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La campagne électorale officieuse est bel et bien commencée

La première ministre tentera de reprendre le contrôle de l'agenda médiatique et de porter ombrage aux conservateurs qui sont sous les projecteurs depuis des semaines avec son discours du trône de lundi à Queen's Park.

Une analyse de Claudine Brulé et Julie-Anne Lamoureux

Kathleen Wynne a pris tout le monde par surprise en annonçant par voie de communiqué la prorogation de la session législative pour prononcer un nouveau discours du trône. À deux mois du déclenchement de la campagne électorale.

L'annonce est symbolique puisque les députés ne siègent pas en cette semaine de relâche. Ils perdront la période de questions de lundi matin, tout au plus. Mais ils devront tout de même soumettre à nouveau tous les projets de loi qui n'ont pas été adoptés puisqu'ils meurent automatiquement au feuilleton avec la prorogation.

Ce qui signifie du travail à refaire pour plusieurs projets de loi. Et cela un contexte où les tensions politiques sont bien présentes.

Déjà, il était difficile de faire avancer des motions, des projets de loi, il reste désormais plus que six semaines, au plus sept, avant le déclenchement de la campagne électorale, prévue pour la semaine du 7 mai.

Il n'y a donc pas de grandes avancées à prévoir d'ici les élections.

Du mode passif au mode actif

Les libéraux ont bien vu durant les dernières semaines que les conservateurs ont occupé tout l'espace médiatique ou à peu près, avec leur course aux nombreux rebondissements.

Les libéraux se sont retirés et ont tenté de travailler en coulisses et sur le terrain. Ils avaient beau dire que c'était de la publicité négative pour les conservateurs et que les Ontariens n'adhèrent pas aux valeurs conservatrices, ils veulent maintenant marquer le coup et tenter de contrôler les discussions.

La preuve? La première ministre a été plutôt discrète publiquement ces derniers temps. Cette semaine, elle a orchestré des événements et des annonces tous les jours. Elle s'est rendue disponible pour répondre aux questions des journalistes. C'est un rythme de campagne électorale. Pas un rythme habituel.

Un discours électoral

La première ministre utilise donc les outils législatifs à sa disposition pour reprendre ou tenter de reprendre le contrôle.

Kathleen Wynne aura beaucoup de visibilité avec ce discours du trône lundi. La première ministre veut parler d'elle et de son gouvernement, et non pas uniquement pour parler des sondages qui la placent maintenant troisième derrière les conservateurs et le NPD.

Elle veut mettre de l'avant des mesures qui seront présentées dans le budget du 28 mars. Des mesures qui, dira-t-elle, seront annulées si les libéraux ne sont pas réélus. Des mesures qui se retrouveront certainement dans son programme électoral également.

L'effet Doug Ford

La subite course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, pleine de rebondissements, a eu beaucoup de visibilité. Même depuis son élection à titre de chef samedi dernier, Doug Ford continue de faire la manchette. « Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en », dit l'adage.

Ça fonctionne en ce moment pour les conservateurs qui semblent avoir un certain élan depuis la victoire de Doug Ford.

Depuis la fin de semaine, Kathleen Wynne tente de démontrer les différences entre son gouvernement et les engagements des progressistes-conservateurs. On peut s'attendre à ce que le discours du trône en fasse autant, peut-être de façon plus subtile.

Mais Kathleen Wynne joue avec le feu : déjà sur Twitter, certains se demandent si elle n'utilise pas les outils gouvernementaux pour faire valoir en fait le programme libéral.

Ses adversaires, en tout cas, sont déjà prêts à le déplorer.

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