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La crise des migrants en Europe, de drame à enjeu électoral

La crise des migrants qui déchire l'Europe depuis des mois s'est invitée dans la campagne électorale au Canada, mercredi. Si tous les chefs de parti assurent qu'ils en feraient davantage pour venir en aide à ces gens en quête d'une vie meilleure, le chef conservateur Stephen Harper prévient qu'il y a une limite à ce que le Canada peut faire sans s'attaquer au groupe armé État islamique.

« Nous avons déjà accepté de réinstaller 20 000 réfugiés irakiens et quelques milliers de réfugiés syriens et nous prévoyons en faire plus », a affirmé M. Harper lorsqu'un journaliste lui a demandé si le Canada a la responsabilité morale d'en faire davantage, lors d'un point de presse tenu à North Bay. « Mais, vous savez, [...] bien que nous en faisons davantage, nous ne pouvons pas perdre de vue que la réinstallation des réfugiés ne peut à elle seule résoudre ce problème, nulle part au monde », a-t-il ajouté.

« Il n'y aura pas de solution aussi longtemps qu'il y a des organisations comme le soi-disant État islamique, qui crée littéralement des millions de réfugiés et menace de massacrer des gens partout dans le monde. Nous devons avoir une position militaire ferme face à l'État islamique, et c'est ce que nous faisons », a-t-il ajouté.

Selon M. Harper, le Canada est déjà, en proportion de sa population, le pays qui accueille le plus d'immigrants au monde, et est dans le peloton de tête de ceux qui accueillent le plus de réfugiés et qui versent le plus d'aide humanitaire dans le monde.

En janvier 2015, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada, Chris Alexander, s'est engagé à accueillir 10 000 réfugiés syriens supplémentaires d'ici trois ans et 3000 réfugiés irakiens de plus d'ici la fin de l'année 2015. Au début de la campagne électorale, M. Harper s'est engagé à accepter 10 000 réfugiés d'Irak et de Syrie de plus dans un prochain mandat.

Le Canada doit faire plus, disent MM. Mulcair et Trudeau

Pour le chef du Nouveau Parti démocratique, le gouvernement Harper n'en a cependant pas fait assez dans le cadre de ce qu'il qualifie de « pire crise humanitaire depuis la Deuxième Guerre mondiale ».

« M. Harper n'a pas fait sa part. Le Canada n'a pas fait sa part, à cause des conservateurs. Un gouvernement du NPD s'assurerait qu'on joue un rôle important pour [obtenir] un résultat correct dans cette crise-là », a-t-il déclaré depuis Kamloops, où il faisait campagne en matinée.

M. Mulcair soutient que le nombre de réfugiés que le ministre Alexander s'est originalement engagé à accueillir était « assez bas », et qu'il ne sait s'il faut prendre au sérieux cette annonce concernant 10 000 réfugiés supplémentaires faite par M. Harper le mois dernier.

M. Mulcair n'a cependant donné aucun détail sur ce qu'il ferait advenant qu'il soit appelé à diriger le gouvernement.

Interrogé à ce sujet jeudi dernier, il ne s'était d'ailleurs pas davantage commis. « On a des obligations internationales, on a des obligations humanitaires, et un gouvernement du NPD serait là droit devant pour assumer notre rôle principal à l'international là-dessus », avait-il déclaré à Toronto.

Le chef libéral Justin Trudeau a pour sa part rappelé, lors d'un point de presse donné à Trois-Rivières mercredi matin, que son parti préconisait l'accueil de 25 000 réfugiés le printemps dernier, au moment où le gouvernement ne s'était engagé qu'à en accueillir 10 000.

« Malheureusement, le gouvernement conservateur, malgré ses promesses, n'a jamais respecté ses maigres engagements en matière d'accueil des réfugiés en provenance de Syrie ou d'ailleurs », a-t-il fait valoir.

Le Canada, a-t-il plaidé, « doit en faire plus pour aider les gens qui sont dans des camps et qui s'inquiètent de certaines choses, qui fuient pour protéger leur vie et qui vivent dans des conditions horribles ».

« À l'évidence, le Canada doit être aux côtés de ses amis. Nous devons offrir le soutien que nous pouvons, et nous devons agir pour que cette situation s'améliore de différentes façons, ce que nous ne faisons pas à l'heure actuelle », a-t-il ajouté, sans donner plus de précisions.

Ni M. Mulcair ni M. Trudeau n'ont fait le moindre lien entre la crise des réfugiés et la lutte contre l'État islamique, auquel le Canada participe avec des frappes aériennes menées en Irak et en Syrie.

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