Personne n'est éternel, disait le président français Emmanuel Macron en visite au Québec pour le Sommet du G7. Kathleen Wynne, dont le parti a été soufflé comme un château de cartes en Ontario, peut en témoigner. Mais le vent de changement qui a balayé l'Ontario traversera-t-il la frontière du Québec?

Une analyse d’Alex Boissonneault, correspondant à l’Assemblée nationale

Les élections ontariennes peuvent servir de leçon au gouvernement de Philippe Couillard. En plus d’être des alliés, voire de bons amis, les premiers ministres de l’Ontario et du Québec ont plusieurs points communs.

À commencer par ce fardeau que portent tous les partis qui ont passé 15 ans au pouvoir : le passé. Le goût du neuf n’échappe pas aux électeurs, et c’est un argument contre lequel les libéraux ne peuvent pas grand-chose a priori.

Comme Kathleen Wynne, Philippe Couillard fait ce qu’il peut pour chasser ce nuage noir qu’est l’image d’un parti usé par le pouvoir. L’intermède du gouvernement Marois ne pèse pas lourd dans la tête de ceux pour qui le Parti libéral du Québec (PLQ) incarne le statu quo.

Pour se délester de cette chape de plomb, le premier ministre pourrait faire valoir que son gouvernement n’a duré qu’un mandat. Hélas! Mme Wynne était dans la même situation et on connaît le résultat.

L’économie en renfort

Mais pour Philippe Couillard, le parallèle avec l’Ontario s’arrête là. « Toute la différence est dans notre bilan économique : il est bon, et les électeurs le savent », a soutenu le premier ministre.

Sous Kathleen Wynne, l’Ontario a toujours affiché de meilleurs résultats que la moyenne canadienne au chapitre de la croissance et de l'emploi, mais la première ministre a traîné ses finances comme un boulet tout au long de son mandat.

Taraudé par le déficit, le gouvernement Wynne subissait la décote des agences de notation, pendant que les contribuables, toujours aussi taxés, voyaient le prix de leur électricité monter en flèche.

Le tableau est fort différent au Québec, dont la cote de crédit a dépassé pour la première fois celle de l’Ontario. On constate d’ailleurs que jamais le PLQ ne s’est retrouvé dans une position aussi précaire que le Parti libéral de l'Ontario (PLO) dans les intentions de vote.

De Doug Ford à François Legault

Et il y a évidemment la comparaison, dont les observateurs ne se privent pas, entre les progressistes-conservateurs ontariens et les caquistes. François Legault est-il Doug Ford? Doug Ford est-il Donald Trump? Non et non.

Vrai, ce sont trois hommes d’affaires, qui aiment bien jouer la carte du pragmatisme contre les « vieux partis ». Ils ont ça en commun. Ils ont aussi le langage, souvent plus « populaire », ce qui ne veut pas dire populiste, un raccourci que plusieurs n’hésitent pas à prendre.

Mais en ce qui concerne leur programme, s’ils promettent tous de « faire le ménage », Trump et Ford s’affichent clairement à droite, alors que le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), lui, se rapproche du centre aussi rapidement que les élections.

Aujourd’hui, François Legault se dit à la fois « fier du filet social canadien » et décidé à réduire le fardeau fiscal des Québécois.

Clivage électoral

La composition de l’électorat québécois est aussi fort différente de celle de l'électorat ontarien. Même s’il s’agissait d’une déferlante, une vague caquiste, comme une hypothétique vague péquiste, finirait toujours par se heurter aux rochers du vote montréalais.

Le Parti libéral de Philippe Couillard, en dépit de toutes les avances que pourrait faire la CAQ aux communautés anglophones et allophones, a déjà gagné au moins 20 comtés avant même le début de la campagne électorale. Il faudrait un sacré coup de tonnerre pour que ses forteresses dans l’ouest de l’île de Montréal et dans l’Outaouais soient en danger.

Entre-temps, le vote des Québécois francophones reste aussi divisé que celui des non-francophones est uni. La CAQ, le Parti québécois, Québec solidaire et même les autres, verts, conservateurs, NPD-Québec, qui viennent grappiller des appuis ici et là; tous se battent essentiellement pour le même territoire.

En somme, le Parti libéral de Philippe Couillard n’est pas un tigre en papier, et on peut déjà prédire que le vent de changement, s’il souffle au Québec, ne sera pas un ouragan. Il n’empêche qu’il pourrait être assez fort pour devoir s’exprimer d’une façon ou d’une autre. Et là, tous les paris sont ouverts.

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