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La droite albertaine s'en prend à la péréquation et au Québec

« Le système de péréquation est injuste. » « Les chômeurs albertains ne devraient pas transférer de la richesse au Québec. » Les candidats qui souhaitent devenir chef du nouveau Parti conservateur uni, en Alberta, ne mâchent pas leurs mots quand ils parlent de la Belle-Province ces jours-ci. Voici pourquoi.

Un texte de Laurence Martin et de Laurent Pirot

C’est samedi qu’on saura qui de Jason Kenney, un ancien ministre fédéral conservateur, ou de Brian Jean, l’ancien chef du parti de droite, le Wildrose, sera élu à la tête des forces conservatrices albertaines. Le troisième candidat, Doug Schweitzer, a très peu de chance d’être élu, selon les analystes.

Mais déjà, peu importe le choix des militants, on peut dire qu’on n’a pas fini de parler de péréquation en Alberta.

Je veux organiser « un référendum pour [...] renégocier les termes de la péréquation », dit Jason Kenney. Brian Jean veut aussi un vote dans l’espoir de forcer une renégociation constitutionnelle sur cet enjeu.

Avec ces promesses, explique le politologue Frédéric Boily de l’Université de l’Alberta, les politiciens conservateurs optent pour une stratégie qui a déjà été payante dans le passé : se présenter comme les défenseurs des intérêts des Albertains en jouant sur des sentiments anti-Québec ou anti-fédération.

Et c’est revenu, d’abord parce que l’économie albertaine peine toujours à remonter la pente alors que le taux de chômage au Québec atteint des creux historiques.

Il y a donc un sentiment d’injustice même si, comme le rappelle l’économiste Trevor Tombe, la proportion de salariés qui gagnent plus de 100 000 $ reste plus élevée en Alberta que partout ailleurs au pays.

Et puis, l’abandon d’Énergie Est, il y a trois semaines, n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. Si les Québécois ne veulent pas accepter nos pipelines sur leur territoire, demandent les aspirants chefs conservateurs, pourquoi pourraient-ils accepter l’argent qu’on leur verse en péréquation?

Jason Kenney propose d’ailleurs que les revenus des ressources naturelles non renouvelables, comme le pétrole, ne soient pas pris en compte dans les calculs de péréquation.

Des promesses irréalistes?

Le professeur d’économie à l’Université de Calgary Trevor Tombe voit dans les promesses des candidats conservateurs un « geste 100 % politique ».

Si l’on enlève les ressources naturelles du calcul de la péréquation, c’est le Québec qui pourrait en sortir gagnant et non l’Alberta, croit Trevor Tombe.

La péréquation, explique M. Tombe, c’est un programme fédéral, tiré à même les impôts perçus par Ottawa. Ce n’est pas comme si le gouvernement provincial pouvait tout à coup décider qu’il ne donnait pas cet argent.

De plus, ajoute-t-il, la formule doit être renouvelée en 2019. Dès l’an prochain donc, les provinces pourront faire valoir leur point de vue durant les rondes de négociations. « L’organisation d’un référendum est donc inutile », conclut le professeur Tombe.

Une attaque contre Québec ou contre Ottawa?

Même si le Québec et ses programmes sociaux sont souvent visés par les candidats conservateurs, le politologue Frédéric Boily croit qu’il faut surtout voir dans ces critiques une attaque contre Ottawa et le gouvernement fédéral.

Selon M. Boily, les conservateurs albertains reviennent à un discours qui était très présent dans les années 1990, selon lequel « le gouvernement fédéral était inféodé au Québec et à l’Ontario ». Justin Trudeau, croit-il, doit faire attention à ce que la situation ne dégénère pas.

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