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L'innocence de Louis Riel de nouveau débattue

Des Métis du Manitoba demandent à Ottawa d'innocenter le chef métis Louis Riel une fois pour toutes et estiment que 2017, 150e anniversaire de la Confédération, serait l'année idéale. Toutefois, 132 ans après la mort de Louis Riel, l'idée que le gouvernement fédéral puisse l'innocenter divise même la nation métisse.

En mai 2016, la Société franco-manitobaine (SFM), de concert avec l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM), la Société historique de Saint-Boniface et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, a remis une lettre à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour demander à son gouvernement d'innocenter Louis Riel, lequel ne s'est toutefois pas encore engagé à blanchir le chef métis.

Une discussion en table ronde au sujet de l'innocence de Louis Riel a été diffusée mardi soir à ICI Radio-Canada Première et sur la page web d’ICI Radio-Canada.

« Ça fait trop longtemps que ça dure. […] Il est temps que Louis Riel soit reconnu à sa juste valeur d’homme politique qui a fait en sorte que le Canada a maintenant des idées d’accueil, d’inclusion et de diversité, explique l’historienne et présidente de la SFM, Jacqueline Blay. Riel aurait pu tout fermer les portes et dire, “non, on garde ça juste pour nous”. Il ne l’a pas fait et il a donné une image, un avant-goût de ce que le Canada aurait dû être. »

Nous avons mis un fardeau de honte sur le peuple métis qui ne devrait plus être là. […] Qui veut se revendiquer d’un chef traître et fou?

Jacqueline Blay, présidente de la SFM

Toutefois, certains groupes métis, dont la Fédération métisse du Manitoba (FMM), souhaiteraient plutôt laisser la mort de Louis Riel sur la conscience du gouvernement canadien.

« Notre position [celle de la FMM], [c’est que] Louis Riel a toujours été innocent à nos yeux. Nous ne voulons pas le déshonorer, et nous ne voulons pas qu’on innocente Louis Riel, parce que cela revient à soulager le Canada. […] Nous voulons simplement continuer son travail », explique Mona Buors, ministre associée de la FMM.

[La mort de Louis Riel], c’était un assassinat légal.

Mona Buors, ministre associée, FMM

Mme Buors souligne qu'innocenter Louis Riel serait une tentative pour le Canada d’échapper au jugement de l’histoire et de participer au révisionnisme historique.

« On ne veut pas réécrire l’histoire, on veut écrire la juste histoire », rétorque Georges Beaudry, ex-conseiller de l'Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba. « Mettons un point à cette histoire. »

Un symbole vide ?

La Saskatchewannaise franco-métisse Christine Freethy, députée de Battleford de l'Assemblée communautaire fransaskoise, ne voit pas l’importance du projet d'innocenter Louis Riel.

Cette question d’innocenter ne touche vraiment pas les Métis d’aujourd’hui, nos vies, nos besoins de protéger notre culture et notre langue, tous nos besoins économiques.

Christine Freethy

« Si c’est un geste ou un symbole vide, ça nous donne quoi ? » poursuit-elle, soulignant qu’il faut aller plus loin et poser des gestes plus concrets pour préserver la culture métisse.

Mme Freethy remet par ailleurs en question l’autorité des Francos-Métis de parler au nom de tous les Métis. « Franchement, les francophones, c’est vraiment la mode d’embarquer dans tout ce qui est Métis. Je ne suis pas convaincue que [l’identité métisse] leur appartient autant qu’ils ne le pensent », déclare la travailleuse sociale dont les ancêtres ont participé à la Bataille de Batoche.

« C’est qu’aujourd’hui, c’est à la mode, c’est un peu romantique. Mais il faut que [les francophones] évitent de prendre trop de place au soleil [en revendiquant les droits linguistiques pour francophones, éclipsant ainsi les droits des Métis parlant d’autres idiomes] », conclut-elle.

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