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La crise perdure à l'Hôtel de Ville de Longueuil

Le dialogue de sourds persiste au conseil municipal de Longueuil. L'opposition a remporté son pari en votant majoritairement pour la reprise des commissions de la Ville, suspendues par la mairesse Sylvie Parent le mois dernier. Mais ces commissions pourront difficilement tenir leurs rencontres, puisque le personnel de la Ville a reçu l'ordre de ne plus y assister jusqu'à nouvel ordre.

Un texte de Jérôme Labbé

Les commissions visées sont au nombre de sept (voir plus bas). Elles ont pour mandat de faire des recommandations liées à leur champ de compétence auprès du conseil municipal.

En raison de la composition actuelle du conseil – où le parti de la mairesse Parent, Action Longueuil, est minoritaire –, ces commissions sont dominées par les élus de Longueuil Citoyen, la formation politique qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville.

Or, ces commissions coûtent cher – trop cher, selon Sylvie Parent, qui a décidé de les suspendre temporairement, le mois dernier.

« Quand on est arrivé [au pouvoir] en novembre, il y avait moitié moins de commissions, et il y avait trois élus par commission. Dès leur entrée au pouvoir, l'opposition a doublé le nombre de commissions et a doublé le nombre d'élus sur les commissions. Donc vous comprendrez que ça, ça fait comme tripler les coûts à la Ville, ce qui n'était pas prévu dans le budget », a expliqué la mairesse mardi après-midi, en marge d'une réunion extraordinaire du conseil municipal.

« On n'a pas besoin d'être six ou sept à l'intérieur d'une commission pour prendre des délibérations sur des recommandations ou des mandats, a-t-elle ajouté. Je pense qu'on peut très bien le faire à trois ou quatre et ça fait avancer les choses. De toute façon, ces recommandations-là reviennent au conseil et doivent être débattues. Ça se fait très, très bien dans plusieurs villes et ça se faisait très, très bien entre 2009 et 2017 à Longueuil. »

C'est donc pour réactiver ces commissions que l'opposition officielle avait demandé la tenue d'une assemblée extraordinaire du conseil municipal mardi après-midi, quelques heures avant la tenue de la séance ordinaire du conseil. Sans surprise, sa motion a été adoptée à la majorité, 8 voix contre 7.

La mairesse Parent n'entend pourtant pas y donner suite pour autant. La direction générale « peut donner instruction [à ses employés] de ne pas participer aux travaux d'une commission [si elle] a reçu les instructions en ce sens de la part du comité exécutif (CE) », a-t-elle souligné en toute fin de séance, ajoutant que « les instructions du CE au DG ne changeront pas ». Ce comité exécutif, bien sûr, est composé exclusivement d'élus membres du parti Action Longueuil.

« Nous ne pouvons pas laisser les commissions travailler sur n'importe quoi et n'importe comment juste parce que l'opposition bonifie son salaire », a-t-elle laisser tomber à la fin de son intervention – un sous-entendu qu'elle avait dû retirer quelques minutes plus tôt après l'intervention du chef de l'opposition, Xavier Léger.

Ce dernier reproche à la mairesse d'outrepasser ses pouvoirs. « Le comité exécutif essaye de se substituer à toutes les commissions, déplore-t-il. Ils [les membres du comité exécutif] ont beau avoir un grand chapeau, je pense que là, l'eau coule autour de leur chapeau. Et ça déborde. »

Certaines des commissions permanentes de la Ville devaient se réunir plus tard cette semaine. Or, on imagine mal comment celles-ci pourront le faire sans le support des employés de la Ville.

Cet imbroglio concernant les pouvoirs respectifs du comité exécutif, de la direction générale et du conseil municipal n'est pas sans rappeler la situation qui prévaut à Saint-Jean-sur-Richelieu, une autre ville de la Montérégie, où le maire, Alain Laplante, doit composer avec un conseil municipal dominé par l'opposition.

La situation de Mme Parent semble toutefois un peu moins précaire, dans la mesure où l'opposition ne détient pas les deux tiers des voix nécessaires au rapatriement des pouvoirs du comité exécutif vers le conseil municipal.

En outre, la Commission municipale du Québec (CMQ), qui peut parfois être appelée en renfort pour rétablir l'ordre lorsque les élus d'une municipalité n'arrivent plus à travailler ensemble, demeure pour l'instant à l'écart du dossier. Elle confirme n'avoir reçu aucune demande d'accompagnement pour le moment.

Par ailleurs, le cabinet de la mairesse Parent, qui avait annoncé le mois dernier qu'il s'adresserait à la CMQ pour lui demander d'enquêter sur le comportement des élus de l'opposition, admet que sa menace n'a pas encore été mise à exécution.

Le gouvernement surveille toutefois la situation de près, a appris Radio-Canada.

Avec la collaboration de Jacques Bissonnet et Sarah Sanchez

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