La Fédération des travailleurs du Québec a fait bien plus que tourner le dos à son vieil allié du Bloc québécois en ce début de campagne électorale. Elle a obligé tous les Québécois - et il n'y a pas que des syndiqués - qui veulent défaire le gouvernement Harper de regarder tous les aspects d'un véritable « vote stratégique ».

Une analyse de Michel C. Auger

La FTQ y a mis les formes. D'abord, elle s'est inscrite auprès d'Élections Canada et va limiter ses interventions dans une dizaine de circonscriptions stratégiques pour les conservateurs, où elle appuiera le candidat le mieux placé pour battre le candidat de Stephen Harper.

Au niveau local, cela voudra peut-être dire, dans certains cas, d'appuyer un candidat du Bloc québécois. Mais la plupart du temps, cela voudra dire d'appuyer un candidat ou un député sortant du NPD.

Mais l'idée de battre les conservateurs signifie aussi de voter pour le candidat d'un parti qui a une chance de se retrouver, au soir du 19 octobre, avec un siège de plus que les conservateurs. Un objectif qui est, bien évidemment, hors de la portée du Bloc québécois.

Le discours de Gilles Duceppe, c'est que les syndicats n'ont qu'à battre les conservateurs dans le reste du Canada et laisser le Bloc le faire au Québec. Sauf que la FTQ reconnaît que cela ne ferait qu'accentuer la division du vote progressiste, qui a permis à Stephen Harper de se maintenir au pouvoir pendant près d'une décennie.

Participer au pouvoir

Implicitement, la FTQ en vient aussi à la conclusion que l'élection de 2011 est plus qu'un mouvement de sympathie pour Jack Layton, et que les Québécois ont décidé de ne plus mettre tous leurs œufs dans le panier d'un parti qui ne peut pas participer au pouvoir.

L'abandon fait d'autant plus mal au Bloc que la FTQ n'a pas vraiment à se plaindre du parti qu'elle a appuyé pratiquement à toutes les campagnes électorales depuis sa fondation. Aux Communes, les députés du Bloc ont appuyé fidèlement le programme du mouvement syndical.

La FTQ ne veut pas, non plus, heurter un nombre important de ses membres qui sont souverainistes d'abord et sociaux-démocrates ensuite et qui ne pourraient se résoudre à voter pour un parti fédéraliste. C'est pourquoi elle ne retire pas formellement son appui au parti de Gilles Duceppe.

Mais il reste que, pour la plupart des membres de la FTQ, voter pour le NPD est la façon la plus simple et la plus efficace de défaire Stephen Harper sans renier leurs convictions.

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