Beau projet que celui de la Caisse de dépôt. Et ça fait si longtemps qu'on n'a pas investi pour vrai en transport en commun que nos politiciens l'ont accepté comme un cadeau tombé du ciel. Un cadeau qui ne se refuse pas, quitte à abdiquer leur responsabilité d'élus dans un dossier stratégique comme celui du transport dans le Grand Montréal. Mais il y a encore beaucoup d'autres questions qu'ils devraient se poser avant d'embarquer avec autant d'enthousiasme dans le train électrique de la Caisse.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Le financement, tout d'abord. Au début, la Caisse de dépôt devait réaliser le SLR sur le pont Champlain et la desserte ferroviaire de l'aéroport Trudeau avec ses propres fonds. Soudain, on a un mégaprojet qui exigera des contributions - la Caisse préfère parler « d'investissements » - de 2,4 milliards de dollars d'Ottawa et de Québec, soit presque la moitié du coût estimé à 5,5 milliards de dollars.

Une fois ce financement donné au projet de la Caisse, que restera-t-il pour des projets dans des régions moins bien desservies et qui attendent depuis bien plus longtemps comme l'Est de Montréal? Et pour le reste du Québec? On n'a pas eu de réponses là-dessus et c'est sans doute la question la plus inquiétante dans ce projet, puisqu'un investissement comme celui-là n'arrive qu'une fois tous les demi-siècles.

Ensuite, il y a le déficit démocratique. Michael Sabia a sans nul doute de grandes qualités comme dirigeant de la Caisse. Mais il n'a pas été élu et personne ne lui a demandé de repenser les transports en commun à Montréal pour le prochain siècle. Il n'a certainement pas le mandat de se substituer aux gouvernements pour planifier les transports de la grande région de Montréal. Parce qu'il ne faut pas se tromper : c'est inévitablement ce que ferait le projet de la Caisse.

Les objectifs de la Caisse sont faciles à voir et ils entrent tout à fait dans son mandat de faire fructifier le « bas de laine » des Québécois.

Pour un organisme comme la Caisse, il n'y a plus autant d'argent à faire en bourse ou sur les marchés financiers. Par contre, le secteur des infrastructures est très prometteur. Surtout quand on pourrait être, comme la Caisse, non seulement un investisseur, mais aussi un opérateur. D'où sa nouvelle filiale Caisse infra.

Une vitrine pour Caisse infra

Ce que la Caisse propose pour Montréal, ce n'est pas seulement de nouvelles lignes de trains électrifiés. C'est surtout une vitrine pour son propre savoir-faire. Un réseau que l'on montrera aux investisseurs étrangers pour prouver l'expertise de Caisse infra. Surtout si on réussit l'exploit de faire rouler tout ça d'ici 2020, prouvant qu'on peut agir vite et bien quand on lui confie un projet.

Il ne faut donc pas se surprendre que la Caisse ait mis toutes les chances de son côté : elle propose un réseau qui se trouvera essentiellement dans des quartiers où les revenus des familles sont les plus élevés. Ceux, aussi, où il y a plus de chances que des fonds privés puissent être trouvés rapidement pour qu'il y ait des pôles de développement qui s'installent le long de ses lignes de train.

Pour la Caisse, c'est sans doute l'investissement le plus rentable en transport qui soit disponible sur le territoire québécois. Mais, même si c'est un projet alléchant, il n'appartient pas à la Caisse de déterminer le développement futur des grands axes de transport collectif. Ces objectifs ne peuvent être déterminés en fonction de la seule rentabilité financière. Vu sous cet angle, il reste donc plein de questions en suspens pour nos élus.

Par exemple : le tracé proposé par la Caisse respecte-t-il les priorités déjà établies par les gouvernements? Va-t-on favoriser ou réduire l'étalement urbain? Va-t-on encourager les Montréalais à aller faire leurs achats au quartier Dix30 ou amener les banlieusards sur la rue Sainte-Catherine? Quel sera l'effet réel sur la circulation et la congestion à Montréal? D'autres tracés auraient-ils été plus efficaces? Et on pourrait ainsi continuer la liste des interrogations...

La Caisse n'a pas de telles questions à se poser, tout simplement parce que ce n'était pas à elle de le faire. Mais il importe maintenant que nos élus prennent le temps requis pour poser ces questions et y répondre en tenant compte du bien de la collectivité en général.

La tentation est forte de voir le beau projet de la Caisse comme un cadeau. Mais avant de dire oui sans se poser de questions, les élus doivent s'assurer qu'on ne va pas hypothéquer, et pour longtemps, l'avenir de tous les autres projets de transport dans la grande région de Montréal.

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