMQ), M. Coderre a fait remarquer que des villes comme Calgary et des pays comme l'Allemagne avaient adopté une position semblable à celle du Québec.

Le projet de loi prévoit des pouvoirs accrus pour les inspecteurs du Bureau de taxi de Montréal et il comporte deux articles pour accroître la sécurité des cyclistes, ce que le maire Coderre voit d'un bon oeil. « L'emportiérage et le dépassement sont des questions importantes pour Montréal », a dit Denis Coderre.

Le projet de loi ne donne pas pour autant « un chèque en blanc » à l'industrie du taxi, qui a besoin d'être modernisée, a dit le maire de Montréal.

« On est pour la technologie [...], tout le monde doit s'ajuster », affirme Denis Coderre qui a salué les compagnies Diamond et Téo Taxi qui avaient su prendre ce virage.

« Le projet de loi ne va pas assez loin », dit la Chambre de commerce

Du côté de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on exprime des bémols. Certes, le projet de loi régularise la situation, dit-on, mais il ne favorise pas la concurrence.

Dans un contexte où on assiste à l'émergence de nouveaux modèles d'affaire, il faudrait « éliminer les diverses interprétations sur ce qui constitue le transport rémunéré de personnes », écrit dans un communiqué le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

M. Leblanc déplore que le projet de loi n'offre pas de solution pour sortir du système de quotas en vigueur, qui est « le grand responsable de l'inertie qui a caractérisé l'industrie du taxi, entraîné des frustrations chez les usagers et engendré une hausse démesurée de la valeur des permis ».

« Le projet de loi devrait comporter explicitement des mesures pour racheter les permis en vigueur ou à l'inverse, permettre l'émission d'un nombre élevé de nouveaux permis répondant aux réalités des nouveaux modèles d'affaires », écrit la Chambre dans son communiqué.

« On a saisi le message », dit Guy Chevrette

L'industrie du taxi, à qui on reprochait entre autres de mettre en circulation des voitures à la propreté douteuse, « a saisi le message », a déclaré Guy Chevrette en entrevue à l'émission Midi info, à ICI Radio-Canada Première.

M. Chevrette assure qu'« un code de bonne conduite s'impose » pour régler les questions relatives à la politesse des chauffeurs, à leur tenue vestimentaire et à la propreté des autos. « Les citoyens du Québec veulent des améliorations et nous sommes prêts, comme industrie, à continuer le travail entamé depuis 2006 », dit-il, en soulignant que dans la province, 44 % de la flotte de voitures taxi est maintenant hybride ou électrique. L'ensemble des voitures le seront d'ici cinq ans, promet Guy Chevrette.

Des dissensions au sein du PLQ

Le conseil général du Parti libéral du Québec, prévu ce weekend à Drummondville, donnera l'occasion au militant libéral Jonathan Hamel de déposer une résolution en faveur d'Uber. « Le fait de restreindre le marché à un seul joueur, qui est Téo Taxi, ce n'est pas normal », affirme M. Hamel qui soutient que, de tous temps, le PLQ a soutenu le libre marché et la compétition.

Jonathan Hamel fait valoir qu'à Toronto, « on a trouvé un terrain d'entente avec Uber » et qu'à New York, des choix variés s'offrent aux consommateurs.

M. Hamel et un groupe de militants libéraux envisagent de provoquer avant les prochaines élections des assemblées d'investiture dans les circonscriptions de Jacques Daoust et de Dominique Anglade, ministre de l'Économie, afin d'évincer ces derniers.

« Enfin », dit Martine Ouellet

La porte-parole du Parti québécois en matière de transports, Martine Ouellet, se félicite pour sa part que le ministre Daoust ait retenu plusieurs des propositions faites par son parti au cours des derniers mois, dont celle voulant qu'une seule et même loi s'applique à tous les travailleurs de l'industrie du taxi.

Le fait que le gouvernement s'est rangé à cet avis constitue « vraiment une très bonne nouvelle », a-t-elle admis. Le Parti québécois, ajoute-t-elle, offre « toute [sa] collaboration pour l'étude de ce projet de loi » au ministre Daoust.

« Enfin, enfin, un projet de loi pour les taxis. Enfin, on a une réponse à nos demandes, [...] après deux ans de travaux, après deux ministres, après huit mois qu'on nous a promis un projet de loi, enfin, on un projet de loi qui a été déposé », a-t-elle commenté.

Mme Ouellet n'a pas voulu se prononcer sur l'avenir d'Uber. « Il y a des nouveaux joueurs qui sont entrés dans l'industrie du taxi encore tout dernièrement et qui ont respecté la loi », a-t-elle souligné. « Donc ce sera la décision de la compagnie Uber de décider s'il elle veut respecter ou non les lois du Québec. »

Le gouvernement devra maintenant s'assurer de faire respecter sa loi. « Avec l'ajout dans la loi de la suspension des permis de conduire, avec l'augmentation des amendes, je pense que ça va aider », a-t-elle commenté.

La CAQ décrie un projet de loi « anti-innovation »

La Coalition avenir Québec (CAQ), par la voix de François Bonnardel, critique le projet de loi 100 en affirmant qu'il est « anti-innovation » et qu'il donne l'impression d'avoir été conçu il y a 40 ans.

Les technologies de demain et l'économie de partage ne sont pas prises en compte par le ministre Daoust, affirme le député de Granby. « Demain, c'est la voiture autonome Google, c'est le covoiturage Facebook, et quoi d'autre? », dit-il.

Au lieu d'imposer un régime unique auquel doit se plier Uber, faute de quoi il devra partir, le gouvernement devrait mieux l'encadrer et offrir aux consommateurs le pouvoir de choisir, dit la CAQ.

François Bonnardel souligne qu'Ottawa, Edmonton et, aux États-Unis, le Nevada, ont choisi au contraire d'accorder des permis à Uber. « Je suis persuadé qu'on peut trouver un moyen de s'entendre avec Uber », plaide-t-il.

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