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L'opposition prend forme à l'Hôtel de Ville de Saint-Jérôme

L'opposition s'organise dans la capitale des Laurentides, où d'anciens alliés du maire Stéphane Maher souhaitent fonder un nouveau parti. Une demande pour réserver le nom « Démocratie Saint-Jérôme » a été déposée auprès du Directeur général des élections du Québec (DGEQ).

Un texte de Jérôme Labbé

La demande a été acceptée par le DGEQ le 13 juin dernier. Le nom « Démocratie Saint-Jérôme » sera donc réservé pour six mois, le temps pour ses instigateurs de franchir les étapes nécessaires à la création d'une véritable formation politique. Comme Saint-Jérôme ne compte pas 100 000 habitants, seules 50 signatures seront nécessaires.

La réservation a été effectuée par Pierre Jobin, un ancien organisateur politique de Vision Saint-Jérôme, le parti du maire Maher. À ses côtés, un noyau dur : la conseillère du district 12, Nathalie Lasalle, ainsi que les ex-conseillers Mario Fauteux, André Marion et Michel Gagnon. Leur point commun : ils ont tous travaillé ces dernières années avec Stéphane Maher, au pouvoir depuis 2013 à l'Hôtel de Ville de Saint-Jérôme.

Réélu sans opposition en novembre 2017, M. Maher a vu son équipe remporter la totalité des sièges de conseillers aux dernières élections, soit 12.

Or, deux élues ont quitté le navire depuis : d'abord Nathalie Lasalle, le 8 mars, puis Johanne Dicaire, le 1er juin.

Les deux femmes reprochent au maire Maher son style directif, sans compromis. « On pouvait discuter, mais tout était déjà décidé », se rappelle Mme Lasalle. « Pour moi, ce n'est pas ça, la démocratie. C'est un choc d'idées. On ne peut pas être d'accord avec tout le monde, mais on a le droit de s'exprimer. »

Mmes Lasalle et Dicaire se disent aussi mal à l'aise avec le fait que les candidatures de MM. Fauteux et Marion, qui souhaitaient se représenter pour Vision Saint-Jérôme en 2017, aient été écartées par le maire Maher peu de temps avant la fin de la période de mises en candidature.

Le maire dit avoir agi de la sorte pour atteindre la parité hommes-femmes parmi ses candidats, mais les deux ex-conseillers n'en croient rien. Ils ont déposé une plainte au DGEQ, qui a ouvert une enquête. Les résultats de cette investigation ne sont pas encore connus.

La création d'un parti d'opposition à Saint-Jérôme repose toutefois sur beaucoup plus qu'un simple sentiment de revanche, plaide Mario Faureux.

« Les points que nous avons surtout en commun, c'est au niveau du fonctionnement du conseil de ville, explique-t-il. Ce n'est pas pour rien que ça s'appelle Démocratie Saint-Jérôme! On veut notamment rétablir, une fois élus, la rotation au poste de pro-maire [maire suppléant], et la rotation auprès des membres de l'exécutif. »

L'ex-conseiller critique aussi le déroulement des conseils municipaux, qui ne sont pas webdiffusés. Sans compter que « la période des questions est maintenant manipulée par le chef du parti », dénonce-t-il. « Il faut s'inscrire à l'avance et il faut donner les questions à l'avance, ce qui fait que le maire peut choisir qui il veut entendre. »

Démocratie Saint-Jérôme prônera un changement de culture démocratique à l'Hôtel de Ville, promet M. Fauteux, en plus de faire la promotion des espaces verts et de l'environnement. Mais pas question de dicter une idéologie à ses membres.

« On ne veut pas nécessairement faire une ligne directrice... et surtout pas avoir une structure comme Vision Saint-Jérôme! », peste-t-il.

Déjà présents sur les réseaux sociaux

Démocratie Saint-Jérôme existe déjà depuis huit mois sur Facebook. Si le groupe ne comprend pour l'instant que 18 membres, plusieurs d'entre eux sont des figures connues de la scène politique municipale.

Le député péquiste de Saint-Jérôme, Marc Bourcier, en fait notamment partie. Celui qui a remplacé Pierre-Karl Péladeau à l'issue d'une élection partielle, en décembre 2016, était auparavant membre de l'équipe du maire Maher. Or, ce dernier s'est affiché aux côtés du chef caquiste François Legault et de son candidat Bruno Laroche une semaine avant le scrutin – un geste que M. Maher a qualifié de « malhabile » par la suite.

Joint par Radio-Canada, M. Bourcier n'a pas voulu commenter la création d'un nouveau parti sur la scène politique jérômienne, invoquant entre autres l'enquête en cours par le DGEQ. « Je fais partie des amis Facebook de cette page, mais ce n’était pas un parti politique à l’époque, a-t-il précisé. Je n’ai d’ailleurs jamais écrit de commentaires sur cette page. »

Outre M. Bourcier, on retrouve aussi dans le groupe Facebook de Démocratie Saint-Jérôme les anciens candidats à la mairie Martin Pigeon et Alain Langlois, de même que Colette Thibault et Michael Njong, candidats malheureux aux postes de conseillers des districts 2 et 11 en 2017.

Johanne Dicaire, de son côté, restera pour le moment indépendante, a-t-elle confirmé à Radio-Canada mercredi. « Mes positions pour les élections prochaines ne sont pas fixées encore », a-t-elle statué.

« Là, sur Facebook, faire des échanges avec les membres de Démocratie Saint-Jérôme, ça me convient tout à fait », ajoute Mme Dicaire. Mais « à partir du moment où ça devient un vrai parti, je ne sais pas ce que je ferai ».

La conseillère entend terminer le mandat que ses électeurs lui ont confié en novembre dernier. Mais ensuite? « Je retournerai peut-être comme élue, je retournerai peut-être pour le poste de mairesse, on ne le sait pas, je ne connais pas l'avenir actuellement, répond-elle. Je prends du recul. »

« Nous ne pouvons qu’accueillir avec ouverture toutes [les] personnes qui souhaitent s’impliquer en politique municipale, a réagi le maire Maher dans une déclaration transmise à Radio-Canada. La présence de plusieurs partis politiques est la norme des villes de la taille de Saint-Jérôme. Nous espérons qu’ils sauront s’inscrire dans un débat d’idées au profit de tous les citoyens. »

La prochaine séance ordinaire du conseil municipal aura lieu le mardi 10 juillet à 19 h, après quoi les élus pourront profiter d'un congé estival de sept semaines avant la réunion suivante, le 28 août. Le temps pour eux de prendre le pouls de leurs électeurs et de peaufiner leur stratégie en vue de la rentrée automnale, qui coïncidera avec la prochaine élection provinciale.

Si Démocratie Saint-Jérôme voit le jour, il deviendra le troisième parti politique officiel de Saint-Jérôme. L'autre formation, l'Union des citoyens – Équipe Charette, semble toutefois inactive. Fondée quelques mois avant les élections de 2013, elle n'a présenté aucun candidat lors du scrutin de novembre dernier.

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