Les bonis versés aux membres de la haute direction de Bombardier continuent de susciter un tollé, tant chez les politiciens que chez les citoyens. Les partis d'opposition à Québec ont condamné la décision de l'entreprise, tandis qu'environ 500 personnes ont manifesté devant son siège social.

Le mécontentement à l'égard de Bombardier s'est fait ressentir dans les rues de Montréal dimanche, alors que des centaines de personnes se sont donné rendez-vous devant le siège social de l'entreprise situé dans le centre-ville de la métropole.

Certains militants ont déploré la réaction « molle » du gouvernement Couillard, qui a critiqué l'augmentation de salaire consentie aux dirigeants de Bombardier, sans toutefois remettre en question l'aide octroyée à l'entreprise pour le développement des appareils C Series.

« L'année passée, l'entreprise a demandé à ses employés de bureau de couper leur salaire, de couper dans leurs avantages sociaux pour aider la compagnie à survivre dans des temps difficiles, et eux [les dirigeants] se votent une augmentation de salaire? Ce n'est pas correct », a lâché Jacques Genest, un citoyen mécontent.

Jean-Marc Fournier, le leader parlementaire au gouvernement du Québec, s'est rendu sur place pour montrer aux citoyens que le gouvernement « entend bien la voix des Québécois ».

« Je ne suis pas venu ici pour rien. Les Québécois font entendre leur voix et le gouvernement est avec les Québécois. Bien sûr, c’est une entreprise privée, mais c’est une entreprise privée qui, lorsqu’elle a eu besoin d’aide, a reçu [celle] des Québécois », a-t-il rappelé.

Forte présence des partis d'opposition

En plus de Jean-Marc Fournier, des représentants du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire ont également pris part à la manifestation.

La cause a par ailleurs permis de former des alliances improbables; le chroniqueur de droite Éric Duhaime, ainsi que la députée du parti de gauche Québec solidaire, Manon Massé, ont pris la parole pour dénoncer Bombardier.

Le député Simon Jolin-Barrette, de la Coalition avenir Québec, s'est dit choqué par les hausses salariales octroyées aux hauts dirigeants et aux membres du conseil d’administration de Bombardier. Au lieu de préserver les emplois, les sommes accordées par Québec servent à voter des augmentations salariales complètement indécentes, dit-il.

Le député de Borduas estime par ailleurs que l’entente signée par Québec n’est pas bonne. « Bombardier doit rendre des comptes aux Québécois », dit-il.

Appelé à commenter cette affaire lors d'un événement de presse qui avait lieu ce matin, le maire de Montréal Denis Coderre a condamné les bonis aux membres de la haute direction de Bombardier.

« Inacceptable. Pierre Beaudoin a fait la bonne chose. C'est plus qu'un malaise, ils [les administrateurs et les hauts dirigeants] doivent reconsidérer tout simplement, dit-il. Le mot du jour est "gardez-vous une petite gêne". »

L'opposition exige une intervention gouvernementale

Le porte-parole du Parti québécois en matière de transports, Alain Therrien, affirme que le gouvernement du Québec a la responsabilité de protéger l’argent qui lui a été confié par les Québécois.

« Si j’étais Philippe Couillard, je donnerais un rendez-vous au PDG [Alain Bellemare] et on se parlerait dans le blanc des yeux. Si le PDG continue dans cette direction et que Bombardier a encore besoin des gouvernements, que pensez-vous que ce dernier dira à Bombardier? Ce sera terminé. »

Samedi soir, le leader parlementaire de l’opposition officielle et député péquiste, Pascal Bérubé, a annoncé que le PQ déposerait une motion mardi à l’Assemblée nationale. Elle demandera à Philippe Couillard de forcer les hauts dirigeants de Bombardier à renoncer à l’augmentation de leur rémunération en 2016.

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, appuiera la motion, mais souhaite qu’elle aille plus loin afin qu’une telle situation ne se reproduise pas ailleurs.

En entrevue à Radio-Canada, il a affirmé qu’il voyait mal comment un gouvernement aurait pu négocier une entente plus complaisante que l’investissement de 1,3 milliard de dollars de Québec dans l’avion C Series.

Le milieu syndical s’indigne

Le coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes, David Chartrand, trouve indécent que l’entreprise accorde des augmentations de salaire faramineuses à ses hauts dirigeants, au moment où elle élimine 14 000 emplois, et que les gouvernements fédéral et provincial ont injecté des centaines de millions de dollars dans Bombardier.

Le directeur québécois d'Unifor, Renaud Gagné, est du même avis.

Les deux syndicalistes soulignent toutefois qu'« un pas dans la bonne direction » a été fait lorsque le président du conseil d'administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, a annoncé vendredi soir qu'il renonçait à sa hausse salariale.

Cinq autres dirigeants, dont le président et chef de la direction, Alain Bellemare, verront leur rémunération augmenter. Ils n'ont fait aucun commentaire public sur leurs intentions, à savoir s'ils entendent imiter Pierre Beaudoin, qui a renoncé à sa prime.

Impact sur l'image de Bombardier

Commentant la crise chez Bombardier, Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM, estime qu’elle se transporte sur le terrain politique.

« Il y a eu une pétition de Québec solidaire. Le Parti québécois n’a pas voulu se laisser dépasser sur sa gauche, analyse-t-il. On voit que la décision crée un tollé. La pression n’est pas tant sur Bombardier que sur le gouvernement. Pour Bombardier, ce n’est pas une si grosse crise que cela, parce qu’elle ne vend pas de produits au public. Notons tout de même que l’entreprise a chuté de 24 rangs en 2016 au classement sur la réputation de Les Affaires. »

Marie-Claude Ducas, journaliste spécialisée en médias du Living Lab de Montréal, se montre sévère à l’endroit des responsables des communications de l’avionneur.

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