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La centralisation de la lutte contre le crime organisé suscite des inquiétudes en région

Des craintes circulent dans les milieux policiers et judiciaires selon lesquelles les plus récents changements de structure dans la lutte contre le crime organisé faciliteront le retour en force des Hells Angels et autres groupes de motards dans les régions du Québec.

Comme l'a montré le reportage d'Enquête diffusé jeudi soir, les défis sont grands pour les policiers et les procureurs, maintenant que le crime organisé intègre l'économie légale - grâce à des commerces de vapotage ou de vêtements, par exemple - et qu'il recommence à mettre sur pied de nombreux clubs-écoles.

Or, plusieurs sources consultées par Radio-Canada sont d'avis que l'abolition du Bureau de lutte au crime organisé (BLACO), en 2015, a dilué l'expertise de la Couronne.

Elles jugent en outre que cette réorganisation, qui a fait en sorte de centraliser les activités de lutte contre le crime organisé à Montréal, a nui à des régions comme l'Outaouais, l'Estrie, la Mauricie, Québec et le Saguenay, qui disposaient jusqu'à l'an dernier d'antennes régionales du BLACO.

Depuis, les procureurs dans ces régions ont été réintégrés aux bureaux locaux de la Couronne; ils n'ont plus l'adjoint qu'ils avaient auparavant ni le budget qui leur était alloué spécialement pour lutter contre le crime organisé.

« À l'époque, les procureurs en région ne travaillaient que sur les dossiers qui leur étaient soumis pour autorisation et sur les procès qu'ils devaient faire dans le cadre des activités de ce bureau spécialisé là », se rappelle Marie-Hélène Giroux, une ancienne procureure de la Couronne de Trois-Rivières, qui travaille aujourd'hui du côté de la défense.

« On espère que [...], le gouvernement est toujours conscient de l'importance d'avoir des effectifs tant au niveau des procureurs qu'au niveau du personnel de soutien et des ressources financières », ajoute-t-elle.

La Sûreté du Québec s'en ressent aussi, selon l'officier à la retraite Sylvain Tremblay, même si les escouades régionales mixtes sont restées les mêmes.

« C'est certain que d'avoir tout centralisé au niveau de Montréal, c'est beaucoup plus difficile, juge-t-il. Avant, on avait des procureurs partout en région qui nous assistaient dans nos dossiers, [alors qu'aujourd'hui] le sentiment d'appartenance dans ces enquêtes-là n'est plus le même. »

M. Tremblay croit que la réorganisation de la lutte contre le crime organisé a été ordonnée par Québec pour des raisons financières. Il espère seulement que ces changements n'auront pas trop de conséquences sur le terrain.

Avec les informations de Maude Montembeault

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