« On commence avec Matty Matheson de Vice Media », lance Anna Tomala, qui dirige la période de questions dans les points de presse du premier ministre sortant Stephen Harper.

Un texte de Daniel Thibeault

Celui qui est davantage connu pour sa contribution au site Munchies de Vice, consacré à la cuisine et à l'alimentation, s'avance vers le micro. Dans sa main couverte de tatouages, il tient un bout de papier sur lequel est écrite sa question.

Les utilisateurs de Vice, lance-t-il, veulent savoir si Stephen Harper s'engage à déclencher une enquête publique sur les meurtres et disparitions de femmes autochtones. Stephen Harper répond sans répondre, en soulignant le travail qui est déjà fait, le nombre de cas qui ont été résolus, tout le travail des policiers.

« J'ai été surpris qu'on puisse poser une question », dira plus tard Patrick McGuire, le responsable du contenu chez Vice Canada, « mais je n'ai pas été surpris par la réponse ».

L'équipe de Vice Media : Matty Matheson (à gauche) et Patrick McGuire (à droite) entourent leur caméraman Chris Wardle. Photo : Radio-Canada/Daniel Thibeault

C'est la première campagne électorale où Vice y va d'une couverture sérieuse. Avec l'aide des internautes, l'équipe éditoriale a ciblé cinq sujets dont elle veut parler : le sort des femmes autochtones, la cybersécurité, la marijuana, l'environnement, et les droits des transgenres, des homosexuels et des lesbiennes.

Chaque chef a été invité à venir discuter de ces thèmes, lors d'un forum de citoyens organisé par Vice. Le libéral Justin Trudeau s'est prêté au jeu lundi soir, le néo-démocrate Thomas Mulcair semble ouvert à l'idée, mais l'entourage de Stephen Harper n'avait clairement pas l'intention d'accepter l'invitation.

« Nous avons réalisé que la seule façon d'avoir accès à cette campagne, nous a expliqué Patrick McGuire, était de payer. » Vice a acheté une journée sur la tournée nationale. À 3000 $ par personne par jour, cela leur a coûté 9000 $. Ce sera leur seule visite de la campagne.

« Ça ne ferait aucun sens pour nous d'avoir quelqu'un ici tous les jours, dit Patrick McGuire, surtout quand on voit comment ça fonctionne. » Il déplore le peu d'accès laissé aux journalistes, la limite de cinq questions par point de presse, le fait qu'on ne voit même pas M. Harper se déplacer à bord de l'avion.

Photo : Radio-Canada/Daniel Thibeault

C'est là-dessus que portera le documentaire d'une douzaine de minutes que Vice espère produire à la fin de son passage. Un regard d'arrière-scène, et le point de vue de militants, de manifestants et de journalistes qui suivent la tournée.

Patrick McGuire croit qu'en refusant de se prêter au jeu des nouveaux médias comme le sien, le chef conservateur se prive d'un auditoire plus jeune, intéressé à la chose politique.

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